‹ Madagascar et les Hova description, organisation, histoireChapitre 6 sur 105 · HABITATIONS · texte numérisé non relu

HABITATIONS

• Le pays des Vohitsangombeestun paystrùs peuplé, où les villages sont plus beaux qu'en aucun endroit de celte lerre, et les maisons de charpenterie bien bâtie. Ce pays peut fournir plus de

100,000 hommes en un besoin Les Français y ont été à la

guerre pour ceux d*Erindrane qui furent jusqu'au nombre de 10,000 sous 40 Français. »

Ainsi parle notre vieil historien Flacotut au chapitre VI de son grand ouvrage. Depuis bien des choses ont changé. Ët d*abord les maisons ne sont plus c de charpenterie bien bâtie > . Le bois serait trop cher aujourd'hui, puisqu'il faut l'apporter à dos d'hommes de deux ou trois journées de marche, ('ependant, il reste encore quelques-unes de ces vieilles niaisttns ;i Tauaiiarive et dans les anciens villages. Et ellp^: sont parfois rcellcment très belles, les planches droites et «le dimensions escales, unies et superjMJsées (Tune manière symétrique, de tayon à recouvrir tous les joints et former un tout à la fois, élégant, solide et durable. On est vraiment surpris à la vue de ce travail, surtout quand on sonu:e que les llova n'ont que la seule hache pour fendre, préparer et dresser leurs planches.

Aujourd'hui, au lieu de bois, on emploie la terre pétrie, la terre argileuse et rouge du sol de TEmerina et de tout le centre de Madagascar, qui, une fois séchée au soleil, est dure comme de la pierre et résiste indéfiniment. Il faut au bout de quelque temps la tailler au ciseau, si l'on veut, par exemple, percer une ouverture, et vous pouvez voir de tout côté des murs de clôture, ou de vieilles maisons

découvei l«'S, résister, pendant vingt ans et p!us, à tou^ les elTortsdes orages et de la phiie. Et cependant, malgré, ou peut-être à cause de cette nouvelle manière de bâtir, les villages de Tlmorina sont encore aujourd'hui, comme du temps de Fiacourt c plus beaux qu*en aucun autre endroit de cette terre •.

On rencontre, en effet» surtout à. Tananarive, mais aussi dans certaines villes qui Tenvironnent, de ces maisons de terre à deux ou trois étages qui ont réellement bonne mine avec leurs murs rouges en pisé ou en briques S leurs toits en tuiles de même couleur, leurs larges varangues s'étendant au moins sur deux côtés et leur donnant ainsi un certain air d'élégance, leurs enclos et leurs jardins remplis d'une verdure d'autant plus agréable qu'il y en a moins aux alentours. Et elles sont aussi tiès agréables à habiter, pleines de fraîcheur et très saines... si elles étaient pi upres. Évidemment il n'y a pas de parquets; d'épaisses nattes de jonc qui en tiennent lieu, maintiennent à la fois la sécheresse, la fraîcheur et... toutes sortes de saletés. Il n'y a pas de cheniin('es non plus — à quoi serviraient-elles? — et si parfois les riches Hova en font pour imiter les blancs, ce ne sont que de fausses cheminées. Les croisées sont plus petites que les nôtres, mais la lumière est si abondante qu'elles sont toujours assez grandes. La porte est invariablement tournée vers l'ouest. C'est de beaucoup la meilleure exposition, à l'abri des vents plus froids de l'est, mais surtout c'est voulu par la tradition des ancêtres et certains usages superstitieux que nous expliquerons plus tard. Enfin, quoiqu'il puisse y avoir plusieurs pièces, d'habitude il n'y en a qu'une d'habitée, et elle sert en môme temps de salle à manger, de salon et de chambre à coucher. Il n'y a pas, ou il y a très peu de meubles; on s'assied ou, plus exactement, on s'accroupit par terre pendant le jour, et, la nuit, on s'étend sur une petite natte de jonc qui compose le lit de piesque tous les Malgaches.

DES VILLES : ANTANANARIVO

Les villes ont généralement le même aspect, toutes bâties sur le sommet d'une montagne, sans rues, sans symétrie, sans monuments,

l. Le pisé et les tuiles creuses ont été introduites par les missionnaires catholiques.

MADAGASCAR £T LES HOVA

cumplètement ouvertes si elles sont récentes, enlouroes d'énormes fossés si elles sont anciennes. Ces fossés loujouis ;\ sec. aux parois j)er|)endiculaires, larges de cinq à six. nièti-es et d'une prolondriu- l'galc, formaient yiarfois une triple eiK-einte, coiipér ordiiiaii ement par une seule chaussée étroite que fermait une immense pierre ronde, roulant sur elle-même, eotre quatre autres grandes pierres solidement fixées en terre.

Du reste, ces villes ne sont pas nombreuses, et si l'on excepte deux ou trois, AmbohitramaDjaka À l'ouest et Ambohimanarina au nord-ouest qui ont de 15S à 15,000 habitants, et Fenoarivo qui en a un peu moins, les autres, même les villes autrefois célèbres d*Ambohibeloma, d'Arivonimamo, d'Ambohidratrimo et la ville sainte d'Ambobimanga, encore aujourd'hui interdite aux profanes, ne sont que des bourgades. Je ne décrirai donc que Tananarive, ou la capitale, comme on l'appelle là-bas.

C'est une grande ville de 100,000 habitants, très originale et d'aspect fort curieux. Elle est bâtie sur une liaule colline à trois branches, toutes couvertes d'habitations et qui vont , toutes b's trois, s'éteindre dans de> vallées en grande partie plantées de rizières.

De loin, quand on vient de l'ouest, le long de l'Ikopa, elle se présente devant vous comme un immense amphithéâtre pittoresquement étage sur les lianes de ces trois collines que couronnent; visibles de tous les points de l'horizon, le palais de la Reine avec sa grande terrasse et ses hautes arcades, et à 200 mètres de là, k gauche, le palais du premier ministre, que distinguent ses quatre tours carrées et son dôme central. A droite, s'étend le riche quartier malgache bordé par d*abrupts escarpements qui terminent la montagne du côté du sud. A gauche, au contraire, se développent, moins accidentées et plus basses, les deux autres collines, Tune dans la direction ouest-nord-ouest, c*est lit que se trouve le palais de la Résidence française; l'autre continue d'abord vers le nord pour s'iniléchir ensuite vers le nord-ouest : c'est le quartier neuf couvert de belles maisons qui appartienneuL en grande partie aux Anglais.

A mi-cote et au centre de ce grand amphithéâtre, entre vous et les deux palais se trouvent les hAtiments de la Mission calliolique, d'où émergent les deux tours de la cathédrale. Et tout au bas, aux pieds même des bâtiments de la Mission catholique, avec lesquels elle communique par un long escalier en lacets, de construction rudimentaire, s'étend la vaste plaine de Mahamasina où se trouve la pierre sacrée du Couronnement et qui est le Ghamp-de-Mars de la

L'iMLUi-NA

capitale faova. Bordée & l'ouest par de vastes rizières qui la séparent de rikopa, au sud par une colline peu élevée en forme de ballon, large, ravinée et déserte, où sera vraisemblablement la future gare quand il y en aura une à Tananarive, et au nord-ouest par un beau

petit lac au milieu duquel se trouvent l'ilot Nosy et une villa de la lleiiie, et qui la sépare des jardins de la Résidence de France, il lui suffirait de très peu d'améliorations etd'entretieii, quelques allées et quelques arbres, et plus tard, quelques monuments, pour en faire une plaee de tous points remarquable.

Enlln, au sud et à l'est de Tananarive, mais un peu en debnrs. comme pour l'encadrer, vous voyez d'un côté le palais de Radama P% tout en bois et très original avec ses trois pavillons et ses varangues, au centre d*un plateau nivelé, plus étendu encore que la place de Mahamasina; et de l'autre, sur un sommet très élevé (1,403 mètres), les coupoles de TObservatoire d'Ambohidempono, œuvre originale et bien française, entièrement due au zèle et au dévouement de son sympathique et très intelligent directeur, le Père Colin.

Hais vous ne voyez pas une rue. C'est qu'en effet si Ton excepte

«ne première voie, invisible pour vous, qui part du palais de la Reine pour traverser la place in émUière et ravinée d'Andohalo, la place des proclamations, et aijoutir au marclié, tout près de la Résidence de France, voie large mais tortueuse, mal pavée pendant 200 ou 'iOO mètres et couvert' rii^uitc de rochers, coupée de ravines et escarpée comme un sentier de montagnes ; et une autre, sur le revers oriental, plus récente, tracée et construite fort habilement par un ingénieur français, M. Bouts, inachevée et non entretenue, il n'y a pas de rues à Tananarive, mais seulement des sentiers tracés au hasard des besoins, courant sur des rochers, bordant des précipices, avec des gradins et des rampes fantastiques, larges parfois d'un mètre, et même moins. Et partout, dans toutes les directions, affectant toutes les formes et toutes les grandeurs, sans autre uniformité que leur orientation constante vers l'ouest, un amas indescriptible de cases, au milieu desquelles émerge ici et I& une grande et belle maison, une église catholique ou un temple protestant, de vastes surfaces couvertes de rochers ou de ruines de toutes sortes, d'arbres, de cactus, de plantes grimpantes. Telle est Tananarive,

En fait de monument, il n'y a que ceux déjîi cités. Le palais de la Reine fait très bel effet. BAti tout en bois, il y a plus d'un demi-siècle par M. Laborde, c'était un édifice à la fois gracieux

MADAGASCAR ËT L£S UÛVA

et imposant L*archit6cte anglais Gameron le modifia considérablement et le défigura en 1968, en remplaçant les galeries en bois par une triple rangée d'arcades en pierres, plus larges et plus massives. Son aspect est grand, mais lourd. Il menace ruine. Le

palais du premier ministre, l);Ui par l'architecte anglais Pool, est orisrinal ei curieux, mais de goût plus que douteux et fort peu suiide : ainsi une des tours s'écroulait subitement il y a trois ou quatre ans. La catlK'drale catiioiique est de beaucoup la plus belle église de Tananarivc. C'est un édifice h trois nefs, en style gothique, un peu courte, un peu basse, mais .avec une belle façade, de hautes tours, de riches vitraux, solidement construite en granit et qui fait honneur a ses deux architectes, le Frère Gonsalvien et le Père Alph. Taïx, ainsi qu'à l'indomptable énergie du Père Ailloud, qui en a recueilli les fonds. La Résidence française est à peine terminée, mais elle est de tous points remarquable, et il fallait un jeune homme de talent et d'initiative comme son architecte, M. Jully, pour mener une telle entreprise à bonne ûn.

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