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RECONNAISSANCE DE LA RÉGION

Avant d'indiquer les procédés au moyen desquels nous avons couvert cétte minime partie de Madagascar d’un réseau géodésique, exquissons à grands traits la réoion explorée. Pour plus de clarté dans cette reconnaissance préliminaire, transportons-nous sur le littoral

de l’océan Indien, à Andevorante, et suivons en vul-

gaires voyageurs l'unique et affreux sentier, décoré du

nom de route, qui mène à la capitale.

Tout d'abord vous traversez la zone côtière qui s'étend depuis la mer jusqu'à Beforona, sur une largeur de 60 kilomètres environ. L’altitude s’accentue au village de Bedara. A Beforona apparaît la première chaîne faîtière couverte de forêts dont la vigoureuse végétation ravit les regards. C’est au pied de ces verdoyantes montagnes, hautes de plus de 1050 mètres, que sont bâtis les derniers villages du pays Betsimisaraka. Les principaux massifs sont, au nord, Ambohitrakoholahy, Ambohimanga, et, vers le sud, Maromisaha, Andriambavibé, Vohidrazana; ces sommets se dessinent au loin sous l'aspect le plus pittoresque, lorsque du haut des plateaux du centre, l’on jette un coup d'œil sur l'immense et sombre panorama de la grande forêt.

Arrivé au village d'Analamazaotra, le voyageur a franchi le premier degré du gradin qui constitue la partie Ka plus accidentée de la route; le voici en pays

Bezanozano. Le sol est un peu moins tourmenté par

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les éruptions volcaniques jusqu'a Moramanga, grand village à l’est d’une plaine large de 20 kilomètres et d'une longueur qui s'étend fort loin dans la direction générale de l'île, du N.-N.-E. à S.-S.-W. Le chemin gravit ensuite les flancs des Fody, assises de la deuxième chaîne faîtière de l'Ankay. En quelques minutes de descente vertigineuse, l'on retombe dans une vallée fertile mais fiévreuse, située au même niveau que la plaine de Moramanga. Devant vous se dresse déjà le massif granitique d’'Ampoharana, dont la pénible ascension commence au village de Mandrarahody appelé aussi Angavo. Sur cette chaîne parallèle à celle de la côte, encore une bande de forêts, que l’on déboise avec l’insouciance particulière aux peuplades orientales. Enfin, parvenus au village d'Ankeramadinika, après cinq ou six jours de voyage, portés et porteurs, brisés de fatigue, se trouvent sur les plateaux ondulés de la province de l'Imérina; sept à huit heures de

marche les séparent de la capitale.

AZIMUTS, NIVELLEMENT Telles étaient l’orographie et la topographie du pays que nous allions trianguler. Grâce aux nombreuses montagnes voisines, les bases de Maharemana furent peu à peu agrandis, et, par suite de triangles, nous fixions les positions de plusieurs signaux à Tananarive, à l'Observatoire, et en d’autres points de l'Imerina. De quelques stations situées sur le massif central de

l'Ankay, il fut facile de franchir la plaine des Bezano-

Zano et de déterminer les sommets de Ia chaîne

L'OBSERVATOIRE D'AMBOHIDEMPONA 257 forestière au pied de laquelle s'étend le versant du littoral. Ces somméts étaient plus tard. identifiés et

reliés aux stations de la côte par le problème classi-

que des segments capables. Après six mois d'opéra-

tions sur le terrain, nous parvenions à Andevorante, sur les bords de l'océan Indien. La distance à vol d'oiseau entre les deux points extrêmes de la triangulation était 211 kilomètres 140 mètres; la largeur du réseau géodésique égalait environ 80 kilomètres; sur 76 montagnes, nous avions fait des tours d'horizon avec le théodolite, et nous avions relevé 3908 angles azimutaux, dont 483 orientés par des hauteurs du soleil. Nos signaux étaient calculés par la résolution de 1400 triangles, et tracés sur le canevas trigonométrique à l'échelle de 1/200000°.

Les relèvements en azimut terminés, mon collaborateur exécutait les levées de détail: villages, sentiers, cours d'eau, mouvements de terrain, avec la planchette et l’alidade nivellatrice, tandis que je mesurais en apozénit les sommets importants de montagnes, cercle à droite et cercle à gauche de mon théodolite. Sur 803 distances zénitales observées, nous avons réduit 64 altitudes. C'est ainsi que, sur une distance de 163 kilomètres 940 mètres, en mesurant successivement les hauteurs de seize signaux, depuis l’océan jusqu'à six stations géodésiques, limite de l'horizon est de Tananarive, nous obtînmes l'altitude de l’Observatoire, 1402 mètres au niveau de la cuvette barométrique. Ce résultat est plus faible seulement d'un mètre que l'altitude conclue par trois années d'observations

du baromètre à mercure de notre Observatoire.

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