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TOMBEAUX, FUNÉRAILLES, CULTE DES MORTS

J'étais alors à Ambohibeloma, une des plus anciennes et des plus curieuses places de Touest de rimerina, située à une bonne journée de marche — à peu près 40 où 60 kilomètres — de Tana-

narive.

Or, voilà qu'un dnamcho. au sortir de l'église, on apprend tout à con[) la mort do la princesse Ilalavy, la sœur du prince Raonianina, morle subitement chez les Vonizongo, à quelques heures de là. Son frt^rc est ealholKjue et le chef de l'f'glise d'Anibohibelouia ; mais elle était restée païenne et fut enterrée selon les rites païens. A peine la nouvelle connue» vous voyez aussitôt toutes les femmes^ de Tendroit, libres ou esclaves, paraître la tétc nue, les habits en ' désordre et les cheveux épars. On peut juger de l'effet produit par cette apparition.

Cependant on est allé chercher le corps qui arrive dans la soirée et est placé dans une des chambres du Rova, le château du lieu. C'est là que je le visitai en compagnie du Père Laboucarie, le missionnaire d'Ambohibeloma. Il était recouvert d'une espèce de tente, en étoffe rouge, ornée de toutes les dentelles et chiffons que Ton avait pu se procurer, et quatre ou six esclaves, accroupies par terre, l'éventaient continuellement, avec des feuilles de bananier, pour en éloiarner les mouches et les mauvais génies. Nous faisons comme tout le monde notre visite de condoléance au prince. Il était à Tangb» nnrd-cst de la terrasse, occupé à faire ouvrir et préparer le caveau de famille. Son fils va l'avertir. Il arrive, suivi de ses parents, passe devant nous en nous saluant du regard, et va s'accroupir dans la salle commune du Rova, où tous se rangent autour de lui. T.e Père Laboucarie fait un petit discours de cir^ constance. Le frère du prince lui répond, et son fils reçoit notre cadeau mortuaire, un bout d'argent, qu'il inscrit aussitôt et dépose dans un plateau, avec les autres objets déjà reçus des visiteurs qui nous avaient précédés.

C'est la coutume, et personne ne doit s*y soustraire. Ce sera pour aider la famille à payer les frais des funérailles. C'est dans le même but que les chefs des divers villages de son flef ou mena' kely, lèvent un impôt extraordinaire, qu'on viendra lui apporter le plus tôt possible, toujours avaut les funérailles.

En attendant, tous les membres de la famille, môme les plus éloignés, ont pu arriver. Le prince fait venir des musiciens de la capitale qui, jusqu'à la (in des e/'r/Mnonics funèbres, ne cesseront de jouer n'importe quoi et n itnjiorLe comment, pourvu qu'ils fassent du bruit et gagnent ie rhum qu'on leur donne à boire. Avec

one marche guerrière, oa im air funèbre^ aUerneront les noies sautill.iiitos d'une valse.

Cepoml.nil, on lue des Ni'ufs dont (>n partage la viande airx personnes prt'sontes, on apporte du rhum, ot ton* df^ boire et de ffore bonne chère, en m^nie temps qu'ils se lamentent en l'honneur de la défunte. (;e[)endant les p!eun»uses font leur devoir, se relevant à tour de rùle, ne cessant de crier, de gémir, d'apooiropbcr la morte, tonjcMirs les cheveux 'pars, les mains aaleft^ les vêtements souillés cm en lambeaux. En celte occasioB» ce iptt '^n'arrive paatoujoars «m fnnéraïMes Migaches» il j avait une * certaine gnindetir» un air de décence et des signes non éqvrfiques drmie douleur rentable et sÎDeère, car la princesse était bonne et aimée de tous ; et son frère, aussi bon et aussi aimé qa*elle, est» de plus, un catboliqpie dont ta fanûlle lottt entière est autrement digne et respectable que la pliqNirt des familles indigèaes. Aoesi fit-il tout son possible pour ériter les orgies, les débauches dont les fonërailles sodI trop aouveol l'inévitable occasion. Il j rcusiiil en partie.

Cependant, voici le mardi soii* venu et le soleil di-|^i;i[ u à l'horizon. C'est l'heure de 1 ensevelissement, i-a princesse peut être apportée dans l'ombre du ravean funéraire, puisque tonte la nature est dans l'obscurité. Elle est enveloppée de nombreux et riches lamba; on la sort du palais en grande pompe, et oc arrive en procession au tombeau, où on la dépose, après en aroir fait plusieurs Idis le tour, au milieu des cris et des lamentations, ie n'assiste pas à la cérémonie, mais à deax cents mètres de là j'entends ces pleurs el ces cris. Quelques-uns sont dédiiranta*, an milieu du silence de la nuit, surtost ceux de son neren et héritier le prince Emmanuel, à qui elle avait servi de mère*

Le lendemain, on tue le dernier bœuf, dont tou» les parents et amis reçoivent un morceau. On scelle solidement le torobean et tout est fini, sauf pour la famille qui portera le deuil de la défunte, pendant plusieurs mois, et se disputent les lambeaux de son héritage.

Telles sont à peu piès toutes le^ funérailles hova, sauf les diiïérences inévitables qu'entrahie la diversité des fortunf"s et des situations. Il est rare que le prêtre catholique, à plus forte rajson le ministre protestant, soit invité à ces cérémonies. C'est difficile en pratique, et puis les Malgaches n'y tiennent pas beaucoup. Ce à quoi ils tiennent, c'est d*avoir beaucoup de monde, beanocnq) de bruit, beaucoup de viande et de rhum, oi un mol, beaneonp

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d'appareil extérieur. On met de côté, peodtiDt sa yie, rargent de ses foDérailles, et cet argent sera reU^îeaseinent dépensé. Si même le déftint n'a rien laissé, on fera des dettes pour lui rendre les derniers /

devoirs, (^ar celuî-lî\ serait à jamais déshonoré qui écouomiseiait J dans une telle circonstance. ^

Cette snlennitf' des funérailles est tellement indispensaiiie ijne SI des ni * iiH ( s impérieuses — par exemple, le temps du Vwwdraona ou il est interdit d'enterrer personne, ou rinachèveuient du tombeau, ou le manque de temps pour recevoir le corps du défunt mort en pays lointain — la font diilérer, elle ne sera jamais omise ; elle n'en sera même célébrée qu'aree plus de solennité et de grandeur sous le nom de Mmnadika ou transfert des morts, le jour où Ton pourra enfin transporter le cadam dans sa dernière demeure*

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