‹ Madagascar et les Hova description, organisation, histoireChapitre 12 sur 105 · QUALITÉS ST DÉFAUTS DU UOVA · texte numérisé non relu

QUALITÉS ST DÉFAUTS DU UOVA

c'est la ruine inévitable, et, après la ruine, la perle de la liberté pour le malheureux emprunteur qui deviendra esclave s'il ne peut racheter la créanqe.

Le YoL — L'amour de l'argent a tout naturellement développé un autre amour, universellement répandu à Madagascar : l'amour du bien d aulrui. Ij' llova naft voleur. II l'est du haut en bas de l'échelle sociale, depuis le premier ministre et ses gouverneurs qui pillent, saccagenl, pressurent ceux qui sont au-des-sous d'eux, jusqu'au dernier esclave qui s'approprie tout ce qui lui tombe sous la main.

Que doivent donc faire les domestiques des blancs î

Quand M™« Bompard, la femme de l'ancien Résident français, alla rejoindre son mari, elle constata vite que tout chez elle disparaissait avec une extrême rapidité. Ëlle annonça à son personnel qu'elle ferait chaque mois un inventaire de son mobilier. Mais comme c'était à jour fixe, si on ne lâ vola plus, c on lui emprunta pour un mois », suivant sa pittoresque expression. Moi-même, je* me garderai bien de dire que je n'ai jamais été volé là-bas.

Cette manie du vol explique Texistence de ces bandçs de pillards dont on a tant parlé. Elles ont existé de tout temps h Madagascar, composées de Bara, de Sakalaves, et plus encore d'esclaves fugitifs, de soldats déserteurs, de Hova de toute caste. A leur tète se trouve parfois l'un des fds du premier ministre, Rapanoelina. On le connaît bien à Tananarive. C'est lui, très probablement, qui fit attaquer la .Mission catholique en 1890 et ' ouper la main au Père Montaut; c'est un de ses esclaves qtii fut tué, au commencement de l'année i81)i, par M. Durand, un Français assez osé pour ne pas vouloir se laisser dévaliser; c'est lui enfin qui se rend sans iaçon, ii la téte de ses hommes, dans telle ou telle vilia aux alentours de la capitale, s'installe, se fait servir, se gorge de viande et de rhum, et ne part qu'avec une rançon de quelques centaines ou de quelques milliers de piastres.

Le mal va en augmentant. Le gouvernement est incapable de le réprimer, si ce n'est aux environs de Tananarive, et, un monuenl, on a pu craindre que la route elle-même de Tamatave ne fût plus sûre.

Il va sans dire que le commerçant ne connaît ni loyauté ni honne foi; j'aclietai un jour une bro«'he d'argefd très bien travaillée, et j'étais fier de mon acquisitioii ; hélas! au bout de quelques jours, eet argent n'était plus que du cuivre.

Un Corse bien connu là-bas, aventurier et ivrogne, mais au

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demeurant meilleur garçon que bien d'autres, csl le héros d'une aventure qui venait de se passer quand j'arrivais à Taiianarive.

Il avait eu à ee plaindre grièvement d'un français liaut placé et bien connu. Un jour un Hova lui apporte une corbeille de jonc pleine de poudre d'or. Il y dn avait pour dix mille francs. Le Corse la considère» et il a vite reconnu la supercherie, c Je ne suis pas assez riche pour t'acheler tout cela, dit-il au Hova, mais porte-la àX... qui est très riche et paie très bien. • Le conseil fût suivi, X... acheta et paya comptant, deux milic piastres, de la limaille de cuivre doré. Je vous laisse à penser l;i joie du Hova.

Autres défauts. — ('ar le llova est iiaturelienient fourbe, en dessou5*, (l'une izrande « duplicité native, d'un esprit eauleleux et méfiant ». connue dit M. Grandidier. I/étran^er n est pour lui qu'un liiuîime bon à exploiter, comme chez d'autres peuplades un èit e à massacrer, et c'est de bon coeur qu'on se raconte ies tours qu'on lui a joués. D'ailleurs, s'il n'a pas un étranger sous la main, il trompera tout aussi volontiers un compatriote, et c'est merveille de voir quels assauts de supercherie et de fourberie ils font dans les marchés pour se tromper mutuellement.

La fourberie s'allie au mensonge. Le Hova est menteur à la perfection; ii ment avec une bonhomie et une candeur capables de tromper le plus habile des hommes. < Si vous voulez apprendre quelque chose d'un Hova, me disait un jour le Père Gampenon, prenez toujours le contre-pied de ce qu'il vous dira. > Ce n'est pas tow/oMrs qu'il faudrait dire, car il lui arrive parfois de dire la vérité!

Menteur, il est orj»ueillcux à Texcès. surtout s'il appartient aux premières castes. .Maigre lui. il s'incline devant les blancs qu'il sont lui ôlre supérieurs, njais il écrase de son ni*''pris les autres tribus de rilc, surtout celles qui lui sont suuiuises et leur fait durement sentir sa domination. Ses rapports avec ses inférieurs, aides de camp, esclaves ou autres, sont d'ordinaire faciles et empreints d'un certain abandon, et mémed'une certaine familiarité ; mais il faut toujours qu*il reste le maître incontesté, et en public, avec quelle lierté il se drape dans son lamba et passe devant vous, se redressant dans son < ûlanjana », au galop de ses porteurs, entouré de ses nombreux esclaves qui chassent la foule, criant et gesticulant, frappant au besoin, comme s'ils portaient uù dieul

Menteur et orgueilleux, il est encore inconstant, léger, infidèle, ne se croyant lié par aucune promesse, ne tenant aucun compte de < la parole donnée, sans dignité morale, sans grandeur de caractère, sans générosité, incapable de dévouement, d'amour, de haine et,

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