CHAPITRE X
Le nouveau code hova. — Dernières injustices
La guerre.
Jusqu'en 1880, les Hova ne s'étaient inspirés que d'eux-mêmes, — c'est-àdire des Méthodistes, — pour persécuter la Mission catholique. Pourquoi faut-il
52 Le , qu'à cette époque, l’exem-
ple même de la France leur
soit venu servir de stimulant> L'esprit ancien, le Done mauvais, soufflait alors à
Paris; ceux qui recevaient docilement ses inspirations au Palais-Bourbon, ne pouvaient pas, logiquement, lui interdire de souffler ailleurs, ni prescrire aux Mal-
gaches de se soustraire à son action.
Le gouvernement français avait d'abord résolu de
ne point appliquer aux Jésuites de l’île de la Réunion,
les décrets du 29 Mars 1880. Une pétition des maçons colondaus le Ut revenir Sur 5 résolution. Il prit
même une mesure plus odieuse, en exécutant ces tristes
décrets dans l'île Sainte-Marie de Madagascar.
Le 30 septembre 1881, trois Jésuites missionnaires, chassés de Sainte-Marie, partaient pour Tamatave. L'île restait sans prêtres, et une sœur de Saint-Joseph, venant à y mourir quinze jours après, était privée de sacrements.
Le parti méthodiste de Tananarive applaudit à ces exploits, et résolut de les imiter. Depuis vingt ans, ce parti obéissait à un homme néfaste. Méthodiste irréligieux et franc-maçon, anglais naturalisé hova, M. Parrett, d'abord simple imprimeur de la Zondon Missionary Soctety, était devenu l'âme damnée du premier ministre et le vrai résident général anglais à Madagascar. Il voulut profiter des dispositions irréligieuses du gouvernement français, et négocia, en 1881 Et 1882, une expulsion générale des missionnaires catholiques. Cet expédient n'ayant pas réussi, Parrett fit promulguer, le 29 Mars 1881, (un an jour pour jour après la signature de nos décrets français), un code nouveau, destiné à ruiner les restes de notre influence à Madagascar. (1)
Désormais, plus de droit de propriété, plus de possibilité de contracter des baux à longue échéance. Un certain article 8$ disait : « La terre, à Madagascar,
ne peut être vendue ou donnée en gage qu'entre sujets
du gouvernement de Madagascar. Si quelqu'un la vend
PARTS DO en ee dé à to tn"
(x) Le gouvernement de la République mettait quelquefois dans de grands
embarras ses représentants à Tananarive. Un jour, au plus fort de ses démélés avec le ministre hova, M. Cassas, le successeur de M. Laborde au consulat de France, recevait de Paris un superbe cadeau à l'adresse de Ranavalona, et « comme témoignage de satisfaction de la République pour l'exécution fidèle des traités. » M. Cassas fut si ébahi de cet envoi, qu'il fit retenir le présent à Tamatave. Lui même faillit, pour cet acte, être transféré à Singapour.
LE NOUVEAU CODE HOVA 77 ou la donne en garantie à d’autres personnes, il sera | mis aux fers à perpétuité. L'argent de l'acheteur ou du prêteur sur cette garantie, ne pourra être réclamé,
et fera retour au gouvernement. »
| Nos consuls indignés se plaignaient-ils ? « De quoi vous plaignez-vous ? leur répondait Rainilaïiarivony. . Cette loi ne viole pas les traités. Nous défendons, il
est vrai, à nos sujets de rien vous vendre ; mais nous
ne vous défendons pas d'acheter ! »
Quant à la liberté religieuse, le gouvernement hova s'en moquait encore plus insolemment. Des Antily (gendarmes), étaient chargés de pousser les | Malgaches au temple protestant, et de les arracher
aux chapelles catholiques. Aucun contrat n'était respecté d'eux, et lorsqu'on recourait aux tribunaux créés en 1881, ceux-ci se déclaraient incompétents.
Les Méthodistes n'étaient plus depuis longtemps les seuls protestants campés à Madagascar fr). At: de
mieux ruiner le catholicisme, sans se nuire réciproque-
ment, les Méthodistes anglais et les Luthériens de Norvège se partagèrent le sol maloache. Tout catho- | lique, passant sur leur territoire, était traité en outlaw. | On ne saurait croire à quelles lâches agressions on
se portait contre des enfants, quels dénis de justice
(x) Arrivés à Madagascar en 1864, les Anglicans furent d'abord écartés de la capitale par leurs frères Méthodistes. Ils ne purent y pénétrer qu’en 1872. Ils enseignent qu'on ne peut se sauver chez les Indépendants, qu'on le peut chez les Catho- | liques. En général, leurs ministres échappent aux reproches que nous faisons aux | Méthodistes indépendants. Ce sont des gentlemen. | Les Luthériens de Norvège ont pénétré à Madagascar en 1867. Ils ont occupé le Sud de l'ile. Ils partagent toute l’animosité des Indépendants contre la France et le Catholicisme. — Les Quakers, les derniers venus, font cause commune avec
les Indépendants.
on commettait à l'égard de leurs maîtres. Un jour, des mandats d'arrêt étaient portés contre des maîtres d'école catholiques. Pendant qu’on les détenait de
longs mois à Tananarive, en prison préventive, on
offrait à leurs élèves jusqu'à dix ou quinze: piastres,
sils passaient à l'école méthodiste ; plus simplement encore, on leur ordonnait d'y aller sous peine d’amendes.
La France, évidemment, n'était plus entendue. Les réclamations ardentes de nos consuls avaient le sort des plaintes de nos missionnaires. Rainilaiarivony savait la France divisée par des querelles religieuses, et son guide Parrett lui garantissait l'impunité. Mais trop d’empressement le perdit.
La côte sakalave du Nord-Ouest était placée, depuis 1840, sous le protectorat français. Parrett persuada au premier ministre que le moment était venu de s’en emparer. Il part donc avec ses amis, les Révérends Pickersgill, (1) méthodiste, Kestel-Kornish, anglican ; 1l porte aux chefs sakalaves des lambas d’investiture et des drapeaux hova. Le vieux roi Tsimiaro consent à arborer le drapeau hova à Nossi-Mitsiou, en face de Nossi-bé.
Il fallait changer cette occupation fictive en prise de possession. En conséquence, on prétendit qu’une expédition hova contre les Sakalaves s'imposait, et l'amiral ‘anglais W. Gore Jones fut chargé, par son gouvernement, d'aller à Tananarive, mettre ses vais-
seaux au service de Ranavalona.
(1) Le Révérend Pickersgill, d'abord méthodiste, est passé ensuite à l’anglicanisme. Il a été depuis, vice-consul à Tananarive. Il est actuellement consul à Saint- Paul de Loanda.