‹ Madagascar et les Hova description, organisation, histoireChapitre 20 sur 105 · TOMBEAUX · texte numérisé non relu

TOMBEAUX

On connaît Ja vénération extraordinaire des peuples de l'Orient, par exemple des Chinois, pour leurs morts, les honneurs exceptionnels et le culte, trop souvent idolàtrique, qu'ils leur rendent. Or, le même respect se trouve chez les Hova, et ils dépassent en ce genre tous les autres peuples de Tîle. Parlons d*ahord de leurs tombeaux.

Il y a à peine une trentaine d*années qu'ils commencent à se bâtir des maisons convenables. Auparavant ils se^QouLentaient-dela plus misérable case, de la plus chélive hutte; mais ils ne négligeaient rien jxjur avoir un tombeau et ils y consacraient uoe-g c a n d e p^Cie^de îr'ur furlunéT

* Les5 Hova actuels indiquent avec frayeur, sur le haut des mon^ tagnes les plus reculées, des masses informes de granit non taillées, parfois de véritai)les blocs erratiques, qu'ils prétendent être les tombeaux des anciens Vazimba. Et c'est à ces prétendus tombeaux que se rattachent les traditions les plus fantastiques, les souvenirs les plus extraordinaires, les apparitions les plus étranges. Le Yazimha lui*mâme, esprit mystérieux, redoutable, descendant des anciens maîtres de Tlmerina, demeure sous ces pierres, ou bien veille dans une mare profonde cachée dans une anfracluosité de rocher, tantôt sous la forme d'un serpent, tantôt sous celle d'un oiseau rouge, et étend son empire sur tout le voisinage. Malheur à qui l'irriterait!

Vraisemblablement, il n'existe aucun tombeau de ces anciens habitants. Nous n'avons donc à nous occuper ici que des llova, ou possesseurs actuels du sol.

HADAGASGAB BT LES HOVA

Ce qui frappe d'abord dans Tétude de leurs tombeaux, c'est leur situation tout à côté des maisonst parfois dans la cour même, ou, tout au moins, à proximité du villag e. Ainsi les sept souverains prédécesseurs d'Andrianampoinimerina sont enterrés dans le Rova de Tananarive, tout près du palais. C'est que les Hova n*ont pas du tout la morne fra yeur des tombeaux quejeg. .aJLLtixs Ju^l>itî^ntg de Tîlc et ne les relèguent pas, par suite, au fond des forêts, loin de leur vue et de leur souvenir.

De plus, ces tombeaux s'élèvent tnujuuis h Pansrle nord -est de l'habitation oudu village. C'est là une r»'>gle invariaWle qui ne souffre pas'ïï^ccption. et dont le souvenir pourra permcUre plus lard d'établir l'existence et l'assiette d'anciens villages aujourd'hui difipanis.

Eniin leur orientation est toujours la même, leur grand axe étant légèrement tourné dans la direction n ord'Ooest-sud-est. et l'entrée sp trouvant toujours à i'ouesL

On dislingue deux sorte *» *'^rnly ^" Imerina, l es anciens, c'est-à-dire ceoxqui lurent faits avant que les Hova n'euasent appris d«B Arabes à extraire des dalles de pierre, et le s nouveaux»

Nous avons de^ premiers un modèle parfait dans les sept tombeaux du Rova. Ces tombeaux, dont le premier, au nord-ouest, est atlribué k Andrianjaka, le prétendu fondateur de Tananarive et qui devait régner au commencement du xvii« siècle, sont alignés sur une seule rangée allant du nord-ouest au sud-est. Ils sont tous semblables, formant un rectangle maçonné en p^'iits nrjiii ' raux de granit, d^ 20 mètres de long environ sur 3 mètres de large et i mètre de hauteur. Sept petites ca^e^ eii Imiïs itrano' nia$ina. maison sainte i, b;Uies suivant les régies de cnnstructiuo <les anciennes maisons malgaches, surmontent ces tombeaux. Seulement, leur toit de chaume a été remplacé par du bardeau, sous Ranavalona apW^ 4ë40, date de l'introduction de cette manière découvrir. L'intérieurdeoes cases conteoaitprimitivement des nattes, du rie, un pilon et un mortier à riz et les divers objets de la vie usuelle.

Le tombeau proprement dit était un trou carré, percé dans oe massif, et mâçonné sur les côtés avec de petites pierres. La voftte en était laite do plateaux A'Ambora, iKiis jaune, odorant et imputiescibi e , qui rappelle le camphrier. Le corps du souverain était placé sur une espèce de Ht, formé des mêmes bols, enveloppé de plusieurs lamba de soie indigène, orné de tous ses bijoux, c'està-dire aulatit qu'un peut le savoir, — car personne ne peut visiterces toml)eaux, et M. JuUy lui-inéme, qui nous donne tous ces intéressants détails, ne put jamais, quoique architecte du gouvernement

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malgachie, les voir : il n'en paHe i|Q£ sur !«s reaseignèmcotB qu'il a p« reeaeiHtr, — d'aiweaux d'argcDt et de coUiers de oor aîi qn'ils portftieDt au cou, «m bras, auxdxe^Ues, an doigts des pieds et auxdoiglK des mains, avec des diadèmes fomés de petites plaques

d'argent semblables à des sequins et reliées entre elles par des chainettes. De plus, à cùt<'> du cadavre, se ti'uuvaienl les insignes de la royauté : le lambu pom pre, la canne d'ébène ornée d'ari^cnt. des objets de toutes sortes et des pièces de monnaie. I/édi i* le ces pièces d'argeot surtout sera inslructive. c?ir. coiiirae ce sont des pi('M:es étrangères, elles nous permettront, pax leur aailléfiime, de fixer la date de ia^vie de ces louveraiAS.

Dans les nouveaux tomiieaiuL, les murs dera&çonnerieeabiocage sont remplacés par de grandes dalles de granit au Bombre de qnalTe : trois formant les c6tésetiine<» plus grande que les autres, le plafond. La porte, limitée par deux dalles plus petites, est Ikite eUe-méme d'une feuille de graoit présentant, en haut et eu bas, deux gonds évidés dans l'épaisseur de la pierre et destinés à en faciliter le maniement. Elle se trouTe toujours k l'ouest. En face est la place diioniteur, où il n'y a ordioairemefit 4|n'nnaeul lU^ réservé au chef de la famille, aux grands a nc(^tres. Les autres membres soatran^ au non! et au sud, sur »lcu.vou trois rani^^s de ^radias superposés.

Extérieurement, le tombeau se compose d'un terre-plein limité par des pierres étroite?, deboot et jointes bout n boul. ou bien reiiées entre elles par un blocage eû petites picr^e^ py&t-es à piaL A Test, à la place directement opposée à la porte, se trouve une dalle plus haute que les autres et formant stèle; cette stèle est placée exactenient au-dessus de la place d'honneur ou du lit des ancêtres; c'est là que se les sactifioes, et c est elle qu'on enduit de graisse au jour du Fandroana. La porte du tombeau est evdîaairement dissiaralée denrière on anmcdlement de terre, et le eouloir qui y eotidnit, eonhJié. Au-deasos d« terre-pleia se tnwve une ptafte-lmiie où s'élève la ease en bois ijjt^iMHimfymk^ maison froide) pour les deux premières castes de la noblesse; une seconde stèle de forme bizarre, avec deux volutes figurant les pétales d'une fleur, pour certains tombeaux du peuple.

Les corps sont toujours disposés dans ces tombeaux de la môme faeon, la tête du mort élanl tomnée vers l'est, c esl-à-dire vers le soleil levant. Seuls les ancêtres sont orientés nord-sud, la tète -du coté du nord.

î^s lit s sont de fortes dalles de granit laissant entre elles un espace de ëO centimètres.

MAUAGASCAU ti Lh» liuVA

L'extraction de ces dalles et de celles, plus grandes encore, qui forment les côtés et la couverture du tombeau, est très simple et très curieuse. On étend une couche de bouse de vache sèche, en

ligne, à Tendroit mt^me où Ton veut couper la dalle, on la brûle lenteniciil, on y verse de l'eau froide, et l'on y met le feu. 11 se produit une fissure tout autour, et il sullit alors de soulever la dalle au moyen de l^^viers et de la conduire. Pour cela, si elle est très grande, on s'y met 100, 200, parfois 1,000 personnes : les femmes tirant sur des cordes en avant, les hommes de côté, et le propriétaire, debout sur la pierre, excitant tout le monde par des chants, des cris ou des lazzis. En fait cest une féle; on tue des bœufs, on boit du rhum et cela coûte fort cher.

Aussi les Uova se bàtissent-ils leurs tombeaux de leur vivant, et ils y mettent parfois de longues années. Certains même restent inachevés» leur propriétaire ne trouvant pas moyen de faire placer la dernière dalle, la plus grande de toutes, celle qui doit recouvrir le monument.

Peu à peu, sous l'influence des blancs, les tombeaux se modifièrent, devinrent de véritables monuments, et Ton [)laea tout autour une colonie d'esclaves pour les garder. Tel par exemple celui que M. Laborde consti-uisit pour la iamille du premier Ministre, à Isolry, à l'ouest de Tauanarive.

Jusqu'à ces derniers temps, ces tombeaux «Haieiit cuii>idérés comme inviolaltles, et c'était là le véritable trésor de la famille où Ton déposait son ari^ent et tout ce que l'on avait de plus précieux. Certains renfermaient de très grandes ricbesses, et même encore, c'est l'opinion à Tananarive que les tombeaux des rois gardent un véritable trésor de réserve. Mais, hélas! toute crainte disparaît devant la soif de i or, et maintes fois des voleurs ont forcé ces asiles des morts qu'ils ont audacieusement dépouilléi?. Encore aujourd'hui, c'est un eflroyable sacrilège qui mérite un épouvantable ch&timent, mais ce n'est plus un fait inouï comme autrefois.

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