‹ Madagascar et les Hova description, organisation, histoireChapitre 11 sur 105 · DÉFAUTS ET VICES DES HOVA · texte numérisé non relu

DÉFAUTS ET VICES DES HOVA

Paresse. — Le plus grand défaut des Hova, c'est la paresse. Ce

n'est jtas qu'ils ne puissent travailler. Us le font au contraire avec une remarquable énergie et une grande persévérance, quand c'est

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nécessaire. Il y a même en ville des artisans qui travaillent presque chaque jour, et la vie des porteurs est une vie très dure. Mais, à prendre la nation dans son ensemble, on peut dire que le Ilova ne travaille pas 20 jours pendant toute l'année. Je ne parle pas des riches qui ne font absolument rien, mais des cultivateurs ordinaires et du commua des esclaves.

Toute leur vie se passe à flâner, accroupis devant leurs cases, se chauffant au soleil et se livrant à d'interminables causeries. Tantôt ils jouent pendant des heures au « fanorana », sorte d'amusemfMit 1 f^sseinblant un peu à noUe jeu de dames ou au jeu de « mureilles », mais plus compliqué et plus passiounant; tantôt ils assistent à des combats de coqs, de ciiiens, de taureaux ixuir lesquels, surtout autn f'ois, ils avaient une vérilablo passion. — 11 leur suffit d'ailleurs de regarder n'importe quoi, car un rien les amuse comme de grands enfants qu'ils seul.

11 , y a bien des causes à cette indolence. Et d'abord, leurs besoins sont si limités et la nature s'est montrée si prodigue à leur égard, qu'il n'est pas nécessaire pour eux de travailler beaucoup ; de plus leur climat est énervant et amollissant, au point que les Européens eux-mômes en ressentent vite les ejTets.

Mais quelque explicable et excusable qu'elle soit, cette paresse est évidemment une grande cause de démoralisation.

Un Anglais très cultivé, qui visitait Madagascar, me disait un jour à ce propos : « Tant que les Hova ne travailleront pas, tout ce que l'on fera pour les moraliser, sera peine perdue. »

C'est très vrai, m;ns comiaent les amener à travailler? Je ne connaii, qu'un moyeu pour Je moment, c'est de leur otïrir l'occasion de gagner de Targent.

Avarice. — Car ils aiment rargent par-dessus tout, comme de vrais Juifs qu'ils seraient, à ce que prétendent quelqu*\s-uns. Ce n'est pas qu'ils en aient beaucoup; au contraii*e, l'argent est très rare dans l'Imerina, et cette rareté ajoute à son prix. Quoique sa valeur soit sujette à de continuelles variations, on peut dire qu'elle est dix fois supérieure à celle de l'argent en France, c'est-à-dire que là>bas vous paieriez cinq francs ce qui vous en coûterait ici cinquante.

La seule monnaie courante est la piastret ariary, ou pièce française de cinq francs qu'ils coupent au ciseau à froid, en morceaux de plus en plus petits jusqu'au « Varidimiventy », ou 0 fr. 035, pour avoir de la monnaie divisionnaire. Aussi l'argent ne se compte pas, mais se pèse, au moins pour les sommes inférieures à cinq francs.

MADAOASCAB ET ÎJBS BOVk

Chaque marchand malgache a de petites balances portatives et des séries de poids pour peser, depuis 27 grammes, le poids légal de la piastre coupée, insqu'èi la plus pelite fraction^.

Mais cette piastre, c'est le véritable dieu des Ilova, le dieu auquel ils sacrifieront tout, leur famille, leurs enfants — jadis ils les vendaient en réalité — leur patrie !

Car posséder >de l'argent, surtout une piastre non coupt e, est un besoin pour le Ho va. Ainsi, il préférera une piastre entière, qui pèse 25 gî'ammes, à 27 giammes d'aiLtorit coupé, et il est toujours prêt à vous cbanger les 21 graniuies (ratgent coupé contre une piastre ^ surtout si cette piastre est neuve, malgré les 2 grammes d'argent qu'il perd au change. Que voulez-vous? Une piastre d'argent de plus, c'est une pareclle de bonheur de plus pour le Ilova. De même il fera tout pour recouvrer une créance sacrifiant souvent pour cela plus qu'il ne lui est dù. Je suppose, un ouvrier bova, par exemple un menuisier, qui gagne 1 fr. 25 par jour. 11 n'hésitera pas, pour recouvrer une dette de 1 franc, à faire plus d'une journée de marche. 11 perdra ainsi trois jours pour aller se faire payer et rentrer chez lui, et par suite 3 fr. 75 de gages. « N'im» porte, il aura recouvré sa créance. C'est sot, mais c'est caractéristique.

Les Anglais, dès le régné de Radama I*', ont su très habilement exploiter ce côté du caractère hova. Convaincus que tout est à

vendre là-bas, ils firent ce que la France n'a jamais voulu faire,

ils achetèrent tout, (l'est ainsi, pour le dire en passant, que la religiûu de leurs luissionuaiies a été proclauiéu religion d'État et a pu s'étendre partout ; c'est ainsi également que leurs consuls ont pu pendant si longtemps faire échec à la France, et ont été souvent sur point de nous enlever celle splendide possession.

Usure. — ('l't amour elTréné de l'argent entraîne l'usure la plus inouïe. On prête d'ordinaire h la semaine, et le taux de l'intérêt, qui légalement est de 24 ^, peut s'élever pratiquement à un c voamena >, un peu plus de 0 fr. 20, pour une piastre et une semaine, c'est-à-dire plus de 200 9é pour une année. C'est le maximum. Mais le taux ordinaire est de iOO, 150 ^é. Évidemment

1. Évidemmenf ce n'est pas là un mode de paiement commoile, et maintes fois, on a parlé d'une refonte de la monnaie ou de rétablissenieot d'un système national complet Un moment même, en 180L, le Comploir d'Ëscompte faillit en prendre l'entreprise; mais jasqu'ici rien n'a été fait.

2. Cela n'est pas vrai cependant sur la route de Taniatavc a Tanaiiarive, oii les habiiants réclament ^^oiivent du cliange, el il faut alors donner, en plus de voUe piastre, un sikajy, prés de 0 fr. GO.

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