LÂCHETÉ DES HOVA
L'armée hova, on le voit» n'est ni organisée, ni exercée, ni bien commandée, et partant elle ne pourrait lutter contre une armée européenne. 11 y aurait cependant chez elle, on ne peut le nier, des éléments pour une résistance sérieuse, si les Hova étaient plas braves. Car ils ont, nous l'avons vu dans un chapitre précédent, plusieurs des qualités physiques qui font le bon soldat ; et leur pays se prête, comme pas un au monde, à la défense la plus longue et la plus acharnée. Mais il leur manque la bravoure.
Je ne veux rien exagérer et j'admets que le soldat bova peut être entrafné parfois à un acte de courage ou d'audace, s*il espère une facile victoire, comme, dans la dernière guerre, quand iîfit reculernos soldats, envoyés en reconnaissance à Farafatrana. ou qu'il osa par deux lois attaquer Tamatave. Il est possible encore que, dans leur lutte séculaire contre leurs voisins, ils se soient bien conduits plus d'une fois, quoiqu'ils aient dù leurs succès surtout à leur habile politique et à la supériorité de leur armement. Mais je ne puis en aucune manière souscrire à l'avis des rares voyagears ou autres qui célèbrent leur bravoure.
Non, le Hova n'est pas brave. Il est,%u contraire, le plus I&che de tous les peuples de Tlle, plus l&che en particulier que le Sakalave, le Bara, ou le Betsileo. Gela, j'en suis convaincu, et c'est le témoignage de ceux qui les ont étudiés de près et ont vécu avec eux. surtout sur les frontières, dans le voisinage des Sakalaves et des « Faliavaln »; c'est en particulier le témoignage de M. liesson, vice résident de Fianarantaoa, qui lésa vus à l'œuvre et les a acconipagni's. sinon conduits, dans leurs expéditions contre les brigands.
En 1891, nous étions quelques Français, sous la varangue du palais de la Reine, au grand jour de la fête du Bain, k regarder défiler les bataillons hova. Ils étaient moins déguenillés que de coutume, et marchaient en assez bon ordre, mais les pieds nus.
c Vous devriez bien leur donner des souliers, > dit mon voisio
l'armée uova
au commandant de l'escorte française, le capitaine, aujourd'hui
coiiiniandant Drude.
€ i)h \ de? souliers, on le pouirait. rcpondit ce dernier, mai» ce qu'on ne poin ra jamais leur donner, c'est du courage. »
Voil;\ la venté.
Le i6 ao»U 1885, le colum I Pf»nnequin avec liO hommes, dont 70 Sakalaves se précipite vers Tongoa à la poursuite d'un corps hova de 1,000 hommes conduit par l'Anglais Shervington, et muni d'une pièce d'artillerie. Les dispositions de l'ennemi étaient bien prises : t II s'était jeté sur le flanc de la route et il avait pris position sur des hauteurs qui la dominaient... Les Hova s'étaient déployés face à la route, formant des lignes de feux étagés^. » Par UD mouvement fort habile, Pennequin, faisant occuper un mamelon voisin par 20 de ses hommes, les attira à sa poursuite en simulant une retraite. Puis t il fait coucher tout son monde et observer le plus i^rand silence... Les tambuurs battaient fui : irsement ; on entendait nettement les paroles; ils nous cherchaient ; une bande vint se heurter sur la faeo du c^irré h cheval aur la crHe; une décharge à bout pnrtant l'arrêta net : à gauche, face au ravin, une seconde bande arriva à quelques mètres du carré et reçut notre feu à bout portant. Ils se rallièrent dans le fond ; de nouveaux assaillants essayèrent encore quelques assauts. Chacune de leurs attaques fut repoussée. Je faisais faire une ou deux décharges, puis observer le silence. Il fallait ménager les munitions. On entendit une dernière fois leurs cris, et la masse des assaillants s'enfuit comme un troupeau de bœufs, t
Quelques irréguliers lancés à leur poursuite rapportèrent le lendemain 56 têtes et un assez gros butin.
Je pourrais rapporter ^ien d'autres faits, s'il en était besoin. Tous les hommes, par exemple, d'un villaij:e du noid de l'Imerina s'enfuyant par fleux fois devant un Sakalav»' b!css<'\ et un an après, n'osant pas encore aller à la forêt où le malheureux était mort de misère.
Une autre fois, la garnison tout entière d'une ville frontière, trafnant après elle un canon qu'on vient de lui envoyer de la capitale, sort au-devant des Fahavalo; mais au premier coup de fusil qu'osent tirer les brigands, 'sans riposter, elle s'enfuit épouvantée, toute fière d'avoir caché son canon dans un silo de riz.
Les Hova donc ne sont pas réellement & craindre ; et, je
t. Rapport du lieulenant-colonel Pennequin.
118 MADAGASCAR £T LES HOVA
n'hésilo pas ;\ le dire pour conclure, et je voudrais être cru de tous ceux qui auront à conduire nos soldats. Supposez deux régiments de nos marsouins ou de nos tirailleurs, arrivf^s en face de Tananarivc, avec trois ou quatre batteries de campa.2:ne, tontes les forces hova réunies ne leur résisteront pas, et la question malgache sera ûaie.