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DE LA FAMILLE

D'après ce que nous avons dît plus haut des mœurs malgaches, de l'instabilité du mariage et des désordres qui le déshonorent, la conclusion toute naturelle semblerait être, quMl n'y a pas de famille chez les Hova. Et cependant elle existe, forte, puissante, profondément enracinée dans les moeurs et les souvenirs de la nation.

D'abord, elle est en grand honneur, et c'est la famille qui est la véritable unité sociale el Je Ibnderaent de l État malgache, au sens absolu du mut.

Aussi, tout le monde d» sire-t-il pu fonder ui»e ait pins tôt. Voila pourquoi tous se marient et très jeunes. Tout le monde ;nissi aime à avoir beaucoup d'enfants, et c'est là, parmi tous les autres, le souhait le plus fréquent et le mieux accueilli chaque fois que l'occasion s'en présente. Et plus les enfants sont nombreux, plus le bonheur est grand et parfait, car leur éducation ne coûte 1% peu près rien et la famille en est grandie d'autant.

Ce désir poussera mdmeàl'inconduite si cela devient nécessaire, et les enfants nés de l'adultère seront, non seulement reçus et traités comme les enfants légitimes, mais privilégiés par l'usage qui les élève au rang de < frères de la mère » et leur assure une part égale à son héritage.

Enlin si malgré tout, on ne peut avoir d'enfants, on en adopte^

1. On en adopte aussi quand on en a beaucoup, car cette coutume de

l'adoption s'est singulièrement modifiée et élargie. Aujourd'hui elle n'a plus de limites d'âge ni de conditions, l'n onfant adojilc nn vioill ^r'l: ndople son père, son oncle, son aïeul; an esclave adopte son maître, un $ujet son

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car. avant tout, il faut éviter la honte qui s'atlachn aux familles sans héritier, il faut empêcher la sienne de s'éteindre, et ses hiens de passer au seigneur ou au souverain : il faut consenrer sa race, la multiplier et Taccroître, et ainsi continuer & vivre dans ses descendants.

Mais outre cette estime universelle de la famille, quatre choses ODt puissamment contribué à la maintenir chez les Hova, en dépit de tout ce qui aurait dû raffaiblir et la détruire :

1* La vie en commun :

2^ Les lois particulières de chaque famille ;

3" La place au luml)eau;

4** La crainte de la malédiction paternelle.

lo La me en commun :

Ordinairement les enfants commencent & posséder quelque chose dès leur naissance, parfois même avant que de naître. Mais tous, jusqu'au jour de leur, mariage, frères, sœurs; cousins, enfants adoptés, enfants nés avant le mariage, d'un autre père ou d'une.

autre mère, vivent ensemble, jouissent en commun des biens de la famille et concourent, chacun pour leur part, à les faire prospérer. C'est une coutume universelle, et personne ne songerait à s'y soustraire.

^ Lois particulières de la famille:

Chaque famille forme comme un petit État, avec ses lois et ses coutumes propres, transmises oralement. Le père, ou à défaut du père, son fils atné ou tout autre choisi par loi ou désigné par l'usage, y est tout-puissant. C'est lui qui régît tout pondant sa vie. et il a

pleine liberté à sa mort de laisser sesl>iens à qui il veut et comme il veut. 11 peut rejeter ses enfants, nu en adopter d'autres, à la seule condition de notifier sa décision au gouvernement. Avant 4861. il [HMivait mcinc les vendre; il peut encore les cliAtiei- et les punir corpoi ellement ou par la prison. Cependant les affaires importantes, mariages, vente des biens patrimoniaux, procès, peine des fers ou autres semblables, se discutent en commun et relèvent de la famille réunie en conseil. Pour les procès seulement, on peut en appeler à l'État, et alors on se ruine.

seigneur. C'est la cupidité et l'inlcrèl qm ont produit ces (Miricux ré^uUats. L'adopté héritera en eifet de son père adoptif : il a donc tout intérêt a le rendre riche. S'il le peut, il le nommera gouverneur, lui donnera une charge lucrative, lui conHera rautorilé sur ses autres esclaves, en un mot Taidera à Taire fortune. C'est ainsi que le tout-puiflsant premier ministre a des centaines de pères adoplifs.

MADAGAâCÂA ËT LKS HOVA

3** Le tombeau de famille :

Mais les deux grands châtiment, devant lesquels aucun coupable ne reste insensible^ et qui, presque toujours. sufTiseot à ramener les plus endurcis, c'est la perte de leur place au lomhf au des ancêtres, et la malédiction paternelle qui entratne avec elle le rejet du sein de la famille.

Le Hova, tout comme le Chinois» estime sa place au tombeau de famille plus que sa propre vie, Ce sera donc un malheur irréparable s'il succombe au loin et qu'on ne puisse rapporter son corps. On fera tout pour l'éviter. Mais quel malheur autrement grand s'il en est exclu à cause de son indignité I Aussi cette seule pensée suffîtelle d'ordinaire pour l'arrêter au milieu des plus grands désordres.

4'' La malédiction paternelle :

De même la craînle de la malédiction paternelle» qui le marquerait au front» lui et toute sa postérité» d'un ineffaçable stigmate» absolumént comme dans la Bible du temps des Patriarches.

£n voici un exemple frappant ;

Un homme, du nom de Ramazava, avait deux fils. L'un se fit mendiant et l'autre voleur. Le premier resta pauvre et le second devint riche. Mais h la fin le voleur fut pris et condamné à mort.

Or, avant l'exécution, son père, en présence de toute la famille, demande la parole et maudil tous ceux de sa descendance qui ne se conformeraient pas à la loi qu'il va leur imposer : « Fils et petit-fils de cet enfant voleur, s écrie-t-il, et vcus tous qui naîtrez d'eux, vous mendierez déporte en porte, jusqu'aux dernières générations. »

Aujourd'hui» ces descendants sont nombreux et riches, et forment une caste puissante. Et cependant, par crainte de cette malédiction, ils sortent deux fois par an de leur pays et s'en vont de porte en porte, jusque dans la capitale, demander l'aumône sur un air et avec des paroles à eux réservés. Je les ai vus et entendus moi-même et leur ai donné un bout d'argent. C'est alors qu'on me raconta leur histoire que j'ai retrouvée ensuite dans le Père de LaVaissière^

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