L'UNION CATHOLIQUE
Ambahivoraka. Chaque nuit ils se levaient, pour demander à Dieu le retour de leurs Pères. Chaque dimanche un membre de l’Union Catholique allait les voir. A la
fin de la guerre, il en restait quatre-vingt-trois.
« Je m'étais persuadé, disait un méthodiste, que toutes les écoles catholiques allaient mourir de leur belle mort, et les voilà, au contraire, plus florissantes que jamais! » Les catholiques, en effet, se firent un point d'honneur de soutenir leurs écoles. Le ministre de l'instruction publique Andrianamananizao était alors le plus avoué de leurs ennemis. Les maîtres d'école catholiques mirent à leur tête un Frère des Écoles Chrétiennes, le frère Raphaël Rafiringa, malgache qui n'avait pu suivre ses frères exilés. Loin de courber la tête devant leurs ennemis, ces généreux catholiques décidèrent d'inviter le gouvernement à leur concours public annuel. Les envoyés de la Reine et du premier Ministre présidèrent en effet ce concours, le 6 novembre 1884, et le journal officiel de Tanana-
rive dut en faire l'éloge.
Loin de détruire la mission catholique de l’Imerina, l'épreuve l'avait donc vivifiée. Ce qu'elle perdit, par l’apostasie de certains, fut amplement compensé par la générosité des autres; mis en demeure de s'affirmer, de se compromettre, les catholiques hova y
gagnèrent, à la fois, en vertu et en considération.
La persécution fut plus violente ; elle causa, par
suite, plus de ravages chez les Betsiléo.
Dans cette province, tuutes les églises et écoles catholiques furent immédiatement fermées, et les
4000 élèves de la mission contraints de fréquenter les
écoles méthodistes ou luthériennes.
Les réunions organisées par les catéchistes étaient traquées par la police. À bout de ressources, les fidèles imaginèrent de se réunir par petits groupes, sous prétexte de jouer aux cartes ou aux dominos. Ils récitaient le chapelet, se concertaient, lisaient le catéchisme, et, à la moindre alerte, reprenaient leur jeu. Cette ruse elle-même fut découverte et interdite.
L'église malgache désemparée, n'aurait pas sans doute tenu toujours aussi ferme sous l'orage ; Dieu, qui voyait son mérite, abrégea sa passion. Mais elle avait fait ses preuves. Elle avait montré à la Catholicité ce qu’on pouvait attendre d'elle, et si ellé fut, depuis, plus heureuse, elle ne fut jamais plus belle que
durant ces deux années de détresse.
Dieco-Suarez. — Vue prise en 1885.