LOIS DE
Créature des Indépendants, et ne pouvant résister à leur in* Ouence que soutenaient de nombreux coreligionnaires indigènes recrutés à prix d'argent, le premier ministre s'allia avec eux. Et de cette collaboration étrange, de cette double influence du barbare et des Anglais, des anciennes coutumes hova et de la législation britannique, qu'interprétaient des dissidents fanatiques, sortit un composé hybride, inférieur à plusieurs égards, à l'œuvre législative d'AndrianampoinimerIna.
C'était peut-être habile de la part des Anglais, mais ce sera pour eux ft une honte ineffaçable d'avoir prt^té leur concours h cette œuvre de fraude, de corruption et d'hypocrisie ». comme s'exprime M. Le Myre de Vilers. Les Prédicanls invoquent ]> iir leur (icfense les prétendus services rendus par eux à la cause de l'iiuinanité, et le capitaine Pasûeld Oliver va jusqu'à voir, dans les institutions politiques hova, une image de la Constitution britannique. Pour ■ lui, les nobles deviennent des Lords; lés cbefs du peuple, des Membres de la Chambre des Communes ; le Dictateur se transforme en Premier Ministre et Ranavalona II devient la sœur de la Très Gracieuse Reine Victoria.
Tout cela est-il dit sérieusement?
En tout cas, on saura déjà ce qu'il faut en penser, si l'on se
rappelle ce qui a été dit sur le pouvoir. — On le verra mieux encore dans l'analyse rapide que nous allons faire de cette léiçislation de 1808.
Je cite encore M. Le Myre de Vilers.
« Sous Tancienne législation, dit*il, la tentative de rébellion contre le souverain était punie de mort; avec la loi de i8()8 (art. l**") qui énumère les douze grands crimes entraînant la peine capitale, le commencement d'exécution n'est plus nécessaire, Fintention suffit
1. Voici cet article tel qu'il est reproduit dans le Code de 1881 :
« Les douze grands crimes, emportant la peine capitale et la confiscation des biens, sans distinciion de sexe :
« 1" Préparer des poisons avec intention de donner la mort à la Reine.
a Faire partie des sujets OU rebelles avec iatention do provoquer ou encourager la rébellion.
« 30 Organisation de complots pour éditer à la réTolte.
DE LA LKUiSIiATiOK
ÎN'on seulement les biens réels du coupable seront conlisqués, mais encore ceux qu'il aurait vendus, antérieurement à son crimo. La femme et les enfants ne seront plus faits esclaves — peine assez douce, car ils étaient rachetés par leur famille — mais, s'ils ont eu connaissance du crime de leur époux et de leur père, à défaut de dénonciation faite par eux, ils seront condamnés aux fers à perpétuité. C'est la délation obligatoire au sein même de la famille et le crime de complicité involontaire.
Même peine par l'article 3 pour n'importe quelle autre personne» alliée ou étrangère, esclave ou libre, qui ne dénoncerait pas ce ' crime, si elle en a connaissance. Article épouvantable qui fit con> damner d'innombrables innocents.
Ces mesures draconiennes ne suffisent pas, il faut que les sujets puissent être atteints par des dénonciations vagues. D'après l'article 10. (quiconque aura transgressé les lois d'Andrianampoinimerina sera condamné aux fers à perpétuité.
Garder de la poudre devient un crime de haute trahison puni de vingt ans de fers (art. 21). S'al)stenir dans une Assemblée de donner son avis» entraîne cinq ans de fers (art. 31). Ne pas approuver les décisions prises, dix ans de fers (art. M), etc., etc.
Il y a loin de là au régime parlementaire découvert par le capitaine Oliver.
J'accorde volontiers, cependant, que l'interdiction par l'article 9 de l'importation, des Mozambiques et de l'exportation des esclaves malgaches est un progrès réel, un acheminement vers la suppression de l'esclavage.
Quant h l'esclavage intérieur il a été plutôt aggravé, en perdant
en partie son caractère domestique. li'esclavage pour dettes est supprimé, ce qui est aussi uu progrès, mais le débiteur insolvable reste en pnsou jusqu à parfait paiement.
.ce 4« Provoquer la rébellion.
« 50 Exciter les esprits & la rébellion.
« &^ Désigner un usurpateur aux rebelles.
m 7" (Calomnier le gouveraemeut de Sa Majesté, avec inleation de provoquer la révolle.
« 8" Intention d*honiicîde pour provoquer la révolte.
ce O^" Violation des palais du Gouvernement, avec intention de provoquer
larévoîte.
» 10^ Fabrication de poif-'ndrds [)our servira la révolte.
« li^ Se laisser conompre par de:^ présents, aliu d'aider à la revoile.
« 12» Assassinat.
« Tels sont les douze crimes capitaux, et quiconque en conimellrait un^ sera puni de niorl ol ses biens confisqués, même s'ils ivaienl passé en d'autres mains. » (Ed. Tachi, Taaauarive, litô4.)
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MADAaA;!>CAIi £T LES UOVA
Le vol, qui jadis était rare en îmerinat est devenu fréquent par suite des nouveaux besoins introduits par le contact avec les étrangers, et plus particulièrement, par plusieurs innovations des missionnaires protestants, par exemple Tusage imposé aux pauvres du lamba de coton d'importation étrangère, et, plus tard, l'usage, qui ne put prendre, pour les riches, de s'habiller à l'européenne. La nation s'est démoralisée et a dû recourir aux fraudes; il a doM fallu édicter les peines les plus ^sévères contre le vol, les fausses mesures ou poids différents « pour la vente et pour Tachât »» la fausse monnaie, etc., de même pour la concussion, la prévarication, le faux témoignage.
Par les articles 81 et 82, il est porté gravement atteinte aux droits des seigneurs féodaux. Celui qui gouverne mal son fief sera déchu et ses sujets deviendront de menakeiy, vassaux, menabef c'est-u-dirt' sujets de Ui Reine.
La vente et l'hypothèque du lief sont défendues. Le seigneur devient donc simple usufruitier, simple fonctionnaire de la couronne et toujours soumis à révocation. C'est une réforme identique à eelle qu'accomplirent nos rois au grand profit du peuple, mais avec celte différence essentielle, que nos rois représentaient en France la patrie «'t le peuple, tandis qu'à Madagascar le premier ministre n'a d'autre souci que les intérêts de son parti et la conservation du pouvoir. La suppression des menakely^ qui n'existent guère plus que de nom, a donc eu pour conséquence de supprimer le dernier obstacle à la tyrannie.
Telles sont, rapidement analysées, les lois de 1868. Maintenant quel fut leur résultat?
Voici h ce propos la conclusion de M. Le Myre de Villers.
« Désormais toute l'aulurilé sera aux mains d'un seid. Mais llaiiiilaiarivuu V ii<: pourra pas se 80u>traire à l'intluence croissante *des l'nMlicants qui, exploitant les fautes de noti e politi(jiie, à la fois fail)le et violente, tiniront par s'emparer de tous les services : cultes, instruction, armée, poIili(iue extérieure, législation, presse, commerce. Pendant vingt ans, Madagascar sera aux mains de la London Missionary Society, qui éloignera les Euroi»éens, fera le vide, arrêtera le développement de la civilisation et ruinera le pays, au profit de TAngleterre. »
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DE LÀ LÉGISLATIOK