RADAMA I
ensuite chez leur frère, et, en diplomate consommé,
obtenait de Radama deux traités fort avantageux. Enfin, le 9 décembre 1820, le Réverend: Jones,
méthodiste de la Zondon Missionary Society, ouvrait une école’ à’ Tananarive, et, dix ans plus tard, les Méthodistes comptaient dans l'Imerina trente-deux écoles et quatre mille élèves. (1) « Z/us religio cujus repio » disait un vieil adage : un peuple doit embrasser la religion de ses maîtres. L’adage retourné est beaucoup plus vrai : un peuple appartient à celui qui y implante sa religion : « Z/us regio cujus relioio. » L’Anpgleterre fit, de cette seconde formule, son grand principe de conquête. Le protestantisme fut déchaïîné à Madagascar ; et il faut reconnaître que, par son esprit de suite, par son habileté à profiter des occasions opportunes, par la coopération active de tous ses agents à la cause commune, l'Angleterre obtint plus, en quinze ans, que la France n'avait gagné en deux siècles.
Assurément les massacres de la Révolution, et les agitations de 1830, ne favorisaient guère l’apostolat catholique. Une espérance invincible ramenait pourtant nos prêtres à Madagascar. En 1831, alors que le gouvernement de Louis-Philippe, forcé d'éviter des complications lointaines, négligeait de revendiquer nos droits, et de venger notre pavillon insulté par les
Hova; alors qu'il faisait même évacuer Tintingue,
(1) Le nombre de leurs adhérents se serait alors élevé au chiffre de dix ou quinze mille. Il est juste de dire que ces chrétiens, ne connaissant pas le catholicisme, étaient dans une entière bonne foi. Cette bonne foi et la grâce du baptème
expliquent leur vaillance durant la persécution exercée par Ranavalona I.
notre dernier poste sur la grande terre, un prêtre français, M. de Solages, préfet apostolique des Iles de la Mer du Sud, débarquait à Tamatave et s’acheminait vers Tananarive. L'arrivée de ce seul prêtre effraya les Méthodistes. Ils le peignirent à la Reine comme un sorcier dont la présence lui serait funeste.
La
Ranavalona trompée le fit arrêter en route. Relégué dans une case à Andevorante, abandonné des Malgaches, M. de Solages mourut de fièvre et faim, Île 8 décembre 1831. (1)
Ainsi, quand il ne restait plus rien de la France à Madagascar, nos missionnaires allaient y mourir. Leurs tombes, éparses sur la côte, sont les titres qui ont empêché nos droits d’être alors prescrits.
Radama avait trop favorisé les étrangers. Sa veuve Mavo, devenue la reine Ranavalona, résolut de s’en défaire au plus tôt. Le successeur officiel d'Hastie, Robert Lyall, fut indignement chassé. Le 18 juin 1835, presque tous les Anglais le suivaient en exil. Ranavalona était une vraie sauvage, défiante et cruelle.
Exils, confiscations, massacres, tout lui servait d'ins-
truments de règne. En 1845, elle prétendit soumettre
les Européens au joug qui écrasait ses autres sujets.
On lui répondit par la guerre. Le 15 juin 1845, Français
ah —
(x) Andevorante est bâti sur une lagune de sable, de deux cents mètres environ de largeur, bornée à l'Est par l'Océan Indien, à l'Ouest par un lac marécageux, affluent de l'Iaroka. — A cent cinquante mètres du village, à l'Est, on remarque une dune de sable ombragée d’arbustes épineux ; elle est à vingt mètres des derniers brisants. Quelques tombeaux de Betsimisaraka l'entourent : ils consistent en deux pirogues, s'emboîtant l’une .dans l’autre, et renfermant le corps enveloppé de lambas. — C’est à cet endroit qu'est mort M. de Solages. Ses restes n'ont pu être retrouvés. Uné croix, protégée par une palissade, rappelle seule la mémoire du
martyr.
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RADAMA I né et Anglais, unis cette fois, bombardaient Tamatave : mais, trop peu nombreux, pour emporter cette place, ils avaient le tort de livrer un assaut téméraire. Ils furent repoussés, et dix-huit têtes de soldats couronnèrent les palissades. (1) Ranavalona et son peuple dan-
sèrent de joie à la nouvelle de cet échec, et, de 1845
jusqu’en 1853, les ports hova furent fermés à l'Europe.
PAnorRAMA DE Nossi-Bé
Après la mort de M. de Solages, un prêtre qui l’avait accompagné à Bourbon, M. Dalmond, héritait de sa charge et de son zèle pour les Malgaches. L'accès de la capitale lui étant interdit, il dut se contenter d’évangéliser l’île Sainte-Marie et notre nouvelle possession
de Nossi-bé. Mais il se rendit bientôt compte que des
(1) Elles y sont restées jusqu'en 1855. Portées alors à Sainte-Marie, elles ont reçu les honneurs de la sépulture chrétienne par les soins de deux missionnaires Jésuites.
efforts isolés n’aboutiraient à rien, et, qu'avant d'arrêter un plan de campagne, il fallait s'assurer des coopérateurs. M. Dalmond vint les chercher en France.
Ni les Lazaristes, ni les Pères du Saint-Cœur de Marie n'ayant pu accepter de le suivre, M. Dalmond se tourna vers la Compagnie de Jésus, à laquelie M. de Solages s'était adressé en vain, quatorze ans plus tôt. Les missions renaissantes de la Chine, de là Syrie et de l'Inde causaient des sacrifices déjà bien lourds aux provinces de France. Néanmoins le R. P. Maillard, Provincial de Lyon, consentit à s'occuper de Madagascar. Il écrivit à ses frères : « Que les braves qui se sentiraient quelque attrait pour cette nouvelle mission, y réfléchissent devant Dieu et devant leur conscience, et si, après avoir prié et consulté, ils sentent les mêmes désirs persévérer dans leurs cœurs, qu'ils nous en fassent part... Nous désignerons les trois ou quatre qui doivent, les premiers, porter le nom de Jésus au fond de ces terres inconnues ». Beaucoup s’offrirent ; six furent choisis. Avant-garde de nombreux apôtres, ils arrivaient à Bourbon en 1844. Plusieurs prêtres séculiers s'étaient unis à eux, entre autres : MM. Weber, Monnet et Richard. Pénétrer dans le royaume de Ranavalona restait encore impossible. Les petites îles du Nord-Ouest, et la côte Sud-Ouest de Madagascar étaient plus abordables. Aussi les missionnaires, s'étant partagés en deux groupes, attaquèrent ces deux points.
La baie de Saint-Augustin s'ouvre sur le canal de
Mozambique, entre le 23° et le 24° de latitude Sud.
Plusieurs villes l’avoisinent : deux rois régnaient sur
RADAMA I [17 ce pays, divisé d’ailleurs en peuplades multiples, indépendantes et batailleuses, toutes Sakalaves.
Le 17 juin "45, une corvette française amenait à Saint-Augustin M. Dalmond et trois missionnaires. La corvette était à peine signalée, qu'une nuée de pirogues venait à sa rencontre. Une d'elles l'aborde ; le chef qui la conduit saute par un sabord, et, suivi de sa bande, il se campe hardiment devant les Robes-
Noires. « Es-tu ami ou ennemi ? » demande-t-1l. —
d Ami: 2e Il ritdlors, et avec aflection : € Tu viens de loin? » — « De très loin. » — « Pourquoi? » — « Pour vous faire du bien, pour vous instruire, vous enseigner à prier Dieu. » — Le sau-
vage regarde le Ciel et répond : « C'est juste, c’est bien ; si vous entrez dans la grande terre, nous serons tous contents. »
Sur la plage où ils débarquent, les Missionnaires aperçoivent une grande croix, abritant une ancienne tombe. Ils la saluent comme un heureux présage. Les premières entrevues furent encourageantes. Les Sakalaves se montraient curieux et familiers. Les villages visités demandaient avec instance qu’on s'établit chez eux. Ils concluaient avec les nouveaux venus la grande alliance du jafdra, qui rend frères de sang.
Tout allait donc pour le mieux, quand un baleinier battant pavillon américain, mais venant de Maurice, aborde à Saint-Augustin. Sachant les missionnaires dans le voisinage, des passagers du baleinier réunissent les Malgaches en un Æabary mystérieux, où beaucoup de présents sont distribués. — Des calomnies le
furent sans doute aussi, car l'esprit des Malgaches
parut dès lors changé. « Comment, disaient-ils aux
missionnaires, vous venez nous tuer, nous livrer aux Hova ? vous êtes des sorciers ? » — Et ils ajoutaient ce refrain si souvent répété plus tard à Tananarive : « Nous savons à présent que les Français sont de petites gens. Les Anglais seuls peuvent nous défendre. Il n'y a de bon que ce qui vient de Maurice. »
Grâce à la calomnie, les hérétiques hollandais et anglais avaient, au xvr siècle, contribué à la ruine des chrétientés du Japon. De notre temps, à Madagascar, les Méthodistes ont souvent manié cette arme : nulle part elle ne fut plus meurtrière qu'à Saint- Augustin.
Des chefs qui les avaient accueillis, un seul consentit à recevoir les Français. Son peuple fut quelque temps attentif aux instructions des blancs, et, malgré son inconstance, on commençait à le gagner, quand les faux bruits semés à Saint-Augustin arrivèrent jusqu’à lui. La défiance alors, une invincible défiance de sauvage succéda à la sympathie des premiers jours. Les enfants fuyaient à l'approche des prêtres, les hommes leur montaient la pointe de leurs sagaies. La charité la plus dévouée ne pouvait plus rien sur ces esprits prévenus. Vérs le 15 septembre, un vieil indigène tres considéré dans le pays, demanda le baptème avant de mourir. Mais une terreur folle liguait les autres contre la mission. Le 223 septembre, l'ordre de partir est signifié à M. Dalmond. Le 28, six cents guerriers se jettent sur sa case et la détruisent. Après trois mois d'essais douloureux, les missionnaires abandonnaient
Saint-Augustin.