TACTIQUE
Cette tactique, du reste, quoique très simple, ne manquait pas d'une certaine habileté.
1. Shervington n'est qu'un ancien sous-officier anglais, sans instruction, sans tenue, ni valeur, quoique peut-être de bonne famille. Graves est plus honorable; il est allé à Madagascar pour se faire une situation.
114 MADAGASCAR IT LBS HOVA
En voici un aperçu fiommaire. Il achèvera de faire connaître rarmée malgache.
Quand une guerre est déclarée ou imminente, quand une expédition lointaine est décrétée, toute Tarmée est convoquée soub la tente près de la capitale, et; c'est alors que Ton choisit les hoinmes qui feront partie de l'expédition.
Ensuite on se met en marche, au milieu des gestes, des cris, des menaces, des éclats de rire. Ceitcadant un semblant d'ordre s'étalilil peu à peu et l'on avance assez vite. Les soldats sont peu chargés : leur fusil, quelques cartouches, une mince natte qui leur servira de lit, une toile de rabane pour la lente, uu peu de riz et une marmite en terre pour .la taire cuire, c'est tout. Encore peut-on le faire porter par un esclave ou un ami. Les otïiciers vont on lilanjana. Les gens du pays sont réquisitionnés pour porter les canons, les boulrts, les bagages des chefs. De plus une foule de marchands accompagne et encombre l'armée.
Il y a donc un grand nombre de bouches inutiles, quatre à cinq fois plus que de soldats. Par exemple, pour une armée de 4,000 hommes, il y aura une troupe de près de 20,000 personnes.
Évidemment, il n'y a pas d'intendance, chacun se procurera ses
vivres. Si la colonne n'a pas plus de 500 hommes, elle sera logée dans les cases des villages traversés. Si elle est plus nombreuse, elle campera sous la tente.
Ces tentes sont encore plus rudimentaires que celles de nos pioupious. Deux piquets verticaux enfoncés en terre et i ëunis au sonmiet par un bâton horizontal qu'attache un lien quelconque, une rabane jetée par-dessus, la tente est achevée. Celle des olliciers sont blanches.
Le camp est disposé d'une manière symétrique, toujours la même.
Âu milieu, la tente du général en chef, et le rom ou palissade, qui l'environne. Autour de lui les gardes et esclaves royaux; puis
le reste de l'armé(% partagée en quatre carrés par quatre allées perpendiculaires et toujours dirigées aux (juatre points cardinaux. Toutes les tentes sont bien alignées et inrmenl une succession de carrés concentriques. Quant à la distribution des buaimes, elle est toute naturelle. Un donne à chaque peuple la situation géographique qu'il occupe dans l'imerina, et ainsi chacun est sûr de retrouver rapidement la place qui lui est destinée.
Au nord-est les Avaradrano (au nord de l'eau ou de l'Ikopa) dont
i/arm^b hova
le corps d'élite des Voromahery (oiseau fort, aigle) occupe la première place près du rova;
Au sud, les Yakinisî^aony;
Au sud-ouest, les Ambodirano (au-dessous dé l'eau);
Plus au sud, les Vakinankaratra;
Au nord-ouest, les Marovatana :
Enfin au nord, les Vonizongo*.
Quand reiinemi est pi oche, on établit des sentinelles, jour et nuit, et lorsque le moment de l'action est arrivé, rarrriéc .se partage en deux moiti(''s, l'une pour combattre et l'autre pour garder le camp. Les oHiciers se tienoent k l'arrière et lancent leurs hommes àTavant» prêts à tuer quiconque remlf^t ait. Ceux qui déserteraient en ce moment doivent être brûlés vifs, d'où le proverbe : « Mieux vaut avancer pour mourir, que de reculer pour être brûlé. > En fait^ on recule beaucoup et Ton est rarement brûlé : on en cite deux ou trois exemples seulement, sous Radama I«' et Ranavalona P*. On m'a même raconté qu'une fois pendant la dernière guerre, les chefs, non contents de se mettre derrière leurs soldats, voulurent placer tout à l'avant leurs esclaves et leurs pôrteurs. Mais ceux-ci se mutinèrent et 1*011 n'insista pas.
Plus souvent, les llova se servent de la ruse. Ils attaqueront à rimproviste pendant la nuit; ils attireront dans une enihu^'^ade, ils vous inviteront à une fête, comme ils firent autrefois pour les chefs des Betsimisaraica, et vous massacreront au mépris de la foi jurée.
S'ils ont à lutter contre des Européens, qu'ils savent bien ne pouvoir vaincre de vive force, ils compteront surtout sur la fièvre et • le temps pour les en débarrasser, et sur leurs môntagnes pour les protéger. C'est pourquoi ite temporiseront et éviteront autant que possible toute action. Ils feront eux-mêmes ce que l'on pourrait appeler le < blocus intérieur » afin de les affamer, tout au moins de les lasser et de les user. C'est ainsi que de 4845 à 1854, par suite de l'attaque des Français et des Anglais contre Taniatave, tout c6m- • merce avec les uns et les autres fut conipltHeuient interrompu, et l'approvisionnement de Bourbon et de Maurice devint très difliciie.
. Aujourd'hui le résultat ne serait pas le môme, et les llova s'useraient vite à ce jeu. Leur armée devrait être nombreuse. Et comme elle n'a pas d'approvisionnements mais vit sur place, elle aurait vite fait d'épuiser les pays quasi déserts où elle devrait attendre 1. Cf. Vingt ont à Madagatear.
UADAGASCAlt ET LKS UOVA
nos soldats, et deyratt changer de place. Nos soldats, au contraire, bien approvisionnés et appuyés sur une base solide, marcheraient sûrement et triompheraient, peut-être même sans livrer bataille.