‹ Madagascar et les Hova description, organisation, histoireChapitre 47 sur 105 · LA REINE · texte numérisé non relu

LA REINE

Le gouvernement à Nîadasrascar est entièrement despotique, et l'esprit de servilité le plus absolu ri^gne dans toute la population. Cela est vrai pour toutes les tribus de l'île qui ne reconnaissent pas la souveraineté des Hova; cela est également vrai pour ces derniers, soit chez eux, soit encore davantage vis-à-vis des peuples qui leur sont soumis.

La royauté n'est pas précisément héréditaire, quoiqu'elle ne sorte jamais de la «même famille. Jusqu'à la mort de Radama II, en i863, c'était le prince précédent qui, avant de mourir, désignait son successeur. Depuis, c'est la volonté du premier ministre qui Pimpose au peuple. Et ce successeur a toujours été une reine qui, par le fait même, devient la femme du premier ministre. C'est ainsi que le ministre actuel a été successivement le mari de trois reines, Rasoherina, Ranavalona II et Ranavalona III.

(^elle-ci monta sur le trône en 188;^, au détriment de sa sœur aînée. Bien que de sang royal, elle était d'une famille presque pauvre. Son oncle était boucher. Naturellement sa famille s'est élevée avec elle, mais sans acquérir aucune influence politique. Son oncle Ratsimamaoga, le chef des Zanakandriaa est 15* honneur, mais il ne songe qu'à s'enrichir, en usant de la corvée et de son influence.

Sa sœur est fort connue à Tananarive, mais ne s'occupe de rien. C'est elle qui est la mère de ce fameux Rakotomena, un gamin de

vingt ans, qui récemment insultait et frappait un soldat fkrançais*

MADAGASCAR ET LBS HOVA

Si la Reine est de la première noblesse, par contre son ministre est ( hova » ou plébéien. Par là se concilient dans la môme autorité et les nobles et le peuple, celui-ci fournissant le premir^r ministre et ceux-là la souveraine ou, plus exactement» celui-ci prenant tout le pouvoir et ceux-là en gardant l'apparence.

Ce système hybride est dù h l'influence des Anglais qui y voyaient leurs intérêts. Car ils espéraient bien avoir dans leurs mains le premier ministre qu'ils avaient élevé si haut. Et puis, c'était en partie une imitation de leur pr(»pre constitution.

Mais cet état de choses entraîne à Madagascar deux cons*'*qucncpsdont ils doivent porter toule la respousabilitr. L;i première, r/('>l (jiie la llcinc ne doit pas avoir d'enfants, car ces entants, étant les tils d'un Hova, seraient Hova oux-mémes et par suite ne pourraient régner. Donc, on les t'tuu liera à leur naissance. On raconte sous le couvert que la Heine actuelle a déjà eu fleux ou trois enfants. î.a seconde, c'est le mécontentement sourd et caché, mais durable et profond, de la noblesse contre le premier ministre.

Les souverains de Madagascar sont censés descendre des dieux, et il n'y a pas un demi-siècle, Ranavalona I'* s'appelait tout comme l'Empereur de Chine < la souveraine du ciel et de la terre » . Depuis l'introduction officielle du christianisme, elle, n'est plus que « la souveraine de toute la terre ». Mais cela, elle prétend bien l'être, et son peuple a gardé pour elle un respect à demi idolàtrique et une tranquille contiance dans toutes ses décisions.

Par le, seul fait qu'elle est reine, aux yeux de son pi'iiplo, elle est toujours jeune, elle est remarquablement belle et a toutes les qualités.

5otre reîne, eh î eh ! eh ! est une belle reine,

Notre reine, eh! eh! eh! est notre soleil.

Notre reine, eh! eh! eh! est notre dieu.

Notre reine, ek! eh! eli ! ne l'a pas qui la désire,

Celui qui la possède, eh! eh! eh! est réellement heureux,

Celui qui ne la possède pas, ehJ eh ! eh! la désire tout de bon, etc., etc.

chantent les mpiantra royales, battant des mains en cadence, lorsque la souveraine rentre d'un long voyage dans sa bonne ville de Taoanarive, sous le grand parasol rouge à boule d'or, àlatôte d'un spieur dide cortège, et environnée d'une foule innombrable accourue de

tout les côtés pour la voir et racclamer. Et tous les canons tonnent eu sou hoiHieur. Le spectacle ne manque pas de pittoresque et de grandeur.

Mais PO n'est pas îseulfiiiriit dans les ciicunstances soiennolh'S * qu'on la traite avec ce respect. C'est toujours et dans toutes les

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occasions, c L'air de la Reine > est joué au commeDcemeat et à la de toute cérémonie» même en son absence, et tous, y compris les Européens» se tiennent debout et découverts. En. sa présence, on ne passera jamais devant elle, sans lui en demander la permission; on ne s'approchera jamais d'elle sans lui baiser, ou bien la main si elle vous l'offre, ou bien le pied. Tout ce qui lui appartient, mùme les objets les plus vulgaires, participent h sa grandeur. Ainsi tout le monde doit se ranger et se découvrir devant son eau, qu'où lui app l i e (l'une fontaine à elle seule réservée, devant son bois, ses caisses, etc.

En montant de Taniatave à T.inîinarive, en 1891, je vis un jour mes porteurs s'arrèler derrière une dizaine de pauvres diables qui succombaient sous le poids d'un énornne fardeau, et ne passer devant eux, qu'après en avoir demandé et obtenu l'autorisation. C'était, je crois, des carreaux de céramique, que portaient ces mal> heureux, pour daller une des salles du palais,

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