‹ Madagascar et les Hova description, organisation, histoireChapitre 22 sur 105 · LE CULTE DES MORTS · texte numérisé non relu

LE CULTE DES MORTS

Mais les morts ne disparaiss< nt }) is lotaiement après leurs funérailles. Ils u'oublieuL pa* plus ieurslaïuilles cpie leurs fauiilles ne les oublient. Ils continuent à s'intéresser à leurs eiilaiils, à leurs parents, i\ leurs amis, A veiller sur eux, à les avertir, à les redresser au besoin et à les punir, surtout à les combler de toutes sortes d*' biens. Aussi lésâmes des morts reviennent-elles souvent. Tantôt c'est pour consoler, encourager, diriger ceux qu'ils ont laissés sur la terre. Chacun désire de telles apparitions, ^, dans ce hut, on \ met un bout d'argent dans la bouche des morts, afin de leur 1 16 ouvrir les lèvres et délier la langue, et à côté d'eux, une tabatière / pleine de tabac» afin de se les rendre favorables. Pour la même / raison, on met un plat de riz ou de miel dans Tangle nord-est de la case et une mère» par ex«nple, se lèvera èt restera accroupie, des nuits entières, pour voir son enfant mort revenir manger le festin qu'elle lui a préparé. Celle croyance est si générale qu'il y en ;i une trace remarquable dans ht législation hova. Un mari déiuut peut revenir rohabiter avec la femme (jui lui reste ûdAle, et un enfant, ne dix uu tJ juze ans api t s s i aiort, sera reconnu pour son enfant, aura droit à son héritante et pourra même être proclaïué le chef de la famille 1

MADAGASCAR ET LES UOVA

Quelquefois, au contraire, les morts reviennent pour tourmenter et persécuter. On les reconnaît à leur air morne, à leur silence obstiné, au désordre qu'ils répandent sur leur pa'>;sa2:o, i\ leur persistante obsession, ot l'on ne parvient A s'en délivrer que par le sacriliced un coq. qn Iquefois d uû bœuf, ou d'autres pratiques que déterminfra le devin.

On peut penser de res apparitions ce que l'on voudra, on peut faire très large la part de riilusioo, de l'hallucination, quelquefois même de la supercherie; mais il y a des faits bien difficiles A expliquer. Certains même semblent entrer dans le domaine de l'histoire. Ainsi Andrianampoinimerina continuait à tout régler dans son palais pendant Tannée entière qui suivit sa mort ; tout le monde l'entendait, le voyait, lui parlait, lui obéissait; et nous aurons à raconter plus tard les événements étranges qui précédèrent et, eu partie, causèrent la mort de Radama U,

Quoi qu'il en soit, et sans vouloir trancher une question très délicate, il faut tenir compte de ces faits et de ces croyances, quand on étudie les mœurs d'un peuple. Car ils éclairent bien des points obscui s et donnent la clef d une foule de pratiques qui, sans cela, seraient inexplicables.

Le culte des morts, par exemple, se comprendra bien davanta.2:e si les morts restent ainsi allacln's à ceux qu'ils ont laissés ici-bas. Si les ancètn^s en particulier, et les fondateurs de la famille continuent à gouverner avec une infatigable vigilance et une inflexible justice tous leurs descendants; si c'est d'eux que viennent tous les biens; d'eux aussi, quand on abandonne leurs traditions et leurs enseignements, que viennent tous les maux ; s'ils conservent, en un mot, avec les vivants un commerce si intime et parfois si familier, il est imposssible que ceux-ci les oublient et ne leur rendent pas toutes sortes d'honneurs, jusqu'à leur donner pratiquement la place du vrai Dieu. C'est ce qui est arrivé.

On leur demande tous les biens, on s'adresse à eux dans tous ses besoins, on leur rend toutes sortes d'hommages. Us ont comme deux autels : l'angle nord-est de leur case, celte place où ils reposaient de leur vivant et rpi ils continuent d'habiter après leur mort; c'est là qu'on se tourne pour les prier, qu'on s'accroupit, (pi'on pleure, qu'on supplie, qu'on chante, sur un ton monotone et mélancoli(]ue. leurs louanges, et qu'on récite les formules consacrées : c'est le culte privé; puis le tomiieau où Ton se rend en grande solennité, au son du fifre et du tambour, avec des morceaux d'argent que l'on jettera à l'intérieur, des morceaux de viande grillée

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dont on oindra la grande pierre et que Ton consommera ensuite sur place : c'est le culte public.

Le culte des morts s^étend également aux anciens habitants de

Tîle, les Vazimba. Dans l'hypothèse que nous avons adoptée, c'est tout naturel. Eu\ aussi sont des anctHres, i-t des ancfMres d'autant plus vénérés qu'ils furent autrefois le? maîtres du pays et que, suivant une opinion courante, ils le redeviendront un jour. Leur culte flf>nr. pour ce peuple vaincu, est un souvenir du passé, un symbole et un espoir pour l'avenir. Les conquérants eux-mêmes, les Andriana, ont aussi a( ce|)té ce culte, par esprit d'imitation d'abord, et par eqprit de crainte et de prudence. Les Vazimba, en eilet, vaincus par eux» sont restés leurs ennemis, et ils s'efforcent de se venger en leur envoyant des fièvres, des maladies de toutes sortes, en leur jetant tonte espèce de sorts. Il faut donc les fléchir par des sacrifices et d'autres hommages. Cest ce que l'on fait. Les Vazimba, en retour, rendent des oracles et prescrivent des remèdes. Ce sont là bien des titres à un cuite d'autant plus actif qu*il est plus intéressé.

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