‹ Madagascar et la mission catholiqueChapitre 69 sur 82 · LUNETTE MÉRIDIENNE, LONGITUDE ET LATITUDE · texte numérisé non relu

LUNETTE MÉRIDIENNE, LONGITUDE ET LATITUDE

La tour de l'Est contient une section sur le méridien; au centre de la salle est installé, sur un pilier, le cercle méridien portatif Rigaud n° 2. Le pied en fonte supporte une lunette de 78 centimètres de lonœueur ; l'objectif mesure 63"",3 de diamètre. Le cercle de déclinaison, divisé de 5’ en 5’, a 207,5 de rayon; en face, quatre micromètres placés Sur un deuxième cercle fixe et espacés les uns des autres, indiquent 2° à chaque tour devis, et 2” à chaque division du tambour. Un microscope viseur sert à pointer la lunette dans la direction de l’astre que l'on veut observer. Le réticule de l’oculaire est formé de treize fils horaires perpendiculaires à un seul fil horizontal.

Quoique cet instrument ne soit pas neuf, il n'en est ni moins commode ni moins exact.

M. Yvon Villarceau, astronome, membre de l’Académie des sciences, l’employa, il y a une trentaine

d'années, pour déterminer les positions géographiques

de France, et il en fit la description dans le tome IX

des Annales de l'Observatoire de Paris.

dans un des pavillons attenant à l'Observatoire

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En 1871, ce cercle faillit être détruit sous le régime de la Commune. Furieux d’avoir été assaillis à l'Observatoire par une grêle de balles, les fédérés se

vengèrent en brûlant plusieurs caisses qui leur tom-

L'Observatoire d'Ambohidempona.

(Photographie du Père Colin.)

bèrent sous la main. L'une d'elles contenait ce cercle de déclinaison ; sous l’action du feu, il se tordit; parun heureux hasard, les pièces accessoires de l'instrument furent épargnées. Après avoir été réparé, on le. plaça “ou

servit assez peu aux observations astronomiques, jus-

qu'au jour où le directeur, l'amiral Mouchez, toujours prêt à seconder les entreprises scientifiques, eut l'extrême obligeance de le mettre à notre disposition.

L'orientation de la lunette sur le méridien fut une des premières et des plus minutieuses opérations. Ensuite, je déterminai la valeur d'une division du niveau ainsi que du micromètre de l’oculaire, les intervalles équatoriaux des fils de réticule et l'inégalité des pivots. Ces préliminaires achevés, j'observai la longitude du lieu par la méthode des culminations lunaires. Trente-neuf séries qui portent sur un total de 361 étoiles observées, ont donné pour résultat en temps: 3" 0" 46° Est de Paris, avec erreur probable de + 4%, ou en arc: AU D 30 hr 0

Après la longitude, vint le tour de la latitude obtenue avec ce même cercle méridien, par la méthode des hauteurs d'étoiles mesurées au moyen du nadir. Mais, survinrent des difficultés auxquelles j'étais loin

de m'attendre. Tous les soirs, penché sur l’oculaire

éclairé de la lunette, j'essayais de distinguer dans le

bain de mercure l’image réfléchie du réticule. Vingt minutes, une demi-heure s'écoulait, et la surface du liquide s’agitait sans cesse. Afin d'éviter les remous d'air qui pouvaient se produire, tantôt j'enfermais la lunette dans un tube de carton qui aboutissait au bain parfaitement clos, ou bien j'enveloppais tout l'instrument d'une couverture, ne laissant émerger en dehors que le prisme de l'oculaire, ou bien je plaçais le mercure dans une boîte en bois dont la partie inféreure était coupée de sillons concentriques, destinés à

amortir les ondulations. Vains efforts!

he

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Un jour pourtant, j'aperçus enfin cette image si désirée; l'atmosphère était calme; je me mets à l'œuvre et observe les hauteurs de 15 à 20 étoiles: le lendemain soir, pas de brise, même succès. Certainement, le vent ébranlait ou la tour de l'Est ou la montagne. Cet inconvénient entrava souvent mes travaux; ainsi s'explique le nombre relativement restreint des latitudes observées. Quinze séries offrant un total de 156 hauteurs d'étoiles ont donné pour valeur dela Mtitudes re ce a ro 20, Eu

Au témoignage de M. Bossert, astronome de l'Obser-

vatoire de Paris, qui a eu l’obliseance de calculer ces observations, : « les résultats obtenus méritent toute la confiance des géographes ». M. Grandidier, membre de l'Institut, qui a bien voulu se charger des frais de calcul, à présenté et discuté ces travaux astronomiques, devant l'Académie des sciences, dans la Soaice du.25 Septembre 1883.

Pour le moment, :le ‘cercle.méridièn Rivaud n° 2 sert à déterminer l'heure locale par des passages d'étoiles, à régler notre pendule sidérale et nos chronomètres temps moyen. Nous indiquerons plus loin comment cet instrument nous a servi pour connaître la longitude de plusieurs stations situées à l’est de Madagascar,

Fort ignorants et superstitieux à l'excès, Îes visiteurs malgaches, qui voient dans cette lunette les personnes et les objets renversés, les étoiles traversant le champ au moment indiqué, même en plein jour, sont persuadés qu'il y a dans nos études et nos instru-

inents quelque pratique. secrète. de là: sorcéllérie.

Malgré nos dénégations, le peuple persiste à croire que

nous observons les étoiles à travers les nuages, que nous apércevons ce qui se passe à Tamatave, à 350 kilomètres de distance, et chose plus singulière, que la nuit, nous photographions les sorciers qui errent

dans la campagne pour jeter leurs sortilèges.

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