L'AVENIR RELIGIEUX DE MADAGASCAR
religieuse que Madagascar. Les Malgaches de chaque tribu, sont généralement sceptiques et incrédules. Aussi loin qu'on peut remonter dans leur passé, on ne trouve chez eux aucune trace de ce sentiment intime qui porte l’homme, dans ses heures de faiblesse et de souffrance, à se tourner vers Dieu comme vers un consolateur. Ils n’ont pas non plus, comme les peuples primitifs, réparti les attributs de la divinité en autant de créations de leur esprit, ni attribué la toute puissance à des objets inanimés. Ils ne sont ni polythéistes, ni fétichistes. »
Il n'y a, dans ces lignes, qu'une affirmation exacte : c'est que les Malgaches ne sont pas polythéistes.
A quelque tribu qu’il appartienne (1), le Malgache croit généralement à un Dieu unique et créateur, qu’il appelle Azdrian Nahary, ou simplement Zarahary. De la baie de Saint-Augustin, au pays des Antakara, les missionnaires ont partout retrouvé cette croyance foncière en Zahanary. Seulement, à ce Dieu supérieur et tout puissant, les Malgaches ajoutent d’autres esprits inférieurs, bons ou méchants, intermédiaires qu'il faut invoquer ou apaiser par des sacrifices, des prières, des pratiques superstitieuses. De toutes les tribus de l'ile, les Hova sont les plus nettement monothéistes. Le culte idolâtrique des fétiches, des
Sampy ne s'est mème introduit chez eux qu'assez
(x) L'ouvrage le plus consciencieusement informé qui ait été écrit sur ces matières, celui auquel on fait de tous côtés le plus d'emprunts, est assurément celui des Pères de la Vayssière et Abinal: « Vingt ans à Madagascar.» Paris, Lecoffre, 1885. L'auteur avait, pour le composer, des renseignements recueillis par divers Missionnaires, et d'une exactitude assurée.
tard. Les anciens protestaient contre tout culte adressé à d’autres qu’au Dieu créateur, « Les deux derniers champions de cette doctrine monothéiste que nous ayons connus, dit le P. de la Vayssière, sont morts CNtrÉ 28001 C0 1070»
Les Malgaches, surtout les Hova, ont donc un dogme, corrompu et déformé sans doute, mais très net; ils sont, au fond, monothéistes. Quant au fétichisme, jusqu'en 1860 il s’est librement épanoui à Madagascar; depuis lors, il se pratique plus en ca- Chette (1):
Il ne fallait ni remonter bien haut, ni aller bien loin pour trouver chez les Hova des traces de prières. Ils ne demandent pas des biens très élevés, il est vrai, ni pour une autre vie: ils se contentent de biens très
vulgaires, mais ils les demandent sans cesse à Dieu,
aux ancêtres, aux génies intermédiaires. Le Malgache
présente à Dieu toutes les prémices: « À vous les prémices, Dieu créateur! » dit-il en prenant la première bouchée du repas, aux fêtes du Fandroana; « à vous les prémices, » répète-il en portant pour la première fois un habit neuf.
Quant à l'invocation du nom divin, on remarque quelle est fréquemment sur leurs lèvres. Au sein du bonheur ou du malheur, dans les plus grandes comme dans les plus petites circonstances de leur vie, ces mots, Andrnamanitra, Andrianahary (Seigneur, Seigneur créateur) reviennent à chaque instant dans
leurs prières.
(1) V. II Parüe, Ch. VIIL « Bible et fétiches. »