‹ Madagascar et les Hova description, organisation, histoireChapitre 7 sur 105 · LES HABITANTS DE LMMERINA · texte numérisé non relu

LES HABITANTS DE LMMERINA

L8CR NOMBRE, LEUR RAGE, LEtR COSTUME

Population. — On pourrait croire l'Imcrina un pays « très peuplé », suivant l'expression de Flacourt. Ce n'est malheureusement pas vrai, et il s'en faut bien qu'il puisse aujourd'hui comme alors c fournir 100,000 hommes en un besoin ». Pourrait-il même en fournir le tiers? Sans doute la population est relativement dense, en particulier aux environs de la capitale, et c'est bien, de tout Madagas^r, la contrée où il y a le plus de vie, de mouvement, de commerce. Tananarive, nous Tavons vu, a plus de 400,000 habitants et de nombreux et grands villages se pressent aux alentours, surtout le long de la vallée de l'ikopa. Mais il y a des plateaux déserts jusqu'aux porter de la ville, et il ne faut pas aller au delà d'une journée de marche, puur voir les villages s'éclairrir, In désert augmenter, le mouvement et la vie diminuer. Et plus loin, ee ^onl d'immenses plat<'aux abandumiés, de perpétuelles landes inhabitées <jui forment les limites indécises de la contrée, il ne serait donc plus vrai de dire

que le pays est • un pays très jn^uplé ». C'est que de cruels événements ont passé surlui : des guerres impitoyables, des massacres épouvantables, rexportation d'un nombre considérable d'esclaves, et, plus tard, l'application du tanghen ou éprouve par In ])oison qui, sous la seule reine Kanavalona[, dans l'espace de trente-trois ans, faisait périr 200,000 personnes*.

Cependant il est impossible de fixer d'une manière précise le nombre total des Hova, car il n'existe ni recensements, ni registres d'aucune sorte, et personne ne connaît le nombre exact des habitants, même d'une seule bourgade. M. Grandidier, les comprenant tous ensemble, aussi bien ceux qui habitent Tlmerina que ceux qui sont répandus au dehors, évalue leur nombre à 1,000,000. Je croîs ce cbilfre beaucoup trop faible aujourd'hui, car depuis la fin des guerres, la suppression de la traite des noirs et l'abolition du tanf/hen, la population s'accroît rapidement. Peut-être ne serait-on pas très loin de la vérité en puilauL ce chiffre à 1,200,000 ou 1,500,000*.

Type hova. — Mais quelle est ceLlc race [tenple riinrrina? Nous n'avons j)as eu «le ditïiculté à y recunnaitre les notes earacléristi([iies de la race malaise, et c'est sûrement aux Malais qu'il faut rattacher les Antimerina. .Mais le problème n'est pas résolu pour cela, et la population de i'Imerina considérée dans son ensemble est aussi mélangée que celle du reste de l'iie. J'y ai vu des hommes de toutes les races et de toutes les couleurs : noirs, blancs, olivâtres, cuivrés, avec toutes les nuances intermédiaires. C'est que, en effet, le Hova s'allie et se mélange facilement, et il y a un peu de sang de toutes les nationalités dans ses veines.

Ainsi, pendant longtemps, beaucoup d'esclaves ont été importés du Mozambique. D'où les traces du type nègre africain parfois déformé, d'autres fois complètement conservé, avec ses cheveux crépus et son front fuyant, surtout dans les classes inférieures. D'autre pari, sans pai lei" des voyageurs et des aventuriers, des ciunmerrants ou des employés blancs qui usent largement de la faeilil»' de i'a]iport avec les femmes mal^jaches, il est presque certain que les Arabes

1. Témoignage du iV re Jouen, cilé par le Père de La Yaissicrc, Ilisloire de Madagascar, 1. 1, p. 34«i.

2. H. Le Myre de Vilers, dans une note manuscrile qu'il a bien voulu me confier, et M. MarLineaii, daos son i\yf6 Bar Madaytixcar en ifi94. donnant le cliilTre de S0m,O(K). I,a dillerenc»^ entro el Tnoi nVsl |ieul-cLre f|n*apparenle, car s'ils ne comprennenl pas les esclaves dans ce nombre de Suij,OUU, mon chiffre serait inférieur au leur, les esclaves étant bien plus nombreux que les hommes libres.

HADAGASCAE ET LES UOVA

et plus tard les soldats de Fhicoiu t péni'trèrent jusque dans ilmerina. s'y tixèrent et y firent soai iie. Enfin les tribus juives qui, d'après Placourt et M. Grandidier, se lixT-rent sur la cote est de Madagascar et exercèrent une si grande influence sur les niuiurs. les usages et les pratiques religieuses ou superstitieuses des populations malgaches, s'inaitrèreut nécessairement jusqu'en Imerina. Car sans cela, comment expliquer ces traces de type juif que Ton a remarquées si caractérisées chez certaines familles hova?

Voilà donc bien des éléments étrangers, nègres africains, Arabes, Européens, Juifs, qu'il faut tout d'abord exclure. Mais cela fait, le problème n'est pas résolu. Il ne reste plus, il est vrai, que les seuls Malgaches. Mais ceux-là encore sont très différents de type et de couleur.

Il y a en effet, le noir malgache fort différent du nègre africain, et qui certainement n'en descend pas, car il a les cheveux lisses, le front plus développé et plus droit, les tiait< plus tins et plus intelliiîents; il y a cette couleur cuivrée, la même que l'on rencontre un jteu partout dans Madagascar; il y a enfin, surtout dans les classes supérieures, le teint olivâtre et tous les traits caractéristiques de la race malaise.

(ù'est cet ensemble si divers et si mélangé que l'on désigne ordinairement sous le nom très impropre de « 110 V.\ ». Tous les auteurs, en effet, qui ont écrit sur Madagascar, à l'exception du seul M. Grandidier, supposent, ou même affirment explicitement, qu'il n'y a qu'une seule race en Imerina, la race conquérante, qui extermina ou chassa complètement du pays les anciens habitants. Et ils expliquent les différences si considérables de type que l'on constate chez ces vainqueurs, ou bien en admettant qu'elles existaient avant la conquête, ou bien en les considérant comme le résultat de leur mélange avec les peuples voisins.

Mais premièrement, ce fait historique d'une race disparaissant complètement devant ses vainqueurs est-il \ i aisemblable?

Dans toute conijuète en effet, à moins de se trouver en face d'une race notoirement inférieure, coninic par exeiiiple les Indiens d'Amérique vis-à-vis de la race saxonne, les vain( us se suiunettent ordinairement au vainqueur, puis se mélangent à lui, et souvent repi ennent peu à peu le dessus et arrivent à le dominer. C'est ce qui est arrivé en Angleterre après la conquête normande, ce qui était arrivé dans notre propre pays après l'invasion franque, et ce que l'on constate également en étudiant les populations si mélangées des Indes, de la Malaisie, de la Chine, d'un peu partout. C'est

l'imerlna

donc vraîsemblablemeot ce qui dut se passer lors de la conquête

de rfmerina.

Et puis, il y a celle muliiplicitt' de races qu'il faut expliquer, rs'ous relrouvcms en eiïet elaiieuient, parmi ceux que l'on est convenu d'appeler les s llova »>, deux races en tout semblables aux habitants des aiitn's pai lies de Madagascar, c'est-h-dire les descendants des Papouas ou Négritos des îles de la Maiaisip. et feux des indonésiens et Polynésiens du même pays; et, en même temps, les dominant ouvertement, juxtaposée, se mêlant irrégulièrement avec elles, mais sans contracter d'alliances légitimes, une troisième race bien différente des deux premières, plus intelligente, plus ambitieuse, avec des godts, des tendances et des aptitudes diverses. Or, il est impossible qu'une différence si tranchée» qu'une séparation si marquée se soit produite après la conquête, bien invraisemblable aussi qu'elle existât auparavant parmi les vainqueurs, tandis que tous les points de contact et de ressemblance, pour nombreux qu'ils soient, que l'on remarque entre ces races, s'ex|»liqiient facilement par une cohabitation de trois siècles, et plus encore par un berceau cuiimun. Car les uns et les autres viennent, jiar des énii,i:ratinn> successives, des îles de la Malaisie. D'où naturelleineiit une langue commune, et bien des usages et des traditions semblables.

Ce n'est pas tout. Comme nous le verrons plus tard, les « Ilova » ont un culte tout particulier pour les anciens habitants de rimerina, les Vazimba, ceux-là même qu'ils auraient vaincus, et puis exterminés et chassés de leur pays. Il y a même une tradition courante parmi eux que ces Yazimba reparaîtront un jour et reconquerront Tlmerina. Ce culte, on tâche de Texpliquer par la crainte qu'ont les vainqueurs que les âmes de leurs victimes ne se vengent en leur envoyant des sorts, des maléfices, toutes sortes de maladies et de malheurs. De là, des prières et des sacrifices, aQn de les apaiser. Mais pour un eiïet si universel, pour un culte si profondément enraciné et si i^éuéral, lu cause est-elle suffisante:* El puis comment admettre que des vainqueurs conservent ainsi soigneusement la tiadilion que Ifurs victimes réparai ti'ont un jour pour les battre et les chasser à leur tour? Tout cela est pour 1»' moins bien invraisemblable. Tout au contraire s'explique naturellement et facilement en admettant une thèse féconde el très simple que M. Urandidier indiquait déjà dans un mémoire publié en 1888, pour le centenaire de la Société philomutique, et qu'il m'a affirmé personnellement être pour lui une certitude.

MADAGASCAR ET LËS UOVA

Suivant lui donc, il y aurait deux peuples bien dillércnls sur le sol de rimerina, les vainqueur» et les vaincus, los Andriana ou les nobles d'aujourd'hui, avec queUiues-unes des tribus hova ou roturière?, qui sont de race malaise, et les descendants des Vazimba do Flacourt, et par suite des Né2:rilos et des Indonésiens. Les premiers arrivés à iMadagascar à une époque relativement récente — il y a huit ou dix siècles tout au plus — furent d'abord honnis et méprisés de tous* Tenus constamment h. l'écart, chassés et traqués par les premiers habitants de Tiie, ils furent obligés de se réfugier dans les montagnes du centre. G^est là que plus tard ils conçurent l'ambition de conquérir Tlmerina et ils y parvinrent enfin après plus de trois siècles de luttes, d'eflbrtSt de revers et de victoires. Beaucoup parmi les vaincus furent massacrés et réduits en esclavage; quelques-uns peut-être s*exilèrent plutôt que de se soumettre; mais un certain nombre, en échange de la vie et de la liberté qu'ils avaient l'espoir de conserver, acceptèrent simplement Je ]0\\^ des vainqueurs. Ce suot leurs descendants qui foi iiK ni -i propronienl parler le gros des Hova d'aujourd'hui. Les euii(]uérants sont les Andriana; et, si Ton veut un iunt j)Our exprimer l'enseniblc des habitants de l'Imerina, on pourra les appeler les Antimeriita, conmie le fait le Catat dans son Voyage à Madagascar^, ou mieux encore les Ambaniandro^ nom sous lequel ils sont connus dans la grande île^.

Kon pas qu'il soit nécessaire de prétendre que les Andriana n'eussent ni esclaves, ni auxiliaires n'appartenant pas à la noblesse. Ils avaient certainement des esclaves dont les descendants existent encore nombreux parmi les esclaves noirs, appelés Tsimandoa, et qui sont les esclaves de la couronne; ils avaient aussi des soldats, et même des tribus entières, d'une condition inférieure qui se mélangèrent davantage aux populations conquises et se fondirent avec elles. Mais il ne me semble pas vrai en aucune manière, que l'Imerina ait été repeuplée par ses vainqueurs, que ses anciens habitants aient coniplètement ilispaiu et que ses habitants actuels appartiennent tous ù une race unique qui est la race Hova.

Il n'y a contre la thèse qui vient d'être exposée que deux difficultés :

1^ ËUe est nouvelle, et elle est implicitement contredite par les

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