QUALITES M DÉFAUTS DU BOYA
pour conclure, je dirai après Flacourt : « S*il y a nation au aioude adonnée à la tlatterie, cruauté, meosonge eJL tromperie, c*est bien celle-ci. »
Mais elle est adonnée à Tivroj^nerie et à l'immoralité.
Ivrognerie. — Le vin ne se récolte pas dans l'île. Il est expédié d'Europe et revient, par suite, à un prix très élevé. Il n'y a donc que les très riches qui peuvent s'en procurer. Hais ceux-là, quand ils en ont, surtout si c'est du Champagne, ne savent plus s'arrêter.
Le premier ministre avait un fils qu'il aimait entre tous et dont il voulait faire son successeur, Rainiharovony, brave garçon au demeurant, intelligent, cultivé, aox idées plus larges et plus élevées que la plupart de ses compatriotes. Biais, comme rhôtelier de Bretagne de Francisque Sarcey, c il ne désaoùlait pas de toute la journée >. Il passait jusqu'à deux ou trois jours de suite dans la cave d'un marchand mauritien, ivre-mort et cependant buvant toujours. Sur la demande de son père, qu'une telle conduite désolait, M. Le Myre de Vilers fit signifier au débitant de ne plus le recevoir, sous peine de voir interdire sa maison. — Le Mauritien voulut obéir et ferma sa puiie on voyant venir Rainiharovony. Il avait cotnpLé sans son hotp. Le >îalgache retnurne sur la place, prend des soldats et leur fait briser la porte à coup de crosses...
Mais le commun des mortels n'a que du rhum, soit du rhum vahaza que l'on importe de Maurice, ou que des blancs fabriquent sur la côte; soit du rhum malgache que Ton distille sur place et que Ton aromatise de manière à en faire quelque chose de véritablement infect. La loi l'interdit dans rimcrina, mais elle est complètement impuissante, et nulle part peut-être on n'en boit autant, excepté chez les Betsimisaraka. Il n*est pas rare de voir un homme vendre tout ce qu'il possède, jusqu'à la dernière chemise de ses enfants, pour une bouteille de rhum qu'il avale presque d*un trait.
Mais c'est surtout la grande fête annuelle du fandroana, les noces, le transfert des morts et les enterrements, qui sont l'occasion de saturnales ignobles. Une grande jatte de i lium est placée au milieu de la case pour la « veillé»; des moils », et tout le monde y puise à même, au milieu des cris et des chants les plus étranges et des excès les plus révoltants.
Tout cela ne peut s<^ faire impunément, et un peujtle qui se livre à de tels excès doit naturellement baisser et dépérir, surtout si à l'ivrognerie il joint un autre vice encore plus fréquent, l'immoralité.
Immoralité. — Évidemment elle n'est pas l'apanage des Hova, et notre vieil historien Flacourt fait une description épouvantable
MADAGASCAR ET LBS HOVA
ol navrante des inaMirs de son loiiips. clioz les peu pl.nles du sud. Sans la répéter ici, j'alïirme bien liant que tout, absolument tout, s'apj)li(iiie aux Uuva.
On croirait celte paue sinistre écrite spécinlf^menl pour eux.
La femme n'est pourtant pas chez eux l'escl ave. ni cette créature inférieure que l'on voit chez les Arabes. Au contraire, traitée généralement avec douceur, elle se considcie l'éi^ale de l'homme et occupe une situation tout à fait indépendante. On en a la preuve dans ce fait que le tr6ne est assez souvent occupé par une reine.
Le célibat est inconnu chez les HoTa et Pon se marie très jeune : les femmes à i% i3 ou 14 ans et les hommes à 15 ou 16 ans; 12 ans étant Tige requis pour les premières, et 15 celui exigé pour les seconds. Car c'est l'ambition de tout Malgache de fonder au plus tôt une famille, et son désir le plus ardent d'avoir un grand nombre d'enfants.
Ces mariages exigent, jusqu'il im certain point. le consentement des deux parties, et toute mésalliance est cunsidt rée cuuiiiie criminelle et j)iohil)tV. (le seraient là des garanties de moralité si elles n'étaienl ;\ |)eu près aiinihiléps par de tristes habitudes, l^a plupart du temps les parents décirlent. sans les consulter, les iiiariai:«^s de leurs enfants; ils les fiancent très jeuues. pai'fuis même avant leur naissance, pour des motifs de convenance, d'intérêt ou de parenté; par exemple, pourfonder, dès le moment des liançailles, une famille lictive qui, dès lors, pourra acquérir, hériter et, par là, sauver les biens des parents que menace peut-être la conflscation,
Les fiançailles précèdent donc fie beaucoup le mariage. Mais ce n'est pas tout. Les fiancés cohabitent deux ou trois ans ensemble, avant de 8*unir par un mariage en forme. Cet essai fini, ils pourront se séparer sans formalité aucune, s'ils ne se conviennent pas. S'ils se conviennent, au contraire, la jeune fille retourne dans sa famille, on fait la demande officielle, on règle les conditions, qui d'ordinaire se réduisent aux deux suivantes : i« La femme apportera le tiers de la dot commune, et le mari les deux autres tiers; :2" le mari pourra renvoyer sa femme, et celle-ci j*uin ra quitter son mari, s'ils cessent de se convenir. — Enlin le mariage est coiiclu et se célèbre au milieu des discours», des souhaits et des réjouissances de toute sorte.
Le divorce existe donc, et sur une vaste échelle; de même la polygamie.
Autrefois, un homme prenait autant do femmes qu'il pouvait en nourrir, et en changeait librement quand il le désirait.