‹ Madagascar et la mission catholiqueChapitre 76 sur 82 · PATES RER · texte numérisé non relu

PATES RER

Il m'est arrivé de faire des rencontres d'autant plus dangereuses que j'étais loin de toute habitation. Ainsi un jour, j'étais tout seul à mon travail, sur un sommet assez près cette fois du poste où je donnais une petite mission, lorsque deux individus m'abordent et me demandent de venir chez eux enseigner la priere. « Très bien, leur dis-je, mais vous pouvez, si vous avez un véritable désir de vous instruire, venir ici, où jenseigne la véritable religion, matin et soir. » Ne se tenant pas pour battu, l'un d'eux se met à faire le prêcheur à la façon des protestants, récitant les textes de l'Écriture Sainte, avec indication du chapitre et du verset. Il voulait peut-être me persuader qu'il était uñ bon prédicant. Comme je continuais mon travail sans l'écouter, il change de sermon et me demande parapluie, chapeau, argent, etc., etc. Il va sans dire que je n’acquies;ai pas à ces demandes puériles, mais ordinaires même aux grandes personnes chez les. Mälgaches. Alors, il se met à fureter dans mon bagage, à palper mes poches, et même à me saisir la main, pour essayer ma force. Que faire seul contre ces deux gaillards, qui semblent méditer un mauvais coup ? Je garde le silence et je tâche de terminer au plus vite ma besogne. Eux n'osent pas m'attaquer, croyant que j'ai quelque arme cachée ou quelque sort terrible à jeter. Mon interlocuteur avait demandé à m'acheter du /anafody fanaloranana, remède pour faire évanouir. Pourquoi ? Peut-être pour s’en servir à l’occasion. Me voyant impassible et ne trouvant rien à prendre, ils se mettent à dire et à faire des insanités, puis s’en

vont l’un après l’autre. Je venais de me trouver en

présence de véritables brigands ; d'après le signalement que jen donnais le soir, ils avaient, me dit-on, commis des assassinats.

De pareils personnages ne sont pas rares dans ce pays ; ils sont connus des habitants ; mais ceux-ci n'osent ni les déclarer à la police, ni rien faire contre eux. On craint leur vengeance, car la vénalité des

juges leur ouvre presque toujours une porte pour

échapper. Voici ce que m'a raconté un des Pères qui

mont remplacé dans ce district. Son maître d'école, en entrant dans sa classe, , vit un jour les tableaux de lecture, qui étaient collés sur toile, transformés en habits sur le dos de ses élèves !

Une autre fois — c'était pendant la saison des pluies et dans un district du Nord, où j'étais allé uniquement pour mon travail géographique — mes porteurs d: bagages étaient en avant et suivaient à travers la vallée le chemin direct ; le lieu du rendez-vous était une réunion catholique. Pour moi, je parcourais seul le sommet d’une chaîne de montagnes. M'étant un peu attardé à cause de mon travail, car je fis trois lévés ce jour-là, et aussi à ‘cause de l'orage qu m'avait plusieurs fois obligé de m'abriter, je fus surpris par la nuit. Elle devint bientôt si noire que c’est à peine si je pouvais me diriger par la silhoutte des montagnes voisines, que je connaissais un peu. Un moment, dans le fond d’une vallée, après avoir emjambé un petit ruisseau, je m'étais entièrement égaré. Je gravis la pente la plus raprochée, je cherche à morienter, et j'aper,ois dans le lointain quelques

lumières. C'était un village, et les habitants faisaient

HISTOIRE D'UNE CARTE 27 cuire leur repas du soir. J'y arrive bientôt et j'entre dans une maison pour demander mon chemin. Personne d'abord ne me répond. Un blanc, tout seul à cette heure, dans le pays ! Ils ne pouvaient en croire leurs yeux ; cependant, revenus de leur surprise, deux jeunes hommes s'offrent à m'indiquer ma route. Ce village écarté, je l’appris plus tard, est un repaire de brigands : ils volent des enfants pour les vendre aux Sakalaves.

Mais je n'étais pas au hout; mes guides à peine repartis, je fus assailli par un orage et une pluie torrentielle ; trompé par le brillant de l'eau qui ruisselait sur la terre, je me jette dans des fossés remplis d'eau. J'en sors à grand’peine et m'avance à tâtons sur le sommet d’un plateau dont je n'osais trop m'écarter. Je tombe sur un autre village, où une maison, par sa porte et son volet mal joints, laissait encore passer un filet de lumière. J'entre et toute une troupe de chiens se: met à mes trousses; je n'avais pour

toute défense que mon parapluie! J'arrive enfin, après

avoir distribué force coups aux plus féroces, jusqu'à

cette maison; mais en vain je frappe, en vain j'appelle: personne. Je déclare mes titres, je peins ma détresse: silence dans la maison, mais tapage infernal de la troupe qui est sur mes talons. En désespoir de cause, je sors de ce village inhospitalier, après y avoir secoué la boue, sinon la poussière de ma chaussure, Je ne suis pas plutôt dehors que mes gens me crient : « Passez au nord, près du tombeau, vous trouverez votre chemin; » mais dans l'obscurité, je ne voyais pas plus de tombeau que de chemin. Je les invite à

me guider; je leur promets une récompense, mais, dans

leur frayeur, ils n’osent même pas franchir le seuil de

leur maison. Je vais donc à l'aventure et je m'engage dans des plantations. L'eau ne tombe plus; mais le feuillage des maniocs m'asperge sans relâche; mon brave parapluie, qui m'avait défendu contre les chiens, ne pouvait me garantir contre cette rosée. Tant bien que mal, me voilà au bord d'un ruisseau gonflé par les pluies de cette journée; aussi n'est-ce pas sans appréhension que je me dispose à le franchir. Je me débarrasse de tout mon bagage en le jetant à l’autre rive, je prends mon élan, je saute de toutes mes forces, je m'accroche aux herbes et je tombe à la renverse dans ce torrent débordé. De l'autre côté, des rizières, où je patauge un bon moment. Mais le malheur était petit; je ne pouvais plus me mouiller ni me salir. Je gagne le côteau opposé: grand chemin, fausse direction, encore des champs cultivés. Enfin j'étais au terme de mes fatigues, au bord du fossé d'un village, que je reconnais à son église pour celui où je me rendais. Il était dix heures du soif, tout était plongé dans un sommeil rendu plus profond par le mauvais temps. J’eus de la peine à réveiller mes hommes et à me faire préparer un peu de nourriture ; j'étais à jeun depuis le matin.

Même avec des compagnons, j'ai été en butte à la malveillance des Malgaches. J'ai été écarté par la violence des endroits favorables à mes opérations, lieux de pèlerinage ou tombeaux. Une fois, j'ai dû racheter à prix d'argent — quelques sous — mon domestique. Les noirs o/o-mmaimty — c'est ainsi qu'ils appel-

lent les esclaves — ne peuvent fouler aux pieds. des

HISTOIRE D'UNE CARTE 279 sépulcres aussi sacrés. Ces jours derniers, j'étais allé à lharanandriana, point géodésique de grande importance, pour vérifier quelques angles. Le point culminant de la montagne était un tombeau d’Arndyiana (caste noble). Je demandais à mon compagnon de placer mon instrument: « Prends garde, lui disent Îes gardiens du tombeau, il peut t’arriver malheur. » Aussi mon homme ne fit que me présenter d’en bas l'objet demandé.

Un autre jour, j'étais monté sur une roche d'assez chihcilé acces, où jé n'avais que tout juste place

suffisante pour dresser mon instrument; mon domes-

tique, au pied de la roche, m'indiquait un poitt que

je lui avais demandé, lorsque je vis arriver deux individus, dont l’un portait un long bâton. À une certaine distance, le plus vieux m'interpelle: « Que faïsti lar Descends' vite!) Tout %ma''besoohe, je ne réponds rien. Avançant toujours il crie plus haut. « Descends, et au plus vite! » — « Quand j'aurai fini. » — «Tout de suite! » Et voyant que je ne bougeais pas il ramasse une pierre qu'il me lance de toute la Visueur de son bras... .Eé Haut di rocher ‘vole en éclats. Cela dévenait Sérieux. € Je me plamdrai à: là reine de ta manière d'agir. » —« As-tu demandé à la reine ou au premier ministre la permission de venir ici? y — « Ce n’est pas nécessaire ; les blancs ont le droit de venir 101 et où bon/leur semble ; et toi, tu n'as pas vle droit de tvyopposer, , 37 Alors .<e forcene, voyant mon serviteur à sa portée, se jette sur lui et lui assène de grands coups de bâton sans les compter.

« Ah! c’est toi qui amènes ici ce blanc pour ensor-

celer notre pays: tu vas payer ta témérité. » Ne pouvant venir au secours du pauvre homme: « Sauve-toi vite, lui dis-je, et ne ‘crains rien pour moi! » Il détale

aussitôt et se dirige en boitant vers notre résidence,

Village et rochers d'Antongona

(Phot. du P. Roblet).

à une lieus de {à L'homme au bâton revient. Nous

velles sommations. « Pourquoi descendrai-je, lui dis-je ?

Je ne fais pas de mal. » — « Que fais-tu donc là haut ?

Qu'est-ce que tu souffles au nord, au sud, à l’est et à l'ouest? Tu viens jeter des maléfices, tuer l'esprit des

ancêtres qui reposent dans ces tombeaux: descends au

plus vite. » — « Je ne fais rien de ce que tu dis; je fais le sarin-lany (le portrait de la terre) ; je ne souffle pas de maléfices, je regarde dans ma lunette ; pour tes ancêtres qui sont enterrés ici, quel mal puis-je leur faire, puisqu'ils sont morts? Est-ce que, par hasard, je pourrais les tuer de nouveau ? » — « Tu mens ; n'est-ce pas toi qui es venu ici l’année dernière déposer une calebasse remplie desortilèges ? HÂte-toi de descendre. » — « Monte, si tu veux ; tu verras. >» — Aussitôtil orimpe sur ma roche en se faisant aider par son compagnon, saisit ma canne et se dresse contre moi en levant son gros bâton: « Va, je n'ai pas peur, lui dis-je en souriant, car je ne suis coupable d'aucun des crimes que tu me reproches. » Il abaisse son gourdin sur mon épaule, sans frapper ; il n'avait pas l'intention de me faire du mal. Cependant, en me bousculant sur cette roche où l’on pouvait à peine se tenir, il renversa ma planchette et ébrécha mon alidade. C'était un moindre mal, car nous aurions pu nous casser le cou en dégringolant de cinq à six mètres. « Mauvais sujet que tu es, lui dis-je, vois, tu me brises mes instruments: je porterai plainte à la reine. »

Il ne m'était plus possible de continuer mon travail, je plie bagage au plus vite; cependant pas assez vite au gré de cette homme qui ne cessait de me presser. Ses yeux ne me quittaient pas un instant. Une fois à terre, mon homme se met à hurler: « Assez comme cela de tes sorcelleries, nous te tenons maintenant ; tu vas nous suivre. >» — « Je ne suis pas sorcier ; j'enseigne la prière ici, au sud, à Æxbalovory ; tu peux

le demander à Xawvony, chef de ce village. — Que

282 MADAGASCAR ton Rainivony vienne te chercher ; tu vas nous suivre, » — « Un moment, j'ai encore quelque chose à écrire. »

Et je m'assieds par terre, pour noter mes observations

météorologiques. Mon pied relevait un peu ma sou-

tane qui le couvrait. « Voyons, s'écrie-t-il, c'est là quest ton ody (sortilège). » Je détourne mon habit pour lui montrer mon pied. — « Qu'est-ce que cela ? dit-il, en indiquant ma lorgnette ; c'est avec cela que tu envoies tes sorts ! » — « Tiens, regarde là dedans et vois au loin le pays. » Je lui mets la lunette devant les yeux après l'avoir mise au point. Après quelques moments, 1l finit par voir quelque chose : « Ah! dit-il, comme c'est Joli! le pays vient ici tout près ; donnemoi cela. » — « Tu n'es pas gêné ; cela me coûte cher et j'en ai besoin. >» — « Qu'y a-t-il dans ce coffre? » J'ouvre la boîte de mon cercle géodésique, et il recule comme saisi de frayeur; il avait aperçu la douille de l'instrument et le prenait pour un canon braqué sur lui : « C'est là tout mon bagage ; tu vois que je ne porte rien de mauvais ; laisse-moi donc tranquille maintenant. »

Pendant cette scène, plusieurs personnes des environs étaient arrivées et disaient au vieux de .me laisser aller. Moi, voyant que le hameau où il voulait me conduire ne me détournait pas de mon chemin, je prends mon bagage et nous voilà en route. J'espérais que mon domestique amènerait quelqu'un à mon secours. En effet, en descendant de la montagne: « Vois là-bas, me dit le vieux, voilà Rainivony qui vient te chercher, » et il me montrait une troupe

d'une cinquantaine de personnes qui se diriseaient de le]

notre côté. C'était tout mon village, hommes, femmes

et enfants; épouvantés par la narration de mon domes-

tique, ils venaient à mon secours, croyant ne plus me

revoir. Nous continuons notre route à travers les rizières, en longeant les bords du Aanandona. Deux personnes précèdent la troupe; c'était la femme du chef et une chrétienne de Tananarive qui se trouvait en villégiature chez ses parents, dans le village d'Ambatovory. Tout essoufflées et la frayeur peinte sur le visage, elles se jettent à mes pieds, me baisent les mains et remercient Dieu de m'avoir sauvé du danger. Arrive le reste de la troupe, Rainivony en tête. Sans dire mot, le chef fait signe à tout son monde de s'asseoir, se recueille, et d'un air mystérieux, mé demande tout ce que cela veut dire. En quelques mots, je le mets au fait. Alors, se tournant vers le vieux il lui demande raison de sa conduite. Celui-ci, encore plein d'assurance, prend la parole et pendant près de dix minutes, dégoise contre mot cent balivernes. Quand il a terminé, Rainivony prend à son tour la parole et lui affirme qu'il n’y a rien de vrai dans tout ce qu'il me reproche, que j'étais venu chez les Malgaches non pour leur faire du mal, mais pour leur enseigner la sagesse et la vraie frire, etc., etc. ; puis il me demande si je veux me plaindre à la reine. Je réponds que, pour mon compte, je ne réclamerai pas, car j'ai affaire à un fou; mais il avait battu mon domestique ; si celui-ci voulait se plaindre, je serais témoin des coups qu'il avait reçus. « Oui, oui, s'écrie le Malgache, je veux me plaindre à la reine; où sont

les Anhily (gendarmes du pays), pour attacher cet

homme et le conduire à Tananarive ? » Ici, les rôles

changent; mon vieux tremble de tous ses membres, et

demande grâce. « Laissez-le aller, dit Rainivony ; je

connais Sa maison, nous verrons ensuite ce que nous aurons à faire, »

En revenant chez nous, Rainivony me dit que cet homme était un sorcier, connu comme tel dans le pays, qu'on ne l'avait jamais vu fréquenter la prière, et que sans doute 1l craignait que les ody du blanc ne fussent plus puissants que les siens.

Ailleurs, j'ai eu à me prémunir contre les maraudeurs de nuit. Dans l’ouest du lac d'Itasy, j'ai dû passer une nuit blanche avec mes hommes, la lance à la main, prêts à nous défendre contre l'invasion de brigands qui étaient venus la veille étudier la position. Plus près de Tananarive, des voleurs tentent de s'introduire dans ma case, en écartant une porte en jonc barricadée par une caisse en fer-blanc. Le bruit me réveille en sursaut. J'appelle au secours, mais on ne trouve plus que le feu que ces bons visiteurs ont allumé contre la muraille, pour s'éclairer et enlever mes bagages. Il paraît qu'ils avaient jeté dans ma case un sortilège pour me tenir endormi.

D’autres fois, j'ai couru des dangers où la malveillance n'avait aucune part. Ainsi, dans une excursion près des confins de l’'Imerina, dans un pays qui venait d'être ravagé par les Sakalaves, je m'avançais sans me douter de rien, lorsque je vis sortir d’un champ de manioc trois soldats hovas, en vedette pour surveiller l'approche des ennemis. Nous venions de

l'échapper belle. « A la longue robe du Père, dirent-

HISTOIRE D'UNE CARTE 285 ils, nous l'avons pris pour un Sakalave, et nous vous avons mis en joue; ce n’est que quand vous avez été assez près que nous avons reconnu notre erreur. »

Après les hommes, les éléments. Combien de fois, avec un soleil de plomb, n'ai-je pas dû gravir les pentes les plus ardues, et puis, tout ruisselant de sueur, braver le vent frais et quelquefois violent qui soufflait sur la cime des montagnes ! Combien de fois, au milieu de pluies torrentielles, n’ai-je pas dû faire, pieds nus, des marches de toute une journée dans des chemins devenus des cours d’eau! Que de rivières traversées à la nage! Car ici, nous n'avons pas de ponts. Il y en avait. bien quelques-uns autrefois, dus à l'esprit compatissant d’un prince qui n'a fait que passer sur le trône. Hélas ! il en est de ces ponts comme des autres œuvres malgaches, qui finissent avec ceux qui les ont exécutées. Il ne reste de ceuxci que juste assez de ruines pour en marquer les places. Aussi, que de noyés ! Par 1 par là, on voit bien quelques mauvaises pirogues, mais cest pour augmenter le nombre des victimes ; car lorsqu'il y a presse, comme aux approches des bazars, les malheureux Malgaches s’entassent dans ces embarcations et s'exposent ainsi à un naufrage imminent. Mais on n'en trouve même pas toujours. Si l'on est pressé et qu'on ne sache pas nager, on doit sexposer sur un esquif plus frêle encore que la pirogue malgache, c'est ce qu'on appelle ici le /ake/ajozoro ou porte-enjonc. C’est, en effet, un petit radeau de la grandeur d'une porte ordinaire, fait de joncs reliés ensemble.

Le voyageur, s’il ne veut mouiller ses habits, les

286 MADAGASCAR roule sur sa tête ; la poitrine appuyée sur le flotteur et le reste du corps dans l’eau, il se fait pousser par un napeur Jusqu'à l'Autre rive. On peut, il est vrai, doubler et tripler l'épaisseur de cette nacelle, et, au moyen de plusieurs nageurs qui en soutiennent l’équilibre, passer à sec, non sans quelques éclaboussures. J'ai enseigné aux Malgaches un moyen de passer l'eau, presque aussi primitif. J'étais en présence d’une plaine inondée. Pas de pirogue ! Je pouvais bien, moi, passer à la nage ; mais les bagages ? J’envoie chercher des gourdes, ou calebasses, dont les femmes du pays se servent pour aller puiser l’eau à la fontaine. Six ou sept font mon affaire. Je monte le cadre de mon lit de voyage ; au-dessus mes hardes ; au-dessous les calebasses ; un bon nageur porte à l'autre bord le bout d’une corde attachée au radeau. Vous devinez la suite. Ainsi passént mes caisses. Je restais encore, indécis ; mais la vue d’une grande foule, rassemblée par la curiosité sur un monticule voisin, me décide. Je monte à mon tour sur ie frêle esquif, le nageur pousse, et me voilà sans accident à l’autre rive. Traverser à gué ou à la nage une rivière n’a pas érand danger. dans ce pays élevé: ou lon ne rencontre pas généralement le crocrodile, qui foisonne plus bas dans les moindres cours d’eau. On le trouve cependant assez près de Tananarive, dans la saison de l’hivernage. Mais en toute saison on le voit sur

les bords du lac d'’Itasy et même dans l’Ikopa, chez

les Vonizongo. Un jour que je traversais cette rivière

sur les épaules de mon domestique, j'aperçus tout

près de nous un de ces amphibies se chauffant au

(ee)

HISTOIRE D'UNE CARTE 2 soleil sur un îlot. La perpective n'était pas des plus agréables ; il me semblait déjà voir cet animal, réveillé par le bruit de nos pas, se: diriger sur nous, et mon domestique se jeter à l'eau pour se sauver lui-inêtme. : L'horrible bête, ‘Dieu mercr, eut de bon

esprit de rester endormie sur le sable ; sans cela, je

Caïman,

n'aurais peut-être pas le plaisir de vous faire ce récit. Mais il est temps de le terminer, car il ne finirait pas, si je voulais vous raconter tous les incidents curieux des voyages que j'ai faits pour mes travaux géographiques. À distance d’ailleurs, tous ces incidents se ressemblent un peu; et puis, vous ne pouvez y trouver l'intérêt dramatique dont ils sont pleins iC1.

Est-il besoin de dire qu’on ne doit pas se scandaliser, pas même s'étonner de voir un missionnaire

s'occuper, même avec quelque passion, d'études qui

paraissent au premier abord plus dignes d'un savant

que d'un apôtre. Elles ne m'ont pas empêché, grâce

à Dieu, de donner les soins nécessaires à mon district, qui s'étend dans le Sud jusqu'à quatre ou cinq jours de marche, et ne compte pas moins de soixantedix postes. Je ne l'ai pas arrosé de mon sang : la Providence ne l’a pas voulu ; mais si Îles: sueurs peuvent suppléer le sang, j'ai lieu d'espérer qu'elles seront fécondes.

DROBIET.S |

Missionnaire à Madagascar.

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