CHAPITRE XI
Ranavalona IIL,
PENDANT LA GUERRE. — VICTOIRE RASOAMANARIVO ET L'UNION CATHOLIQUE (1883-1885).
Les missionnaires d’Ambositra n'avaient point encore achevé leur douloureux exode, que Ranavalona Il mourait à Tananarive, le 14 juillet 1883.
La princesse Raverosoamanana semblait destinée à lui succéder. Le premier ministre lui préfées une de ses suivantes, la princesse Razafindrahety, âgée de vingt ans à peine, et veuve depuis deux mois.
Quoique noble, Razafin-
drahety, ancienne élève des
Sœurs, appartenait à une Ra Femme malgache.
humble famille. Son oncle
Ratsimamanga était boucher et marchand de savon. Elle-
même, on l'avait vue naguère à Ambohipo, à la cam-
pagne de la mission, chasser les sauterelles, et Îles
enfermer dans un étui de zozoro (papyrus), pour s'en faire un plat de choix.
Par un curieux hasard, son mari, le prince Ratrimo, était mort au moment où le premier ministre allait le voir, et puis, par un hasard encore plus curieux, le médecin qui avait soigné Ratrimo, mourait lui-même subitement la nuit, dans un village situé à l'entrée de la forêt.
Devenue la reine Ranavalona III, et l'épouse de Rainilaïiarivony, l'enfant qui chassait les sauterelles à Ambohipo dut se montrer belliqueuse. « Nous ne céderons rien de nos droits, disait-elle à son peuple, pas un grain de riz de notre terre. Pour la défense de la patrie nous combattrons vaillamment, et vous exterminerez nos ennemis les Français, comme les sauterelles exterminent la Xv/sa (plants de riz). Quant aux Vazaha (étrangers), qui sont parmi nous, ceuxlà ne sont pas nos ennemis ; nous ne devons pas les traiter comme tels. »
Ensuite, spectacle inoui à Madagascar, Ranavalona passait, dit-on, à cheval la revue de ses troupes.
Tandis qu’'excité par les Méthodistes, le gouvernement de Tananarive se refusait follement à toute composition, le consul anglais Packenham donnait à Tamatave l'édifiant exemple de sa conversion au catholicisme. Depuis vingt ans cet homme travaillait, comme il le devait, au triomphe de la cause anglaise à Madagascar, mais il y travaillait loyalement. Le 18 juin, se sentant mourir, il avait appelé le P. Cazet, et
abjuré entre ses mains le protestantisme. Le 23, nos
marins. français, et les missionnaires descendus de la
Sesante"
VicTroiIRE RASOAMANARIVO
(Phot. du P. Colin).
capitale, assistaient à ses funérailles. En sortant de cette cérémonie, un officier de marine pouvait dire : « Voie 4 première victoire de la: France sut. la grande terre. »
Peu de victoires devaient suivre ce bienfaisant triomphe, durant cette étrange campagne, où un temps précieux fut gaspillé en négociations inutiles et en alternoiements désastreux.
L'amiral Galiber, successeur de l'amiral Pierre, n'avait guère reçu pour mission que de négocier. Il sy employa, du 30 septembre 1883 au 6 mai 1884. Nos soldats stationnaient à Tamatave ; de petits paquets venus du Tonkin et de la Réunion les relevaient de témps en temps de leur garde insalubre. En face, à dix kilomètres de Tamatave, les Hova campaient dans une excellente position, défendue par un marais large de quatre à cinq cents mètres. L’anglais Willougby dirigeait leurs travaux de défense, et des munitions de guerre anglaises leur arrivaient en abondance, par les ports non bloqués.
À Paris, le ministère se trouvait en face d'une Chambre divisée, d’une opinion prévenue ; et il obtenait à grand peine les subsides dont ïl avait besoin. Cependant, le 6 mai 1885, l'amiral Miot prenait le commandement de nos troupes, et déclarait le temps des négociations définitivement écoulé.
Il bloquait aussitôt Mahanoro, Fénérife, Vohémar ;
au commencement de 1885, il occupait Diégo-Suarez.
Un ultimatum avait été envoyé à Tananarive par
le nouveau commandant en chef. Il demandait en
substance: 1° la cession 4 la-France, du nord de l'ile.