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LE TRAITÉ ANGLAIS DE

Radama avait été tué à dix heures du matin ; le soir, à quatre heures, sa veuve Rabodo était proclamée reine, sous le nom de Rasoherina.

A la stupéfaction du premier moment, succédait parmi le peuple une sourde irritation, qui se traduisit bientôt pardes révoltes ouvertes. Le bruit s’ac-

créditait que Radama

M. Jean Laborde.

(Photographie du P. Roblet).

était seulement séquestré, et des bandes s'armaient pour

le délivrer.

Le ministre Rainivoninahitriniony étouffa la sédition

dans le sang. Ennemi juré des Français, l’homme, au

contraire, d’'Ellis, Raïnivoninahitriniony meurtrier de

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Radama s'était imposé comme époux à la reine. Vrai maire du palais, souvent ivre, toujours cupide, il était la terreur de la cour et de Rasoherina elle-même.

Le premier acte de son gouvernement avait été d'ordonner la révision des traités signés par Radama avec l'Angleterre et la France, les Hova se réservant le droit de les refuser. Cet acte était d'autant plus grave, que, Sur ces entrefaites, le commandant Dupré revenait de France rapportant le traité signé par l'Empereur, et que M. Lambert débarquait à Tamatave les nombreuses escouades d'ingénieurs et d'ouvriers chargés d'exploiter les terres concédées par la charte.

D'elle-même, Rasoherina n'aurait point fait cet affront à la France qu'elle aimait ; son ministre seul, inspiré par Ellis, en était responsable. La France cependant ne pouvait l'endurer. Elle devait exiger le respect d'un traité dûment signé, ou déclarer la guerre. On l’entendait ainsi à Tananarive. Aussi pendant ces négociations, (août 1863), la position des missionnaires catholiques dans la capitale était-elle peu rassurante. À tout instant le bruit courait qu'on venait les massacrer. Il était vraisemblable, car le premier ministre avait déclaré, qu’au premier coup de canon dé à Tamatave, les têtes des Français de

Tananarive tomberaient. Néanmoins à ceux qui les

engageaient à partir, « Nous sommes des sentinelles

avancées, répondaient les missionnaires ; il ne nous est pas permis de quitter notre poste » ; €t Prés et Sœurs se déclarèrent prêts à mourir.

De l’aveu du consul anglais de Tamatave, M. Pac-

kenham, le Rév. Ellis était le mauvais génie qui souf-

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flait la guerre à la cour d’Imerina et qui essayait même de lancer les esclaves contre les missionnaires. Génie habile, du reste, il avait bien calculé lorsqu'il assurait aux Hova qu'ils pouvaient insulter la France impunément. Le 17 août 1863, l’ultimatum français était en effet rejeté. Le commandant Dupré allait, pensait-on, bombarder immédiatement Tamatave. Il n’en fit rien; il attendait des ordres de Paris. En attendant, la diplomatie Hova trouvait un biais pour nous jouer. Afin de prolonger les négociations, elle députait une ambassade en Angleterre et en France. A Londres l'ambassade mit secrètement Madagascar sous le protectorat anglais. A Paris l'Empereur ne voulut point la recevoir, et refusa de traiter tant qu'une indemnité ne serait pas payée à M. Lambert, en échange de sa charte.

Les Hova avaient du moins obtenu ce qu'ils voulaient : l'annulation du traité de 1861, et le retrait de leur parole engagée par Radama. Restait bien l'indemnité pécuniaire : mais ils comptaient sur leur habileté pour en éluder le paiement.

Enhardi par ce premier succès, Ellis voulut faire un pas de plus. Sous Radama, la cour avait failli devenir catholique et française : le catholicisme du moins était respecté à l’égal du méthodisme. Le ministre ne se contentait pas de la liberté et de la tolérance. Il lui fallait l’omnipotence; afin de l'obtenir, Ellis, ministre indépendant, résolut d'établir à Madagascar une Église d'État. Il était assez piquant, il faut l'avouer, de voir une église établie fondée par un

indépendant : mais qu’importait la logique à ce scep-

tique ? Rasoherina aimait les catholiques : on ne pou- .vait compter encore sur elle pour devenir la papesse de l’église Malgache. — En attendant mieux, Rainivoninahitriniony fut gagné. Au mois de novembre 1863, il sé déclara méthodiste, et, en sa qualité de chef de l’armée, il défendit à tout soldat d’embrasser la religion des Français.

N’aurait-elle fait, durant ces douloureuses années, que garder invinciblement son poste, la Mission catholique aurait bien mérité du catholicisme et de la France.

Menacés, appauvris, humiliés, les Jésuites et les Sœurs de Saint Joseph durent avoir souvent la tentation de céder à l’o-

ET rage et de se replier sur La Reine Rasoherina.

(Photographie du P. Roblet). la côte : ils eussent, en se rétirant, ruiné l'influence française à Tananarive. Aussi aucune menace et aucun conseil ne purent-ils les décider à s'éloigner. Le 30 août 1863, au couronnement de -Rasoherina, sept Jésuites et trois Sœurs étaient -près d'elle sur l’estrade du Mahamasina, à côté de la famille royale ; trois méthodistes s'y tenaient aussi. En dépit des rumeurs répandues par ces derniers, les vingt mille Hova présents pouvaient se rendre compte que les

Français comptaient encore pour quelque chose.

La Mission ne se contentait pas de garder ses

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positions : elle gagnait du terrain. En 1863, de nombreux adultes se faisaient baptiser ; toutes les œuvres prospéraient. Le 2 juin 1864, deux mille personnes assistaient à une solennelle consécration du pays au Sacré Cœur ; trois à quatre cents chrétiens se pressaient, chaque vendredi, dans la chapelle où le Saint Sacrement était exposé. On inaugurait Îles sonneries de lAngelus ; on habituait les chrétiens à s’agenouiller en pleine rue dès qu'ils les entendaient. — La grâce de Dieu triomphait donc, même sous le gouvernement impitoyable de Rainivoninahitriniony. Si, un jour, la France domine à Madagascar, elle ne devra pas oublier ceux qui, aux heures mauvaises, ont combattu obscurément pour elle.

Dieu, du reste, allait accorder quelques jours de répit 3 la Mission. Le 14 juillet 1864, le premier ministre, odieux à la reine comme au peuple, était disgracié, et son frère, Rainilaiarivony, lui succédait. Peu après, le 30 juillet 1864, arrivait à Madagascar le R. P. Jean Baptiste Cazet, nouveau supérieur général de la Mission. À notre époque inconstante,, il est curieux, après

trente ans, de retrouver ces deux hommes, l’un encore

premier ministre, l'autre Vicaire apostolique de Mada-

-gascar.

A son entrée en scène, Rainilaiarivony aimait, les

catholiques français ; il considérait M. Laborde comme

son ami le plus fidèle. Il redoutait au contraire le

puissant parti protestant et voulait arrêter ses progrès.

Cette disposition d'esprit, conforme à celle de Raso-

-herina, assurait à la Mission une liberté dont les effets

bienfaisants se firent aussitôt sentir.

Les catéchumènes se déclaraient en grand nombre : trois fils du premier ministre, et quarante-deux membres de la plus haute noblesse demandaient le baptême. Trois cents chrétiens étaient confirmés. Les Méthodistes, effrayés de ce progrès, remuèrent ciel et terre pour l'arrêter. Eux aussi, du reste, continuaient à avancer : des villages entiers devenaient protestants ; ces conversions, il est vrai, n’entraînaient aucun chan-

gement de vie. Un homme sachant lire était constitué

Ateliers de M. Laborde.

à Mantasoa.

catéchiste, et pourvu d’un copieux salaire : on lui bâtissait un temple, où, chaque dimanche, il devait convoquer le peuple et lui distribuer des bibles ; moyennant quoi, le méthodisme enregistrait une conquête de plus.

Un acte diplomatique, le traité anglais du 27 juin 1865, allait, en ravivant les haines contre la France, changer tout d’un coup les dispositions du ministre hova, et livrer au méthodisme la nation malgache qu'un cou-

rant prononcé portait déjà vers le catholicisme.

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Assez anodin dans sa partie officielle, et même très favorable aux Malgaches, le traité anglais contenait sûrement des articles organiques secrets, dont l'exécution devait assurer à l'Angleterre le protectorat effectif de l'île. (1) Rainilaiarivony attendait, pour les appliquer, que Rasoherina fut devenue favorable aux protestants ou qu'elle eût disparu. En tout cas, le Rév. William Ellis, après la signature de ce traité, crut sa tâche finie, et regagna Londres. Quant au consul Packenham, rencontrant un missionnaire Jésuite, le P. Abinal, il lui dit crûment : « Eh bien ! nous venons de vous rouler. »

Le peuple Hova avait célébré la conclusion de ce traité par des fêtes publiques : c'était, lui disait-on, une assurance de bonheur perpétuel. Les fêtes duraient encore, quand on apprit que la France réclamait la fameuse indemnité de 1,200,000 francs, promise à M. Lambert. Le contraste entre l'Angleterre si généreuse, et la France toujours quémandeuse, devenait évident. Rasoherina avait ordonné que l'indemnité fut loyalement payée par elle et les principales familles de la cour : les protestants s'empressèrent de porter leurs condoléances et leur or à ces victimes de ce qu'ils appelaient la cupidité française. Loin d’être cupides cependant, la France et M. Lambert étaient naïfs. Packenham aurait donné vingt-cinq millions de cette charte, et s'il l'avait eue, lui, il ne l'aurait jamais rendue aux Hova.

Après cinq mois de négociations insolentes, les

DT a A NU an

(1) Un des points arrêtés dans ce traité secret fut la création d’une Église d'État, agence d'exploitation anglaise, — Dix mille Malgaches étaient, dès lors, aux gages À SR â de l'Angleterre, Rainimaharavo en recevait éo00 piastres par an.

cinq cents caisses d'argent portées à Tamatave par deux mille soldats furent livrées aux Français, en échange de la fameuse charte Lambert (1). Celle-ci fut brûlée publiquement. — Au mois de juillet 1866, le comte de Louvières, ministre français, arrivait à Tananarive. Rainilaiarivony lui prodigua les désagréments les plus mortifiants ; le comte mourut lé real vier 1867, sans avoir pu rien conclure.

Les dispositions hostiles du premier ministre se firent alors ouvertement jour. Sa famille, ses alliés, et, à son exemple, les principaux grands rompirent avec la Mission catholique. Rainimaharavo, ministre des affaires étrangères, se déclara protecteur ardent des Méthodistes. Une seule personne résistait au torrent

antifrançais et anticatholique. C'était la reine Rasohe-

rina. Mais ses jours étaient comptés. Au mois de

juin 1867, Rasoherina partait, avec soixante mille de ses sujets, pour une excursion à Andevorante. Quand elle en revenait, au bout d’un mois, dix mille hommes de cette joyeuse escorte, avaient péri. Elle-même était fort malade. Se sentant mourir, elle avait réclamé les soins de son ami M. Laborde : elle les avait obtenus à grand'peine, et pour satisfaire la jalousie protestante, elle avait dû, en même temps, subir la médication d'un médecin méthodiste. Rasoherina connaissait et aimait le catholicisme. Elle-même faisait réciter le catéchisme à sa fille Raverosoamanana. € Garde-toi

bien, disait-elle un jour à une enfant de la. cour, M RE R —

(x) L'indemnité, change déduit, s'est élevée à 870.246 francs, et non à 6 mil-

lions comme certains journaux l'ont prétendu.

RASOHERINA AT garde-toi bien de quitter la prière des Pères: il nv a de, vérité que là. » Le 26 mars 1868, M. Laborde eut la joie de baptiser Rasoherina ; quelques jours plus tard, le 1° avril, elle mourait.t La Mission catholique

et la France perdaient en elle leur seul allié sincère.

AMBATOMANGA.

D te gr AR ci

CÉTAPIFRE VII

Ranavalona II (1868-1883).

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