LES IDOLES OU SAMPY
Le culte des ancêtres, quoique le principal, n'est paa l'unique culte des Hova. S'il n'y en avait pas d*autre, on pourr«iit peut-être rexpiiquer dans un sens raisonnable qui en exclurait Tidolàtrie. Les ancêtres seraient les agents et les serviteurs de la Divinité. Ils ( demanderaient et obtiendraient pour les vivants ce que Pieu seul peut accorder», suivant le proverbe populaire. Ce serait comme une contrefaçon des honneurs rendus à nos saints ou, si Ton veut, comme une corruption des hommages rendus par les Juifs aux Patriarches, leurs ancêtres.
Au moins, ce culte serait-il facile à purilier, de manière à en exclure tout ce qu'il a d'idultUrique, et à n'en garder que ce qu'il a de Jjon et de raisonnable.
Mais il est impossible de dire la même chose des idoles ou Sarnpy.
Ces idoles ou Sampy, qui existent partout à Madagascar, existent spécialement chez les Hova; tout au moins sont-elles connues davantage, quoiqu'ils ne les aient point inventées, mais les aient reçues du dehors, à une date relativement peu éloignée.
C'est, en effet, vers la tin du xvi* siècle, et surtout au commencement du xvn% que leurs traditions font remonter l'introduction de la première de ces Idoles. Elle s'appelait Kelimalaza, le petit fameux; elle fut apportée par une femme nommée Kalobe . qui venait de fort loin, d'Ivondro, au pays des Betsileo, et ne voyageait que la nuit. Halambo, le roi des Hova, accepta le pré-
DBS II»OLBS OU SÀMPT ET DBS PIBRIIB:^ SÀGIIÊBS' 67
sent, lui donna un village pour sa demeure, se fit introniser par l'idole et se proclama son protégé et son homme-lige.
Bientôt d'autres Sampy accoururent des mêmes régions, c'est-à-dire de chez les Betsileo qui les avaient reçus des Antaimoro ; ou, directement, du pays de ces derniers, pour partager les honneurs de leur compatriote Kelimalaza. Rafantaka, qui préserve des blessures, et mille autres; mais surtout ManjakaUy roa, le roi non deux ou roi sans rival, qui devint aussitôt et resta le favori et le compagnon inséparable de Kalambo et de ses successeurs, jusqu'en Tannée 1869 ^
Mais bientôt le peuple se fabriqua lui-même des Sampy de toute sorte et de tmite forme. On en vendit au marché. Chaque caste, chaque l'auiille, chaque individu eut le sien. On pouvait donc les remplacer ou lescliauger très facilement. VA on ne s'en pi ivaitpas, après cependant les avoir éprouvés par ce qu'on appelait la «danse des Sampy ». C'était une cérémonie étrange et souvent diabolique où, sur l'ordre de leurs maîtres, ces idoles se mettaient à tourner vertigineusement, entraînant souvent les spectateurs à leur suite, et leur communiquant les mouvements les plus étranges, des positions d'équilibre vraiment extraordinaires ou une course échevelée en pleine campagne, qui durait des heures.
Le Sampy hova est un objet quelconque enveloppé de linges, avec deux bandelettes ou deux rubans pendant de chaque côté, et juché au bout d'un bâton, sur lequel il semble ainsi se tenir à califourchon, d'oùson nomde Sa7npy, c'est-à-dire qui est à califourchon.
Son vrai nom serait plutôt adt/, remède, préservatif, talisman. Il est doué, croit-on. d'une vertu surnaturelle, intimement unie à lui; au-dessous de Dieu, mais sou inteiinèchaire ou son auxiliaire auprès des hommes; un être supérieui-, divin môme, qui a la faculté de faire le bieu, et celle, beaucoup plus grande, de faire le mal.
Quoi qu'il en soit, on les honorait comme des dieux; on leur olTrait des perles, de l'encens, morne des sacrifices; on les consultait et ils étaient censés répondre — parfois ils le faisaient réellement — comme les oracles d'autrefois, et leurs avis étaient fidèlement suivis.
1. Il ne faudrait même pas afllriner qu'elle n'existe pius aujourd'hui.
68 MADAGASCAR BT I.BS UOTA