‹ Madagascar et la mission catholiqueChapitre 25 sur 82 · VICTOIRE · texte numérisé non relu

VICTOIRE

jusqu’au 17° parallèle de latitude sud ; — 2° le paiement d'une indemnité de trois millions, ainsi que d’indemnités aux étrangers lésés ; — 3° le droit, à l'avenir, de conclure des baux à long terme ; — 4° le changement du titre officiel de Ranavalona, qui ne serait plus appelée que reine de l’Imerina. — Si ces conditions n'étaient pas acceptées, l'amiral devait s'emparer de Farafate et monter à Tananarive.

Les conditions ne furent pas acceptées ; quelques brillants faits d'armes eurent lieu au mois d'août ; mais l'amiral, le 10 septembre, ne put s'emparer de Farafate, et il ne monta jamais à Tananarive. Néanmoins la misère et la fièvre décimaient les Hova. (1) Ils avaient besoin de paix ; ils la demandèrent. M. Patrimonio vint à Tananarive diriger les négociations, et, le 17 décembre 1885, la paix était signée à bord de la Waïade. Le 22 décembre, M. de Freycinet en apprenait les conditions à la Chambre : Diégo-Suarez serait cédée à la France en toute propriété ; les Hova paieraient une indemnité de dix millions ; et la France aurait à Tananarive un résident général, chargé des relations

extérieures. En revanche, nous reconnaissions Ranavalona, reine de Madagascar, et nous devions évacuer

les postes conquis pendant la campagne.

La paix rendait la vie à la mission catholique. Le 19 mars 1885, un premier groupe de missionnaires

prenait le chemin de Tananarive.

Ils y montaient avec cette angoisse poignante du

(1) Pendant cette guerre, environ vingt mille soldats malgaches sont morts de fièvre et de misère.

maître qui cherche, après l'orage, ce qui reste de sa moisson. Sans doute, pendant le blocus, de consolantes nouvelles leur étaient parvenues de l'intérieur ; les parlementaires hova, descendus à Tamatave, les avaient confirmées. Ils savaient l'église malgache vivante; ils ignoraient sa conduite admirable pendant la guerre.

La soudaine expulsion de 1883, n'avait pas permis aux Pères de laisser d'instructions précises à leurs chrétiens. C'est donc à la grâce de Dieu, et à l’initiative des catholiques qu'ils avaient tout confié. La grâce avait sensiblement agi, et les fidèles, dirigés par Victoire Rasoamanarivo et par l'Union Catholique, s'étaient merveilleusement défendus.

Victoire Rasoamanarivo avait quinze ans, lorsqu'elle fut baptisée,. le. 17 novembre 1863, par le P: Weber. Le 17 janvier 1864, elle faisait sa première communion; le 11 septembre, le P. Jouen, Préfet apostolique, la confirmait.

Élève des Sœurs, Victoire avait été un modèle de piété et de modestie. Mariée au fils aîné du premier ministre, Radriaka, elle devint de plus en plus ferme ét-fervente.

Pendant plus de vingt ans, après son lever invariablement fixé à trois heures, elle se rendait à l’église et y passait de longues heures, en adoration. Chaque

soir, Victoire passait encore deux heures en prière,

auprès de la chapelle de Notre-Dame de Lourdes. Ni

la maladie, ni le mauvais temps, ne l’arrêtaient. Souvent, à une heure si matinale, les porteurs faisaient défaut. Elle venait alors à pied, par d'affreux che-

mins. L'hiver elle était parfois nu-pieds. Quelqu'un

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l'ayant surprise un jour en cet état, et s'en étonnant : « Il est juste, répondit-elle, que j'imite un peu Celui qui a tant souffert pour moi! »

Avide de sacrifices et de pénitences, Victoire eut à supporter d'amères épreuves. L'insistance avec laquelle elle priait et faisait prier pour la conversion de son mari, en faisait deviner une partie. Les autres lui venaient de son père et de son entourage. Sa fidélité, sa vie si constamment surnaturelle, lui attira longtemps les railleries de la Cour ; quant à son père, le ministre Rainimaharavo, il ne lui épargna aucune torture morale.

Cet homme, après la signature du traité anglais de 1865, avait opéré une volte-face subite, et, à son exemple, il avait juré de faire apostasier sa fille. Il voulait l’entraîner au temple ; il mettait tout en œuvre pour la pervertir. Victoire en était comme étourdie. Elle ne cessait de pleurer, et craignait, à la fin, d’être vaincue. Une vieille esclave catholique, Rosalie Ranahy, était sa seule confidente; cette pauvre femme soutenait sa maîtresse, l’exhortait à persévérer. Victoire dut cependant aller à l'école anglaise, et sa santé se serait entièrement épuisée dans ces luttes, si Rainimaharavo, vaincu, n'avait enfin consenti à respecter sa liberté.

Victoire sortit de ces épreuves purifiée et forte, comprenant mieux le prix de la foi, prête à défendre chez les autres ce qu’elle avait eu tant de peine à préserver en elle. Aussi, un des Pères qui connaissaient le mieux son courage, ne craignait pas, en 1883, de lui dire en partant: « Quand Notre-Seigneur

quitta la terre, il confia l'Eglise à sa Mère. Forcés de

nous éloisner de nos enfants, nous vous les confions; soyez, la gardienne de leur foi. » . Victoire accepta cette mission.

Le dimanche qui suivit le départ des Français, une troupe de protestants gardait, de grand matin, les portes de la cathédrale catholique, afin d’en écarter les fidèles. Ceux-ci se retiraient tristement devant cette résistance inattendue, quand Victoire, à son four, se présente. On. lui ferme la porte, au nom de’ la reine. Elle proteste, et comme on veut l'arrêter, elle dit d'une voix forte, de façon à être entendue

de tous: « S'il vous faut du sang, vous commencerez

par verser le mien, mais la peur ne nous. empêchera

pas de nous réunir ; » et elle entre dans l’église, Les catholiques la suivent : la position était gagnée.

Dans les campagnes, comme à Tananarive, partout où la liberté religieuse était menacée, Victoire accourait. Souvent il lui suffisait d'écrire : « Je suis la fille du premier ministre: Je sais qué SOn intention… est que chacun soit libre. Laissez en paix les catholiques. » Parfois elle se dressait dans l'assemblée. Elle parlait avec vigueur, et les tyranneaux protestants, si fiers en son absence, ne savaient que lui répondre.

Par ce rôle de médiatrice courageuse, Victoire rendit le plus grand service aux chrétiens de l'Imerina persécutés par les méthodistes. Sans elle, aucune justicérne leur eut ete rendue,

Une autre mission s’imposait à Victoire, plus délicate, plus difficile : il fallait encourager les catholiques eux-mêmes, les grouper, les reprendre. Victoire

s'en acquitta avec un tact et une bonté admirables.

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Elle écrivait aux assemblées où elle ne pouvait se rendre ; on lisait ses lettres en public ; elles dissipaient d'ordinaire tous les malentendus.

À cette action publique, si importante et si étendue, Victoire unissait un apostolat plus caché mais non moins efficace. Elle accourait au chevet de tous les malades qu'on lui signalait, et elle les disposait à bien mourir. Elle allait baptiser les moribonds ou les nouveaux-nés. Apprenait-elle qu'un chrétien était un sujet de scandale ? elle le reprenait fortement, mais si maternellement que jamais personne ne la repoussa.

Afin de mener de front tant d'œuvres, Victoire avait organisé toute une police, qui lui rendait compte de tous les besoins, et la prévenait de toutes les misères. Dieu seul connaît le bien fait alors par cette femme intrépide.

Après la guerre, elle devait reprendre sa vie modeste et cachée. L'autorité qu'elle s'était acquise, lui permit néanmoins d'exercer jusqu'à sa mort un très efficace apostolat. En 1888, Victoire eut le grand

bonheur de baptiser, ‘à son lit de mort, son mari

Radriaka. Elle l’appela Joseph. La vieille esclave, sa

consolatrice d'autrefois, fut seule témoin de ce grand acte.

Victoire Rasoamanarivo n'était pas le seul soutien de l'église malgache. L'Urion Catholique la secondait puissamment.

Dès l'origine de la mission, le P. Finaz avait établi une Congrégation de la Sainte-Vierge, dont les anciens membres furent ensuite réunis en une association appelée « l'Umon Catholique. » Cette réunion

d'hommes et de jeunes gens chrétiens, avait toujours

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