ESS
212 MADAGASCAR et une vareuse de lustrine noire, et un mauvais shako d'un très ridicule aspect.
La nuit, ces policemen veillent dans leurs postes, ou sillonnent la ville à partir de neuf heures du soir et du coup de canon qui sert de couvre-feu.
Afim de prouver qu'ils ne dorment pas, ils poussent des hurlements fort désagréables à entendre. Ceux des postes doivent répondre aux mots d'ordre qu'on leur jette de la rue. Maloré les patrouilles, les gardes dorment souvent. Un bon missionnaire avait l'habitude de répondre lui-même à la patrouille, afin de ne pas troubler le sommeil de ses gardes. Ceux-ci, du reste, s'entendent parfois avec les voleurs; tandis que les voleurs
opèrent dans une maison, les
gardes, placés en face, se contentent de redoubler
leurs cris. Ils couvrent ainsi le bruit de l'agression, tout en prouvant leur vigilance.
Le corps du génie est recruté parmi les différents métiers. Les soldats sont armés d’une lance. Ils s’exercent aussi le mardi, mais leur rôle se borne à distribuer les corvées. Certains villages sont chargés de fabriquer la poudre, dans la forêt. Les femmes recueillent l'urine de vache afin d'en avoir du salpêtre;
le soufre est fourni par des sulfures de fer; les bois
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L'ARMÉE DL légers de la forêt donnent du charbon. Mais cette poudre encrasse beaucoup les armes. Une poudrière est installée à Tananarive; elle possède quelques machines pour fabriquer des cartouches. Jusqu'à ces derniers temps, ces machines n'avaient pas encore fonctionné.
Les 45,000 hommes, dont se compose théoriquement le contingent de l’armée hova, seraient redoutables s'ils étaient bien instruits. Ils ne Île sont pas. Peu habitués à la manœuvre de leurs armes, dépourvus de service d’intendance, ils font la guerre dans des conditions trop défavorables pour qu'ils puissent l'aimer. Aussi l’abhorrent-ils. En dépit de l'excitation factice entretenue dans le pays par le gouvernement, il est certain que l’armée et le peuple hova n'ont aucune envie de combattre la France. Is tiennent tous à l'indépendance de leur pays; en exaltant ce sentiment, on leur monte actuellement la tête; mais leur exaltation tombera vite au bruit de nos canons, surtout lorsqu'ils auront compris que leur ennemi n'est pas la
nation qui les délivre, mais la faction qui les opprimait.