‹ Madagascar et la mission catholiqueChapitre 61 sur 82 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

L'armée.

Radama I avait essayé le premier, vers 1817, d'organiser une armée.

Le sergent français Robin, puis l'Anglais Brady, l’aidèrent à constituer à l'européenne ses Æoloahindahy

(les cent mille), corps de troupe

qui ne dépassait pas vingt nulle

hommes.

Robin avait donné à chaque grade des noms distincts. L'esprit malgache se perdait dans cette nomenclature. Radama la simplifia, en numérotant simplement les grades, ou Vounihahilra. X] créa douze grades ÊT Soldat hova.

: (Phot. du P. Colin.) Ranavalona en ajouta deux autres.

Sous son règne, d’ailleurs, le nombre des officiers

(x) Vounihahitra signifie brin d'herbe; on s'est habitué à le traduire par honneur. Un simple soldat est r vtra; les sous-officiers, 2 ou 3 vtra; les officiers, 4, 5 où 6 vtra; les officiers supérieurs, 7, 8 ou 9 vtra; enfin les officiers généraux, 10, 11, Ou 12 vtra. — Aujourd’hui, le premier ministre est seul 17 vtra; son fils préféré, Raïiniharivony, portait seul le titre de 16 vtra. — Pour tous les autres,

le 15 vtra, ou 15° honneur est le sommet de l'échelle.

commença à augmenter, au préjudice de celui des soldats ; cette disproportion allait s’accentuer après la mort de la Reine.

À son avènement, Radama II éleva toute son armée de deux grades : les commandants supérieurs devenaient 16° honneur. Le commandant en chef, premier ministre, était 17° honneur. Radama II, du reste, tenait peu à son armée, il. avait même renvoyé ‘ses soldats dans leurs foyers.

Une première réforme fut opérée en 1806 Le premier ministre enleva le sabre d’officier à tout militaire qui n'avait pas sept honneurs. Il leur mit en mains un fusil et, pour les consoler de leur déchéance, en forma les Â/aranitra, ou gardes du corps.

En 1876, une seconde réforme réduisit le nombre des aides de camp. Certains grands officiers en comptatent deux’ où tro mille (1). Ces aides. de ‘camp avaient, eux aussi,-des aides, de Softe que la. meilleure partie du peuple, la plus vigoureuse, la: plus intelligente était passée au service de quelques particuliers. Dans l’assemblée du 13 juillet 1876, Ranavalona IT se plaignit amèrement d’un tel abus et réduisit le” nombre des: aides: dé ‘camp, à trente pour les 16° honneur, à vingt-cing pour les 15%:et. ainst de suite, C'était encore leur faire la part belle:

Cependant un vice radical empêchait la bonne

organisation de l’armée; il affectait le recrutement.

Il ‘était entendu. qu'un soldat; une fois récu dans

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(1) Rainilaiarivony en avait reçu quatre mille de son frère. Il porta ce chiffre à dix mille.

L'ARMÉE 20 larmee, y devait mourir, Les ranos se trouvaient ainsi encombrés d’une foule de boiteux, de borgnes, de vieillards. Dans l'assemblée du 25 avril 1870, il fut statué que tous les hommes valides, âgés de dix-huit ans, seraient redevables du service militaire; que ce service durerait cinq ans; que les soldats envoyés en garnison dans les pays conquis seraient remplacés chaque année.

Des dispositions spéciales assuraient aux troupes l'instruction. Enfin la Reine promettait de rendre à la vie civile, avant trois ans, les vieux soldats qu'elle appelait #aintimolaly (noirs de suie).

Le 20 mars 1882, la promesse royale fut exécutée. Les atntunolaly furent passés en revue sur le Champ de Mars de Tananarive, puis proclamés Vorzsano, bourgeois. Cette mesure sans précédent était pour ces vieux invalides la cause d’une joie exubérante.

La loi de 1870 punissait de cinq cents francs d'amende l'officier convaincu d’avoir exempté un conscrit. Le trésor serait rempli si tous ceux qui avaient mérité une pareille amende l'avaient payée. Aucune corvée n'est, en effet, plus redoutée, à Madagascar, que le service militaire. Le soldat ne reçoit ni habits, ni vivres, ni salaire. «A lus de S'en procurer de, ses deniers, ou, s'il est pauvre, en mendiant et en maraudant. L'État ne lui fournit qu’une carabine Remington et un sabre-baïonnette. Le soldat porte son fusil. la crosse en l'air, et l’on pourrait, sans se méprendre sur ses intentions, attribuer à cette tenue la signification qu'on lui donne en Europe.

La désertion est un procédé très connu des Mal-

gaches. Ils en usent surtout avant leur immatriculation officielle, ou en cas de guerre; les soldats déserteurs forment, avec les esclaves marrons, le principal contingent des fahavalos.

Le 27 novembre 1889, un missionnaire, le P. Chenay, allait à Fort-Dauphin sur la Wormandy. Ce navire devait transporter, de Mananjary à Fort-Dauphin, un

corps de deux mille cinq cents Betsiléo, destinés à

renforcer l’armée du prince Ramahatra, et à marcher

contre les Sakalaves de la côte ouest.

On s’arrète à Mananjary, mais, au lieu des recrués betsiléo, la Wormandy ne trouve que trois officiers fort penauds. Leurs deux mille cinq cents hommes étaient bien partis de Fianarantsoa. A la première étape, ils avaient pris leur cantonnement. Seulement, : le lendemain matin, personne n'avait répondu à la diane. Les trois officiers allaient de case en case : personne. L’armée avait déserté pendant la nuit.

Le gouverneur de Mananjary, voulant à tout prix consoler les trois chefs, fit arrêter une quarantaine de pauvres diables, les premiers venus, et, de peur qu'ils ne désertassent, il les mit tous en prison jusqu'au départ de la Wormandy.

L'uniforme des soldats se compose d’un veston et d’un pantalon blancs, avec un ceinturon de cuir supportant la baïonnette. Leur coiffure est une toque blanche, bordée de rouge, et ornée des initiales royales couronnées. Ils portent les cheveux rasés et ne conservent qu'un toupet sur le front.

Les officiers s’équipent et s’habillent comme ils

l'entendent. Ils achètent généralement des uniformes

L'ARMÉE 211 anglais, qu’ils chamarrent d’or et d'argent. Ces brillants costumes des chefs rendent encore plus misérable l'aspect des troupes.

Le soldat malgache n'est pas plus logé que nourri par l'État. Il se loge où il veut et où il peut; il suffit qu'au jour désigné, il soit rendu au champ de manœuvres de Soanierana; l'exercice a lieu d'ordinaire le mardi, de six heures du matin à midi ou une heure.

En cinq ans, on n'a point entendu plus d'un exercice de tir. Cet exercice mémorable a duré trois jours. Le Premier Ministre le présidait. Chaque soldat recevait quatre cartouches et tirait à cent mètres de la cible. Les adroits tireurs obtenaient deux, quatre et jusqu’à douze sous de gratification. Il n'est pas étonnant que les Hova ne sachent point manier un fusil; ils n'en prennent pas soin; ils tirent trop haut, sans ordre, et, après avoir épuisé leurs càartouches, ils décampent. C’est du moins la manœuvre qu'ils ont suivie durant la campagne de 1880, contre les Bares de Tulléar. Elle ne leur réussirait pas en présence de troupes régulières.

Le capitaine Lavoisot avait été chargé, après la guerre, d'organiser, à Tananarive, une école de cadets. Le capitaine est rentré en France depuis deux ans. Les Anglais Graves et surtout Shervinton continuent seuls à instruire une quarantaine de cadets royaux, dont l'instruction ne sera pas à dédaigner.

Un corps de policemen a été organisé en 1890, à la suite de brigandages opérés en plein Tananarive. Les uns sont armés d’une simple sagaie k les autres

d'un fusil et d’une baïonnette. Ils portent un pantalon

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