L'AVENIR RELIGIEUX DE MADAGASCAR
Le soir, dans des villages de la forêt, on pouvait surprendre autrefois quelque famille malgache priant les ancêtres. On la trouvait éplorée, groupée près du coin où les âmes des défunts sont censées revenir. Un os de mouton est suspendu à cet angle. Les supplications commencent; on chante les louanges du défunt ; on pleure, on prie; quelqu'un hisse lentement l'os suspendu, les prières montent avec lui; quand l'os
atteint le plafond, tous les bras se tendent vers Île ciel.
Le Malgache prie donc. Il le fait mal, il le fait peu; mais les hommes n’ont su prier que du jour où Jésus-Christ leur a appris à invoquer let "Père ‘qui
est aux cieux.
Les Malgaches soût-ils, du moins, susceptibles de conversion? M. Martineau ne le pense pas (ouvrage cité, p. 362). « Indifférent il est (le Malgache) pour les idées qu'il a re;ues de ses pères ; indifférent 1l reste pour les dogmes nouveaux quon li propose: le conversions sont de pure forme et laissent au cœur
du néophyte son indifférence héréditaire ».
« D'où vient alors que les missionnaires persistent à rester dans l'île, puisque, de leur propre aveu, la conversion des indigènes est impossible? La réponse est aisée, mais il faut faire une distinction. Les uns restent parce que, sous le couvert de la religion, ils se livrent à des opérations commerciales, où à des intrigues politiques : les autres s’obstinent, parce qu'ils veulent acquérir des titres à la miséricorde de Dieu, pour la vie éternelle. Chacun d'entre nous décidera,
selon ses idées, lesquels ont choisi la meilleur part. Les
premiers sont des protestants de différentes nationa-
lités, et les seconds sont des catholiques français. » Ici encore, l'honorable auteur est victime d'une
méprise. Il avait accusé à tort les paiens d’incrédulité ;
à tort il accuse tous les chrétiens d’indifférence ; jamais
les missionnaires catholiques ne souscriront à cette
accusation. i
Certes, personne na, comme eux, sondé l'âme
malgache et gémi de ses faiblesses. Ils savent leurs
chrétiens inconstants, rebelles aux idées. de dévouement, de vertu, de sacrifice. Mais les premiers chrétiens d’Asie-Mineure, étaient-ils moins inconstants ? Beaucoup de nos chrétiens d'Europe sont-ils moins rebelles à ces mêmes idées ? « L'Eglise romaine, écrivait l'amiral anglais W. Gore Jones, en r881, travaille silencieusement à former à Madagascar une
plante supérieure à toute autre. »
Les missionnaires savent qu'il faut du temps à cette plante pour éclore, et loin de trouver sa croissance trop lente, ils s’étonnent, après trente-cinq ans, de la voir si avancée. Un prêtre catholique anglais, le Rév. Kenelm Vaughan, ancien missionnaire dans l'Amérique du Sud, et frère du cardinal de Westminster, écrivait, en 1892, dans le Catholic Times : « Pendant mon séjour à Madagascar, les missions catholiques ont fait l'objet spécial de mes études. Tout ce dont j'y ai été témoin m'a profondément édifié; je dois déclarer, et mon témoignage doit être regardé comme impartial, car je ne suis pas jésuite, je dois déclarer que, des nombreuses missions
que j'ai visitées en pays païens, je nen al pas reén-
L'AVENIR RELIGIEUX DE MADAGASCAR 127 contrée où le travail ait été couronné de plus de succès, où, en si peu de temps, on ait accompli, pour le salut du paganisme, autant de merveilles que
dans cette île infidèle. »
Le motif qui porte les missionnaires à s’obstiner dans leur œuvre de salut, n'est pas siintéressé que Île suppose M. Martineau. Quand nos soldats courent au feu, ils ne songent guère à la solde qui Îles attend ; l'amour de la patrie les exalte. Quand un missionnaire monte à l'assaut du paganisme, l'espoir d’un gain éternel n’est pas son meilleur laut. (édit que liPmeme,. ou un autre après lui, emportera la place, et surtout, il aime Dieu et les âmes. C'est ja charité qui le pousse à se donner aux âmes, filles :mmortelles d’un Dieu
qu'elles ignorent.
Les Malgaches, du reste, ne s'y méprennent pas. Un jour;en 1888, un missionnaire, le P. Camboué, recevait dans son poste d'Ambohitrimanjaka, la visite de trois français : un ingénieur, un oflcier et un explorateur-mineur. Un haut fonctionnaire hova accom-
pagnait les visiteurs.
Le missionnaire avait, pour tout palais, une case malgache. Une salle au rez-de-chaussée servait d'école ; l'autre était, à la fois, une menuiserie, un hôpital et un salon. Une échelle conduisait aux deux chambres du galetas. Le missionnaire habitait l'une, le maître d'écæle logeait dans l'autre.
Or, tandis que le missionnaire grimpait à Son échelle, il entendit l'ingénieur français s'écrier: « Dire
que des gens qui pourraient être si bien en France,
chez eux, dans leur famille, viennent mener pareille
existence à Madagascar ! »
À quoi le Hova, ancien élève de Ia mission, fit
cette réponse qui résume notre pensée : « Monsieur,
c'est l'amour de Dieu qui les pousse à en agir ainsi. »
Tombeau des missionnaires à Ambohipo.
(Phot. du P. Colin.)
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