POSITIONS GÉOGRAPHIQUES
Les résultats de nos opérations géodesiques ne pouvaient être complets et à l'abri de toute critique, qu'à la condition d'être contrôlés par une méthode distincte de la géodésie. À cet effet, et comme vérification de notre triangulation, nous établîmes sur notre
réseau plusieurs positions géographiques que nous
comparions avec celles déjà établies de l'Observatoire de Tananarive. Tel fut le but de nos 160 observations astronomiques ; la latitude était obtenue par la méthode ordinaire des hauteurs circumméridiennes du soleil; la longitude, d'après la différence des heures locales entre la station et l'Observatoire, l'heure étant transmise par des signaux télégraphiques sans la sonnerie, faute de chronographe. Expliquons ce procédé
que peuvent employer avec avantage les explorateurs,
pourvu qu'ils aient à leur disposition une ligne télé-
graphique, un théodolite ou un sextant, un chronomètre et un collaborateur en possession de l'heure locale. Voici comment nous opérions.
À peine arrivé dans l'une des stations dont je désire relever les positions géographiques, j'avertis mon collègue de Tananarive, le Frère Soula, membre de la mission catholique, et lui indique le moment où nous échangerons nos heures respectives durant la iournée du lendemain. Si le temps est beau, il observe dans la soirée, au cercle méridien, une série de passages d'étoiles. Les erreurs instrumentales de niveau, d'azimut et de collimation sont déterminées avec soin; l’on compare le chronomètre Frodsham, temps moyen de Tananarive, avec la pendule sidérale, et l’on obtient par le calcul l'heure moyenne locale. Le ciel est-il couvert? les observations méridiennes sont remises au lendemain matin ou à la soirée suivante.
De mon côté, j'installe le théodolite Gambey sur son trépied, lorsque, le matin, le soleil se trouve dans le voisinage du premier vertical. L'instrument ayant
été nivelé, je cherche les erreurs de collimation et du
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Doint zénital par un azimut et une hauteur sur un nbjet. éloigné, dans les deux positions directe et inverse de la lunette. Je prends alors des apozénits du
soleil alternativement cercle à droite et cérclé à gauche,
Dans la Montagne.
et note le moment de l'observation d’après la méthode familière aux astronomes dépourvus d’aides, de pointeur ou de chronographe, c'est-à-dire en écoutant les dix battements de la montre chronomètre qui suivent
l'instant du phénomène, et en lisant sur le cadran des
secondes le chiffre qui correspond au dixième batte-
262 MADAGASCAR ment. Par estime, j'apprécie les dixièmes, et écris les résultats, dixième de seconde, seconde, minute, heure,
nombre de degrés lus sur les cercles azimutal et ver-
tical. Lorsque le temps est beau, j'observe les instants
où les deux bords du soleil mordent et quittent le fil horizontal du réticule; dans le cas d’éclaircies intermittentes entre les nuages, je ne prends qu’un seul et même bord.
À l'heure convenue, je me dirrige vers le bureau de la station, muni de ma montre chronomètre réglée ainsi sur le temps moyen local; mon collèoue de Tananarive apporte à son tour le chronomètre Frodsham, temps moyen de l'Observatoire, au bureau central de la capitale. D'avance, l'opérateur Ouest, par exemple, communique à celui de l'Est l'heure et minutes en nombre rond qu'il va lui expédier. Afin d'éviter tout malentendu, Île correspondant répète la convention,. puis le poste Est établit le courant sur la sonnerie. Dès que la petite aiguille des secondes s’avance vers la 45° division, l'observateur Ouest appuie quelque temps sur le manipulateur de l'appareil Morse: il est convenu que le roulement prolongé du timbre signalera : allention; un coup sec, juste au zéro de la seconde, et par conséquent un seul battement du marteau sur la sonnerie du poste récepteur annoncera: {09. À ce moment l'observateur Est, déjà attentif sur son chronometre des le. premier Siÿnal, dote la seconde, dixième de seconde par estime et écrit les résultats, seconde et dixième, minute et heure. Afin d’avoir à loisir le temps d'écrire, les envois rythmés se succè-
dent de minute en minute. Après trois ou quatre
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signaux, suivant la convention établie précédemment, le collègue Est annonce à son tour l'heure et la minute de son chronomètre qu'il se propose d’expédier ; le courant électrique au bureau ouest est mis sur la sonnerie. Même échange de signaux.
Ainsi avons-nous opéré à Tamatave, seule station pourvue d’une sonnerie. Dans le but de vérifier les résultats, nous avons recommencé nos opérations à plusieurs jours d'intervalle, le 6 et le 12 octobre 1892, Mais les appareils de Beforona et d’'Andevorante étaient dépourvus de timbre électrique; j'envoyais donc sur la sonnerie de Tananarive une série de 4p rythmés à chaque minute de ma montre.
Nous ne parlerons ni de nos résultats magnétiques de déclinaison, d’inclinaison et de composante horizontale, que nous avons communiqués à l'Académie des sciences, le 12 mars 1804, ni de la création de nos onze stations météorologiques disséminées dans la grande île, ni de la publication de nos annuaires où sont coordonnées et calculées nos observations et lectures des instruments météorologiques.
Il serait aussi intéressant de raconter les difficultés du voyage que nous suscitèrent et nos porteurs d'instruments et les indigènes, les mécomptes inhérents
à un pays offrant peu de ressources matérielles,
peu de facilités de communications, accidenté, couvert
de sommets boisés dont l'identification déroute parfois les Malgaches eux-mêmes, les vicissitudes du temps, l'insalubrité du climat et des eaux. Le récit d'un pareil sujet nous entraînerait hors du plan et des
limites de ce compte rendu déjà si long.
Ecrites d'abord sous le beau ciel de Madagascar,
ces quelques pages ne gardent plus, hélas! le cachet de l'œuvre achevée sur une terre lointaine. Brisé par les fatigues, les privations, l'anémie et les fièvres paludéennes contractées dans les régions malsaines, jai dû, sur l’ordre des médecins, rentrer momentanément en France. Grâce à Dieu, je me sens maintenant la force de retourner à mon poste. Si, de la grande île africaine, j'ai le regret de n'apporter que quelques matériaux scientifiques glanés à grand peine durant quatre ans, dans un pays rebelle à tout effort de civilisation, il me reste du moins cette douce et suprême consolation, d’avoir sacrifié mes forces pour l'honneur et le développement de la science française, et d'avoir ainsi concouru. à ma façon, à l’œuvre de la
Mission catholique à Madagascar.
FT COEIN: