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LES ESCLAVES

au Malgache, malheur surtout au Vazaha qui passerait aux environs : il serait certainement pillé.

La traite ou le commerce des esclaves est une conséquence inévitable de l'esclavage. Autrefois, — et cet autrefois durait encore sous le règne de Ranavalona 1, — le trafic de la chair humaine s'étalait à Madagascar aussi librement que dans les pays Cafres, Les guerres n'étaient alors qu’un prétexte à captures.

On montre encore, non loin de Fianarantsoa, un roc à pic sur lequel était jadis bâti le village d'Ifandanana. Radama le bloquait, et les assiégés, mourant de faim, allaient capituler, lorsqu'une horrible résolution est prise par les chefs. Les Betsiléo se présentent en masse sur la crête du rocher, et commencent une ronde folle accompagnée de chants et de pleurs. A chaque tour de danse, une grappe humaine se précipitait dans le vide. Plusieurs milliers d'hommes périrent ainsi. À la finle cœur manqua aux femmes, trois cents d’entre elles se rendirent.

A l'est de Tananarive, non loin d’Andevorante, se dresse le sommet d’Antendrovakova (aux pleurs des Hova). Son nom seul rappelle d’autres douloureux souvenirs. C'est sur ce sommet que lés -esclaves, emmenés de l’Imerina, s’arrêtaient une dernière fois. Ils jetaient un profond regard sur ces forêts de l'Ankova qui ferment l'horizon et derrière lesquelles s’étendait la terre de leurs aïeux. Ils pleuraïent leur liberté

perdue (1).

(x) « Des croiseurs français, anglais et allemands sillonnent le canal de Mozambique et les environs de Zanzibar, pour y mettre un terme (à la traite). Les Français et les Allemands font à ces négriers une chasse loyale et correcte, franche et

204 MADAGASCAR Aujourd'hui, la loi interdit formellement la traite à Madagascar. « Toute acquisition d'esclave, dit l'article 46 du code, oblige l'acheteur à le conserver. Si l'acquéreur avait pour but de le revendre, il cube rait une amende, car ce serait une spéculation sur les êtres humains. » — En dépit des Hova, la traite se pratique, dans toute son horreur, sur le canal de Mozambique, et, à l'intérieur, les Bares l'exercent avec non moins de sauvagerie, aux dépens des malheureux

Betsiléo. Les Tanala' et les Sakalaves imitent les

Bares, et jusqu'aux portes d'Ambohimandroso, ils opè-

rent leurs razzias de femmes et d'enfants. Il existe même des compagnies, fort anonymes il va sans dire, d'enleveurs. Ces misérables établissent des relais entre le pays Betsiléo et l'Imerina. Les compères du sud enlèvent quelques enfants, les portent nuitamment au premier relai. Ces enfants passent de main en main, et sont vendus dans l’Imerina, avant que Îles parents aient eu le temps de se plaindre. « Le nombre des enfants ainsi disparus est plus grand qu'on ne pense, nous disait un missionnaire: dans presque tous mes postes, on m'a enlevé des élèves. » À une Journée à l'ouest de Tananarive, le même trafic s'opère entre les Sakalaves et les Hova.

désintéressée. Les Anglais, eux, agissent d’une façon toute particulière ; un croiseur anglais vient-il à s'emparer d'un boutre chargé d'esclaves, qu'il conduit le navire au Consulat le plus voisin dont le bateau arborait le pavillon, puis il embarque la noire marchandise qu’il se garde bien de ramener à son point de départ en lui rendant la liberté. Nos voisins, toujours pratiques, conduisent ces esclaves dans une de leurs colonies où ils les font entrer comme engagés pour une longue période d'années ; inutile d'ajouter que l'état-major du bitiment capteur touche, par tête d'engagé forcé , une prime payée par la colonie. »

(Dr Louis Carat. Voyage à Madasascar,

P- 151. — Hachette, 1895.)

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