Vingi Am à Madagascar^ p. Iâ
PAMILLB, CASTES, ESCLAVAGE
de longues années. Autrefois elles fonnaiont les diverses unités dont la réunion composait TËtat, et jusqu'à Radama I""*, au commencement de ce siècle, c'était aux castes que Ton réclamait les impôts et les diverses corvées.
La caste» réunie en conseil» est évidemment supérieure à chacune des familles qui la composent, et certaines affaires plus importantes lui sont exclusivement réservées. Elle aussi a ses usages, ses lois» ses coutumes, lidèlement conservées par la tradition et inviolablement observées. Elle a auf^si ses chets supérieurs et sul»altcrnes.
Chaque caste a en jouissance - non en prop?'ic((', car il n'y a que la Jieme qui possède à Madagascar — une pai't de territoire qui ne saurait être aliénée, ni vendue aux membres d'une autre caste. Il n'y a d'exception que pour Tananarive, où chaque caste habite bien un quartier déterminé, mais où le terrain peut être vendu ou acheté indistinctement par tout Malgache*
Parmi ces castes, les unes sont nobles ou Andriana; les autres sont roturières ou Hcva,
Âu premier rang et au-dessus de tous, il y a la Reine ou Andriana par excellence — c'est même là son nom ordinaire, ny Andriana, — pnÏBlesZanak' Andriana , enfants, c'est-à-dire proches parents de la Reine, ou princes du sang; enfin, les six castes de la noblesse, descendant toutes des anciens rois de l'imerina, et ayant chacune d'elles, leurs chefs propres et leurs privilèges et usages particuliers.
Les trois dernières castes ne sont guère que des artisans, et Tune d'elles est renommée pour son adresse dans les travaux de ferblanterie. Tous ses membres sont « ouvi iers » dans l'armée, et c'est là un de ses privilèges. Elle habite le village de Soamanandrarina, près de la route de Tamatave, au nord-est de l'Observatoire.
Aucun homme de ces trois castes ne peut épouser une femme de l'une des castes supérieures» sinon ses enfants perdront le rang de leur mère, contrairement à la î'ègle qui veut qu'un enfant, dont les parents sont de caste différente, appartienne à la caste la plus élevée, mais une femme peut être époust'e par uu membre même de la première caste, et ses enfants appartiendront à la caste de leur père.
La troisième caste, les Zanafompo, ou plus ordinairemcnl les Ambohimalaza, du nom de l'endroit où ils résident, s'adonne au commerce. Vous les trouverez partout dans les centres importants. Ils sont très riches et très puissants, mais aussi très pressurés par ie premier ministre qui les accable d'impôts.
Les deux castes supérieures, comme aussi celle des princes, vivent de leur fortune privée, ou plus ordinairement de l'Etat, c*e8t^à-dire du public, et se trouvent ainsi dépendre entièremeut du premier ministre. Beaucoup ont des fiefs territoriaux appelés menakely, et s'appellent alors Tompomenakely tandis que les terres qui relèvent directement de la Reine forment le menabe^ et la Reine est le Tompomenabe. Ces Tompomenakely perçoivent une part des moissons, reçoivent des présents dans les grandes circonstances, jouissent d'une haute considération et quelquefois encore d'une certaine influence. Mais la plus grande partie de leur autorité a pass«3 aux mains des gouverneurs. tMablis précisément contre eux, par le premier ministre. Et s'il est permi?? de se servir d'une comparaison historique bien prétentieuse, mais à peu près exacte, ces nobles des deux premières castes» etces princes ou zanak* andriana sont, en raccourci, h Madagascar, vis-k-vis de la Reine et de son ministre, ce qu'était la noblesse en France sous Louis XIII, vis-à-vis du roi et de Richelieu. Même orgueil, même impatience du joag, même soif de révolte, d'un côté; et de l'autre, même ministre autoritaire, implacable et tout-puissant, même abaissement des pouvoirs locaux et même concentration excessive.
Les six castes nobles réunies forment approximativement le sixième de la population libre hova.
Parmi les castes hoca^ il n'y a guère à signaler que celles d'où sont sortis les divers preniicîrs ministres au pouvoir sous les dernières Heines, caste très ancienne et toute-puissante; puis, celle des Zafimbahaza, ou petits-fils de blancs, dont l oiigine remonterait à un célèbre naufrage sur la côte est. Leur type plus relevé et leur couleur plus franchement bronzée, sembleraient donner fond à celte tradition.
Les castes hova n'ont généralement aucun privilège. Il y a cependant quelques exceptions. Ainsi on ne doit pas faire couler le sang d'aucun membre de celle des TVimo/b/oa/tna, absolument comme s'ils faisaient partie de la famille royale, en souvenir et en récompense du dévouement héroïque dont fit preuve leur premier ancêtre, sous le roi Andriamasinavalona. Ce prince, en elîet, à peine délivré d'une longue et dure captivité, ([ue lui avait fait subir son fils, et afin de prévenir à jamais le retoui d ur» pareil malheur, voulut, sur le conseil de ses devins, otïVir un sacrilicf humain aux idoles. Mais personne ne désirait être la victime et tous tremblaient d'être désignés par le sort. Trimofoloalina alors s'olVrit de lui-même. Il ne fut pas immolé et on lui substitua un coq, dont on lui répandit le
sang sur le cou et sur le visage. Hais il o'en avait pas moins fait preuve d'un dévouement sans borne, et c'est pour en perpétuer le souvenir que le Roi lui fit octroyer ce privilège, soigneusement gardé par ses enfants, encore aujourd'hui, et fidèlement respecté.
D'autres castes, au contraire, sont vouées à dps corvoes humiliantes, comme par exemple le balayage des rues. Les Antsihanaka sont exempts du service militaire; mais, eu retour, ils doivent porter les munitions et les caisses de la Reine. C'est aux femmes sans mari, que revient l'obligation de recueillir et d'apporter aux endroits désignés, Turine des vaches, qui produira le salpêtre nécessaire à la fabrication de la poudre.
DE L'ESCLAVAQE
Après avoir parlé de la lainille et des castes, on est naturellement amené à parler de resclavacre. ( jir il y a des esclaves à Madagascar, et beaucoup; seulement l'esclavage y revêt une forme toute particulière et y est soumis à des usages spéciaux qu'il sera utile de faire connaître.
Les esclaves, évidemment» n'appartiennent à aucune des castes q^e nous venons d'étudier. Mais certains parmi eux, par exemple lea esclaves de la couronne, sont bien plus riches et plus puissants que )«s membres libres de ces castes.
Ce sont d'anciens esclaves venus autrefois à la suite des conquérants, ou des prisonniers de guerre, quelquefois des naufragés, ou bien les deseeiidaiiU des Mozauibiques, affranchis sous le précédent rèprne. Ils sont ordinairement uoirs. forts, souples, ambitieux. C est parmi eux que l'on prend 1(!S coureurs ou courriers de la Reine, les gardes du corps et autres olliciers du |)alais. L'un d'fuix, llainingony, a commandé en second toutes les troupes hova et a (Hé, pendant vingt-deux ans, de 1854 à 1876, le second après le tout-puissant premier ministre*
Naturellement, leur situation leur donne beaucoup d'influence; les gouverneurs et autres grands fonctionnaires ont à compter avec eux et recherchent leur faveur; certains possèdent de brillantes fortunes et ont eux-mêmes des centaines d'esclaves. Seulement, ils ne
HÂDAGASGAR BT LES HOYA
peuvent jamais être afîranchîs et doivent toujours, eux et leurs descendants, rester esclaves.
Au-dessous d'eux, sont les esclaves des particuliers, étrangers faits prisonniers de guerre, ou bien Hova réduits ea servitude pour dette, pour crime, ou par suite de l'épreuve du tanghen. Ils sont très nombreux dans Tlmerina, où ils forment certainement la majorité, peut-être les deux tiers de la population. Il y a des familles qui en ont des centaines, parfois des milliers, et c'est le nombre de ses esclaves qui fait la vraie fortune du Hova. Les meilleurs, et de beaucouj) 1* plus nonibreux. sont les Betsileo.
II y a <1pux sortes d'esclaves : les esclaves domestiques et les esclaves cultivateurs.
Les premiers sont pins ou moins considérés comme membres de la famille, quoique à un dcqré inférieur. Quelques-uns, ordinairement des enfants, et surtout des petites lilles non encore mariées, habitent la maison du maître; et alors ils sont nourris, soignés, habillés, comme les autres enfants de la famille. Mais le plus grand nombre est marié et vit à part dans sa case. Tout leur service consiste alors dans quelques corvées qu'ils se partagent entre eux : préparer le riz, puiser Feau à la fontaine, balayer la maison, laver le linge, voilà pour les femmes; porter leur mattre, lui faire escorte, entretenir sa maison, etc., voilà pour les hommes. Gela leur prend, en moyenne, le douzième de leur temps, l'équivalenl d'un mois par année. D'ailleurs, si cette coi'vée leur dé|)laîl, ils peuvent s*en exempter, en donnant un bout d'à rident. En dehors de ce service, ils s'occupent de leurs propres allaires.
Il faut dire la môme chose des esclaves cultivateurs, de ceux qui travaillent les rizières et gardent les troupeaux de leur mattre. A côté du champ et du bœuf de ce dernier, il y a leur propre champ et leur propre bœuf, qu'ils font prospérer en même temps que celui du seigneur, quelquefois plus vite.
Enfin, c'est un esclave qui est l'intendant de la maison, qui distribue à chacun sa tâche, surveille toutes les dépenses et a toutes les clefs.
Outre ces diîux classes d'esclaves, il y a encore les esclaves porteurs. Ceux-là sont jeunes, vi^ouiciix, [>Ieins d'entrain. Ils gagnent beaucoup d'arsrent et en donnent d'tirdioaire une paille à leur iiuiitre. Mais ils sont heureux, parce qu'ils voyagent beaucoup, s'amuscnl beaucoup el ne manquent de rien.
Les eseluves sont exempts de service militaire, exempts aussi de la corvée de l'État, souvent plus dure que celle du maître. Ëntin on
FAMILLE, GAST£S, B8CLATA6B
ne les maltraite généralement pas, et jamais on ne doit faire couler leur sang. Le maître peut cependant les châtier, les frapper du fouet ou les mettre aux fers. Mais il le fait rarement, car ils s'enfuiraient aussitôt, pour ne jamais revenir.
Les esclaves ont le droit et parfois les moyens de se racheter. Il leur suffit pour cela de payer le prix de leur rançon, c'est-à-dire leur valeur vénale, et de le déclarer au gouverneur à qui on offrira une piastre, comme tribut. La Mission ratholiqueen a ainsi racheté beaucoup, de 4890 h 4892. Mais ils rry tiennent pas énormément, surtout les jeunes ^ens; et, quand ils se l achètent, pour éviter les corvées et le service militciire, ils restent les esclaves nominaux, par exemple de leurs parents ou d'un ami sûr.
En somme, Tesclavage serait supportable à Madagascar, s'il n'y avait pas deux abus criants, qui devront disparaître le plus tôt possible, car ils sont tous les deux en opposition directe avec les lois de la nature, je veux dire :
1^ La vente des esclaves;
^ L'état de leurs enfants, qui naissent esclaves et sont la propriété du maître de la mère.
A Madagascar, les esclaves se vendent au marché, comme du bétail, et cela même h Tananai ive, à deux pas de la Résidence française. Et, ce qu'il y a de pire, on sépare le mari de la femme, l'enfant de sa mere ; on brise et on détruit tous les liens de famille. Je sais bien qu'un homme riche se déshonore en vendant ses esclaves. Mais que peut un préjugé contre la cupidité ou le besoin? J'ai vu,de jeunes femmes, mariées et mères, vendues aux Sakalaves de l'ouest qui les emmenaient à 100 kilomètres de leur pays !
L'influence anglaise amena Rasoherina à interdire la traite des Mozambiques, puis, à les libérer tous, d'un trait de plume, en les prenant sous sa protection. Mais ce fat tout. En principe, les Anglais condamnent l'esclavage à Madagascar; mais ils ne croient pas possible de Tabolir encore. Au moins c'est ce que dit Sir Gore Jones dans son rapport de 1881 .
En tout cas, ils n'(.)nt rien fait, même alors que leur luiluence • était la plus forte, contre cette ignoble vente des esclaves.
Ils n'ont rien fait non plus, pour faire décréter ((u'un enfant doit naitre libre. Et cependant aucun gouvernement civilisé ne pourra
!. Voici un aperçu des prix courants : Une femme jeune et pouvant avoir de nombreux enfants, de 80 à 100 piastres; une jeune lille de 10 à 12 ans, de 90 à 40 piaslres ; un garçon du même dge, de 20 à 30; ce sera à peu près le même prix pour un homme fait.
MADAGASCAR BT LES HOTA
jamais accepter ru principe qiir l'enfant à unr femme esclave soit, par le seul fait de sa naissance, esclave lui-même.
La gloire de remédier à ces deux abus criants, et d'éteindre aÎDsi rapidement resclavage en les adoucissant d'abord, puis, plus tard, en les supprimant, est donc réservée à la France qui, j'en ai la convietion, ne faillira pas à ce devoir.