SIGNAUX GÉODÉSIQUES
Il n’y a point lieu de s'étonner si nous avons choisi de préférence nos stations géodésiques parmi les sommets sur lesquels les indigènes ont élevé des emblèmes idolâtriques. L'expérience nous a appris que ces mires sont beaucoup plus respectées que nos pieux et nos mâts. Grâce à ce culte, les séodésiens nos successeurs retrouveront sans difficulté les endroits précis Où nous avons exécuté nos tours d'horizon.
Tantôt notre champ d'opérations était un tas de pierres (farataovasa) placé non loin d'un chemin, et grossi par les passants qui offrent un caillou au génie de la montagne, dans l'espoir d'obtenir un voyage heureux, de réussir dans une entreprise, de gagner un procès. 51 le naturel est en veine de générosité et de dévotion, il accompagne son offrande du sacrifice d’un coq, dont il suspendra tête et pattes à un bambou planté au milieu des pierres; ou bien ïül déposera à terre une poignée de riz, ou cachera dans le voisinaxe quelques fragments de monnaie d'argent. Moins fanatiques, nos porteurs d'instruments ne se faisaient aucun scrupule de courir sus à la recherche de ce dernier article; plus tard, ils s'en servaient pour boire à la santé du crédule idolâtre. Les oiseaux
s'étaient déjà chargés de dévorer le riz.
Aïlleurs, nous placions notre théodolite au pied
d’un bloc de granit fvalo muitsangana) de 2 ou 3 mètres
de hauteur, assez semblables à nos anciens menhirs.
L'OBSERVATOIRE D’AMBOHIDEMPONA 259 Ce monolithe, porté à dos d'homme, avait été dressé pour perpétuer le souvenir d’un événement important, ou en l'honneur d’un personnage illustre, ou à la mémoire d'un parent mort en pays lointain, et dont le corps n'avait pu être transporté dans le tombeau des ancé-
tres. Aux chefs des familles voisines incombait le soin
de raconter aux petits enfants les hauts faits ratta-
ichés au souvenir de la pierre, tradition qui se perpétue d'âge en âge. Que de vertus les Malgaches n'attribuent-ils pas à ce vulgaire granit? Souvent la base en est enduite de graisse, ou entourée de quelques chiffons : sacrifices et présents. économiques en l'honneur du fétiche !
Plus loin, nous nous installions près d’un arbre sacré ou sur un tombeau de prétendus ancêtres appelés Vazimbas, orné fréquemment de quelques pierres peu élevées. Si de pareils signaux nous offraient un point de mire des plus utiles pour les visées, il faut bien l'avouer, ce n'était pas sans un certain froissement que l'indigène nous voyait gravir ces lieux, profanés
peut-être par nos travaux et notre présence.