‹ Madagascar et les Hova description, organisation, histoireChapitre 25 sur 105 · Vingt ans à Maduyascnr, p. 2GI · texte numérisé non relu

Vingt ans à Maduyascnr, p. 2GI

DBS IDOLBS OU SAMPT BT DBS PIBBRBS SAGBBBS 69

Il y a les « pieri f^s mai chantps t>, qui se meuvent d'elles-mêmes dans la plaine, parfois gravissent des nionta.irnoR ; il y a les « pierres i^loiissantcs et caquetantes », qui répond* ni en gloussant d'un ton saccadé, sec et brusque, pour refuser; d'un ton calme .et tranquille, poar accorder ce qu'on leur demande; il y a aussi les c pierres-bornes >, qni donnent les riches moissons.

Tout cela est triste, souvent puéril, quelquefois étrange, et ici encore on ne peut nier qu'il ne se soit passé bien des faits extraordinaires, humainement inexplicables. Le démon abusait et de la crédulité des Hoya et de sa puissance incontestée sur ces pauyres idolâtres.

Mais au moins, ces pierres sacrées ne sont pas, comme les

Sampy, d'importation étrangère; ce sont plutôt des produits spontanés du sol et une curieuse corruption de praU(jues indigènes.

Ne sachant pas écrire, les Maigaclies, comme les Juifs de la (iîenèse. conservaient le souvenir des événements nationaux, ou même des événements intéressant une famille, en érigeant « une pierre témoin ». Puis, chaque année, au jour anniversaire de l'événement, devant le peuple ou la famille réunie, le roi ou le chef de la famille refaisait le récit de l'événement qu'il terminait en s'écriant : « Ai-je dit vrai? * et tous de répondre : < Très vrai, en effet. — Vous êtes témoins, » reprenait-il. Puis il faisait une onction à la pierre, et on couronnait le tout par un festin.

De là au culte de la pierre, il n'y avait qu'un pas.

Une autre chose. Le premier roi hova fut, dit-on, acclamé sur une pierre, à peu près comme nos premiers rois mérovingiens étaient élevés sur le pavoi ; il fut imité par ses successeurs, par les rois ses voisins, et pai- tout chef qui voulait se déclarer indépendant. Telle fut Forigine de la a pierre à intronisaUun » ou « pierre de la Reine », que l'on voit au milieu de la grande place de Mahamasina à Tananarive. et aussi de celles que l'on rencontre en beaucoup d'autres villes, par exemple a Beforona, au milieu de la route de Tamatave à Tananarive, et sur lesquelles la Reine se placera, pendant ses voyages, pour recevoir les hommages de ses sujets.

II est aisé de comprendre avec quelle facilité, chez un peuple qui honore son souverain à l'égal d'une divinité, ces c pierres à intronisation i, ces pierres de la Reine, devinrent des pierres sacrées.

De plus, au temps des guerres civiles, les villages étaient

entourés, nous l'avons dit ailleurs, par des fossés profonds coupés

par une sfuli^ chaussée étroite que hariail une <'norm(' j»ierre ronde, en guise de porto. C'était une pierre protectrice et, en souvenir des services qu'elle rendait, n'avait-elJe pas droit à des hommages particuliers ? Ajoutez à cela les « pierres-bornes » plantas par les ancêtres, pour marquer la limite du champ de famille, et devenues ainsi deux fois respectables, et par le souvenir qui s'y rattachait, et par leur utilité ; < les pierres de bonne ou de mauvaise chance t , parce qu'elles furent témoins d*un événement heureux ou malheureux, d'une défaite ou d'une victoire ; les pierres à apparences fantastiques, en qui l'imagination populaire vit facilement une foule do signitications étranges, et aussi ces faits extraordinaires (juo je signalais plus haut, et, pour peu que Ton coniiaisst' ranioiir du niervoiileuK qui est au fond de toute nature humaine, on auia peu de peine à comprendre commentées pauvres ignorants en vinrent à adorer la pierre.

CHAPJTKE Vm

DES SUPEftSTITIONS

« IJref. il n'y a point de uni ion plus superstlLieusu que celle-ci, » (lisait Macourt, des Malgaches de sou temps. Or, cela est également vrai (les llova d'aujourd'hui.

Et d'abord, toute leur religioii n'est guère qu'un ensemble de pratiques superstitieuses. Le culte des pierres sacrées, les onctions dont on les marque, les ex-voto dont on les couvre, les consuitatioDs qu'on leur demande en leur lançant des cailloux ou en les frappant d*un bâton, le culte des Sampy, lui aussi, tout cela n'est qu'un ensemble de superstitions auxquelles on demande la possession de tous les biens et Téloignement de tous les maux. Parmi les Sampy en particulier, les uns rendent invulnérable, les autres vous donnent l'éloquence, vous font réussirdans une affaire, vous rendent la santé, vous procurent beaucoup d'enfants, guérissent vos troupeaux. Flacourt a une liste fort curieuse de ces pratiques et qui remplit deux pa^cs de son livie.

La superstition s'est glissée ju'^fue dans le culte des morts. Ainsi la prescription de n'enterrer un Andriana qu'après le eoucber du soleil, le morceau d'argent qu'on leur met dans la bouche, cette tabatière placée à c6té d'eux, ces plats de riz, ces gâteaux de miel qu'on leur offre, leiir téte invariablement tournée vers l'orient, mille autres pratiques rigoureusement imposées et qui n'ont aucune signification raisonnable, ne sont que des superstitions.

Mais il y en a bien d'autres, au point que la vie des Malgaches en est littéralement remplie.

Il y a des aliments impurs et probibés, « fad y » , comme ils disent, ou pour toujours, on seulement pour un temps, et, dans certaines circonstances, ils s'imposent les privations les plus dures pour rester lidèles à ces prescriptions.

M ADAGASGAB Bt LES HO?A

Il y a les souillures contractées pur des actes déterminés, non pas moralemeDt mauvais, mais réputés impurs, comme par exemple de fouler un sol sacré, de violer le sommet interdit d'une montagne 011 se trouve le tombeau d'anciens rois, et mille autres choses semblables.

Il y a encore les bétes et les oiseaux de mauvais augure. Vous devez aussitôt vous arrêter si Tun d'eux vient à traverser votre chemin. Ainsi un jour la reine Rasoherina, rentrant, avec toute sa cour, d*Ambohimanga à Tananarive, un takatra — sorte de petit

héron — coupe sa route au-devant de son cortège. Tous s'arrêtèrent et ne continuèrent leur chemin qu'après avoir conjuré le sort par des sacrifices.

Mais surtout il y aie sort ou destin qui est attacha, pour chaque iiomnie, au mois, au jour, à l'heure à laquelle il vient au monde, ou pendant laquelle il entreprend une affaire. Le soleil a une grande influence sur la fortune d'un chacun, et aussi la lune, les planètes qui sont plus près de nous. De là toute une science fort curieuse et très compliquée qui consiste à déterminer les mois, les jours, les heures fortunés, pendant lesquels on peut b&tir, partir en voyage, conclure un marché, se marier, enterrer ses morts; et les mois, jours et heures néfastes, pendant lesquels il ne faut rien entreprendre, parce que rien ne réussirait.

Ainsi, l'enfant qui naftra au mois de mai, surtout vers minuit, sera inévitablement un sorcier; en septembre, détruira sa famille : il faut donc ne pas les laisser vivre et on les étouffe en leur plongeant la t<He dans l'eau. Celui qui viendra au monde en novembre, sera malheureux et pleurera toute sa vie; en juillet, deviendra riche; en août, jouira de toutes sortes de biens. Ce fut le sort de la reine Ranavalona l'®.

Le dimanche est un jour violent, oii l'on peut tout oser, jusque vers deux heures. Le mardi est très propre pour lancer une armée ou commencer une campagne. Le jeudi est de tous points parfait, le mercredi et le vendredi sont des jours noirs.

Les heures sont de plus en plus heureuses à mesure qu'on s'approche davantage du plein midi ; et c'est alors que Tenfant fera bien de venir au monde, ou bien le soir quand la famille se réunit, que les bœufs reviennent de la campagne, que Ton pile le ris.

C'est pour marquer tout cela, pour écrire cette science sur un livre à la portée de tout le monde, que les cases malgaches sont, invariablement, un earré loni^ ot ieiib' aux quatre points cardinaux et la porte toujours tournée vers l'ouest, atin que le soleil puisse y

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entrer. Chaque angle de la maison répond à un mois et chaque » paroi à deux, suivant la marche du soleil sur l'écliptique. Enfin, tout naturellement, la lumière de ce même soleil sur la paroi Opposée à la porte, marque les diverses heures de la journée, heureuses ou malheureuses.

c Plus de la moitié de Tannée est composée de mauvais jours », dit Flacourt^

Heureusement chacun peut corriger son sort, ou mieux le détourner sur un autre objet.

Si vous terminez une maison en février, elle est condamnée au feu; pour éviter ce malheur, prenez une torche allumée, faites le

tour de la maison, en feignant de l'incendier et criant au feu, et jetez votre torche : le sort est conjuré ou satisfait. L'enfant qui naît en ce mois devrait <'tre un incendiaire; on le prend donc et on renfermé avec sa mère dans une petite hutte de terre et He y^aille, construite dans ce but, et on y met le feu : Tenfant est eoievé, la mère se sauve, la hutte brûle et le destin est corrigé.

Nous l'avons vu, on étouffe les enfants qui naissent en septembre: mais si Theure est moins fatale, on les expose seulement aux pieds d^'un troupeau de bœufs, et, s'ils ne sont pas écrasés, on les mutile pour livrer passage au destin. C'est ce qui est arrivé au premier ministre actuel ; on lui a coupé le bout de Fextréme phalange du doigt du milieu et de l'index de la main gauche, ce qui ne Ta pas empêché de supplanter plus tard son frère afné. *

Au reste rien n'est comparable K la résignation du Malgache pour son sort. Tout destin est acceptable et accepté, sauf un seul, celui de sorcier.

Le sorcier, mpamosary, co\\ù t\\ù jette les soris, nait pour le mal; il se complaît dans le mal et il ne fait que le mal ; de lui viennent les maladies, les accidents^ lamori, en un mot toutes les infortunes et tous les malheurs. Aussi comme on le redoute! Dans Madagascar, après onze heures du soir, vous ne trouveriez pas une seule personne dehors, sauf le seul sorcier, à qui cette heure sinistre appartient. Gomme on le hait aussi et comme on le méprise ! Autrefois, et il n'y a pas longtemps de cela, sitôt que quelqu'un était soupçonné de sorcellerie, on le livrait impitoyablement h répreuve du tanghen; s'il succombait, il n'y avait pas de sépulture pour lut, ou au moins pas de funérailles solennelles. On le rejetait du tombeau de famille et îl était enseveli, quand on ne le jetait pas h la voirie, la tète tournée vers le sud, afin qu'on le

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