RENAISSANCE DES ŒUVRES 1O
par un des six principaux persécuteurs, saisi par lui,
et emmené de force, malgré les vives protestations de
son professeur.
«4. Le 22 juin, eut lieu l'inscription des élèves. La liberté fut si visiblement confisquée au profit des Indépendants, que le missionnaire se leva et fit observer au gouvernement la pression exercée sous ses veux, et l'impossibilité, pour les enfants, de s'approcher des maîtres d'école catholiques. Deux de ces derniers protestèrent aussi publiquement, mais en vain.
« 5. Le lendemain, 23 juin, plusieurs élèves se sauvèrent la nuit et allèrent se réfugier chez les Pères, protestant ainsi contre la violence de l'inscription dressée la veille; peu à peu un certain nombre de nos anciens élèves revient à nos écoles. Jusqu'ici, la loi 296 n'avait été faite que pour l’Imérina.
«6. Mais, le 3 janvier, le gouvernement la déclara obligatoire pour la province des Betsiléo. Ce fut le signal de nouvelles violences. Dans la nuit du 21 au 22, une douzaine de fort jeunes gens, conduits par les instituteurs protestants, parcourent les hameaux où demeuraient nos élèves; ils en prennent huit qu'ils enferment ; dans les cases où ils ne trouvent pas les élèves, ils prennent leur père ou leur mère. Quinze enfants purent s'échapper. Plainte fut portée au commandant de Fianarantsoa. J'attends encore justice. »
Ces exemples, que l’on pourrait aisément multiplier, indiquent de quelle liberté précaire jouissaient les écoles catholiques.
Même chez les Betsiléo, cependant, la persévérance
des missionnaires eut raison des protestants. De guerre
lasse, le gouverneur de la province permit à ses administrés de louer des terrains à la mission : Fianarantsoa eut bientôt sa magnifique église romane dédiée à Saint Joseph. Non loin, s'élevait une grande école normale, destinée à fournir d'’instituteurs les villages voisins. Les Frères de la Doctrine Chrétienne n’ont cessé, depuis, de la faire prospérer.
À Tananarive, les Sœurs de Säint Joseph bâtissaient de nouveaux établissements, pour remplacer les maisons incendiées pendant leur absence. Leurs trois
écoles abritaient six cents enfants; elles ouvraient même un noviciat à cinq novices et à deux postu-
lantes malgaches. Le 8 décembre 1886, trois jeunes filles prenaient l’habit religieux, une quatrième était admise à la profession. Leur persévérance, durement mise à l'épreuve depuis quatre ans, prouvait aux plus incrédules, que la vie, non seulement chrétienne, mais parfaite, pouvait être comprise à Madagascar.
De leur côté, les Frères de la Doctrine Chrétienne réunissaient quatre cents élèves dans leur école de Tananarive. Le Résident de France admirait hautement leur dévouement et leur succès. Les Hova, très amateurs de belle musique, s’extasiaient surtout en entendant la fanfare de leurs élèves.
Mgr Cazet aurait voulu couronner ces fondations en créant un cour d'études supérieures. M. Le Myre de Vilers approuvait fort ce projet. Par ses conseils et Son appui, il en aurait secondé l'exécution. Mais il était difficile de louer un terrain pour. cette école
nouvelle ; il était impossible d’assurer aux enfants des