LUTTES ET CONQUÊTES
des groupes de catéchumènes se formaient. La mission se terminait toujours par quelques baptêmes.
Cela ne pouvait pas aller longtemps sans persécutions, d'autant mieux, que loin de la capitale, le zèle méthodiste avait moins à craindre de surveillance et de châtiment. Rainimaharavo lançait ses émissaires à la suite des Pères. S'il apprenait qu’un Æwpomenakely, ou qu'un gouverneur, les avait rec:us, il l’appelait à Tananarive, le menaçait, et le terrifiait si bien, qu'à peine de retour, le pauvre homme suppliait le prêtre de partir. Quelquefois il faisait mieux: à un catéchumène déclaré il envoyait le brevet de prêcheur. Comment refuser cette corvée ? le catéchumène d'hier devenait donc prêcheur. « Les grands du palais nous forcent d’être protestants, disaient certains landlords malgaches ; je serais catholique s’il n'y avait pas de pression. »
Ailleurs, on voyait arriver sournoisement des agents du palais. « Je viens, disaient-ils, au nom de la reine, vous reprocher de quitter sa prière. Laissez aux esclaves la prière catholique ; ne vous confondez pas avec eux. » Le protestantisme officiel recourait donc à tous les moyens pour rendre inutiles les efforts des missionnaires. Parlait-on à Raïinilaiarivony de ces entraves mises à la liberté des consciences, l'habile homme feignait l'étonnement le plus complet, et promettait d'aller aux renseignements. Malgré lui, cependant, et malgré tout, quarante villages étaient conquis au catholicisme en 1869, vingt-deux chapelles étaient bâties, et vingt-cinq écoles ouvertes dans les campa-
gnes,
L’élan donné se ralentit l’année suivante : nos défaites françaises tarissaient en partie les aumônes, et forçaient la Mission de restreindre ses œuvres; elles
enhardissaient au contraire les Méthodistes, qui détrui-
saient les chapelles commencées. A Ambohimanga,
AMBOHIMANGA (la ville sainte).
par exemple, ils s’opposèrent pendant plus d'un an à leur reconstruction. Un jour dans cette dernière ville, Raïnilaiarivony convoque les grands et le peuple, et, inspiré à la vue du nombreux auditoire accouru, « Souvenez-vous, lui dit-il, de ce précepte : Suivez votre père et votre mère. Ranavalona a été élue de Dieu en qualité de votre père et votre mère ; or, elle vous appelle et vous dit: Vous qui êtes unis avec moi par une même foi, venez prier avec moi. Le sens
de. cet appel, c'est que le Seigneur vous a donnés
LUTTES ET CONQUÊTES GI À elle. Puissiez-vous prier avec elle sur la terre, afin de partager son héritage dans le ciel. Laisserez-vous votre Reine ? La volonté du Seigneur est que vous marchiez ensemble. »
© Le sens de cette homélie ministérielle était clair ; des officiers inférieurs se chargeaient du reste de la préciser : « La reine est protestante, disait l’un d’eux ; donc tout Malgache qui aime la reine, doit être protestant. Les Catholiques se séparent de la reine, ils sont étrangers au royaume. Que les esclaves se mettent du côté des Français, passe ; mais les nobles sont parents de la reine, ils doivent faire comme elle. Malheur à vous, Malgaches, si vous écoutez les Français! Venez avec nous, avec la reine, avec le premier ministre et les grands : chez les Français il ny a que la lie du peuple. »
L'année 1871 commençait sous de fâcheux auspices. Le P. Jouen, Préfet apostolique mouraïit le 4 janvier : plusieurs missionnaires le suivaient à peu de distance dans la tombe, et les nouvelles de France devenaient de plus en plus mauvaises. Le nouveau Préfet apostolique, le P. Cazet, n'était pas un homme à se laisser décourager. Sa vigoureuse et habile impulsion fit, d'une année mal commencée, une année féconde. La capitale des Betsiléo, Fianarantsoa fut sa principale conquête.
Depuis longtemps les Betsiléo demandaient des Hicsionnairess À la üin de .187r; le Et Pinaz-fit. char: gé d'y fonder une mission. Comme il s'y rendait, un jour, il rencontra une pauvre femme qui demandait l’aumône pour sa fille. Le Père demande à voir l'en- WT