‹ Madagascar et la mission catholiqueChapitre 28 sur 82 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Le traité de 1885. — Mgr Cazet Vicaire Apostolique.

Le traité du 17 décembre 1883 assurait, il faut l'avouer sincèrement, une paix des plus mal assises. Des fautes nombreuses, qu'il n’est pas de notre rôle de signaler ici, en avaient précédé la conclusion. Finalement, après avoir beaucoup menacé, nous ne détruisions même pas les causes qui avaient amené la œuerre ; nous n’obtenions pas ce qu’avaient demandé nos ultimatums successifs, le droit de propriété à Madagascar, et la possession de la côte Nord-Ouest.

Nos négociateurs avaient accepté la radiation du mot protectorat sur l'instrument diplomatique, espérant sans doute qu'il serait plus aisé d’avoir la chose, en sacrifiant le nom. Sans doute, l'article 6 du traité reconnaissait aux étrangers la liberté de louer par bail d’une durée indéterminée, mais la loi 85 du code de 1881 restait en vigueur, cette loi qui permettait aux Français. «d'acheter, tout. en interdisant . aux Malgaches de vendre. Bien plus, pour contracter validement un bail de 90 ans, nous avions encore besoin de l'agrément préalable du gouverneur de province,

et celui-ci devait presque toujours le refuser.

MADAGASGAR

Quant à Rainilaarivony, forcé de supporter à Tananarive la présence d'un Résident français, il était résolu à l’inutiliser, à n’accepter jamais ni son intermédiaire, ni son intervention, à lui livrer enfin une guerre diplomatique dont il espérait bien sortir vainqaueur.

Pour se maintenir dans une disposition aussi fausse, avec des droits mal définis, qu'ils devaient conquérir plutôt qu'exercer, nos Résidents avaient besoin d’une dose exceptionnelle de prudence ettdénercre., Leur patriotisme la leur fournit. Gräce à la franche et énergique attitude de M. le Myre de Vilers, à l'habileté de M. Bompard, à la bienveillance conciliante de M. Lacoste, et à la prudence de M. Larrouy, la paix de 1884 a duré autant qu'elle pouvait durer, -sans détriment pour l'honneur français.

Si, pendant cette période, Raïnilaiarivony avait aidé, comme il le devait, l’action loyale et bienfaisante de notre diplomatie, il eût assuré à son pays une prospérité durable. Mais, au lieu d'appliquer son intelligence pleine de ressources à l'administration intérieure, au lieu d’en proscrire l'arbitraire et l’exaction, il s’est confiné dans son idée d’arracher Madagascar aux étrangers. Avec un parti pris évident, il a laissé les injustices et les meurtres s’acclimater dans l'Imerina. De telles combinaisons finissent toujours par nuire à qui les emploie.

Rainilaiarivony a forcé les Français à partir en bannis ; il les obligera par suite à revenir en vain-

queurs.

I n'entre pas dans notre dessein, d'exposer plus

LE TRAITÉ DE 1885 101 en détail l’histoire politique de ces dernières années. Dès le début de cette période, les missionnaires avaient compris qu'un nouveau règlement de comptes s’imposerait avant longtemps, entraînant une seconde fois Îa ruine de leurs œuvres. Ils les reprirent cependant avec entrain, sans se laisser décourager par des prévisions pessimites.

Leur rentrée à Tananarive avait été triomphale. « Nous sommes entrés dans notre église, écrivait un missionnaire, ce matin 29 mars, à onze heures du matin. Les cloches sonnaient à toute volée, lPorgue jouait. Nous nous sommes prosternés devant le maîtreautel, profondément émus. Invité à dire quelques mots à la foule, j'avais de la peine à ne pas éclater en sanglots. Je parlai du triomphe de la prière et de l'action miséricordieuse de Dieu. Victoire n'y. tenait plus. de Joie: la foule ne pouvait. être. contenue ; c'était un avant-vcoût du ciel ! Durant notre voyage de Tamatave, on nous a partout salués comme parents de la Reine, et on nous a porté des présents en son nom. »

Quatre ou cinq mois avant la guerre, un seigneur féodal et un Père avaient eu le dialogue suivant : « Au moins, disait le gouverneur, quand la paix sera faite, demande bien la liberté pour la prière. »

— « Comment la liberté, mais ne l’avons-nous pas ? hier encore n'as-tu pas dit au peuple que la reine donne à chacun Ia liberté de prier et de faire instruire ses enfants dans la religion qu’il voudra, soit chez Îles catholiques, soit chez les méthodistes, soit chez les

trembleurs, soit chez les norvégiens ? »

MADAGASCAR :— «Oui oest.bièn émellel, 6e que-ral dt vet

ce que j'ai ordonné à mes subordonnés de répéter P

S. G. Mer Cazer Vicatre Apostolique de Madagascar

mot pour mot dans les villages qui dépendent de

moi. Mais, vois-tu, Père, on nous conseille d’user de

toute notre influence pour entraver la prière catho-

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