‹ Madagascar et les Hova description, organisation, histoireChapitre 68 sur 105 · Le Uyre de Vilers, noie manuscrite · texte numérisé non relu

Le Uyre de Vilers, noie manuscrite

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espace de 2 mètres de long à peu près sur 1 mètre de large. Ces petits coniparlimcnts, séparés par des planches hautes de O^^IO sont disposés en ligne les uns h la suite des autres, de chaque coté d'une étroite allée centrale. £t c'est dans cet espace si limité que le prisonnier, doit vivre avec sa femme et ses enfants, car ils demeurent avec lui dans sa prison» faire cuire son riz» manger, dormir, etc. Rien n'égale, en vérité , l'horrible de ce spectacle si vous entrez dans ce bouge infect, rempli d*ordure et de vermine quand, par exemple, les malheureux préparent leur maigre repas et que des feux sont allumés dans chaque compartiment, la fumée remplissant toute la salle, et des figures parfois très peu sympathiques, souvent hâves et défaites, se détachant dans cette demi-obscurité, au milieu du cliquetis des fers.

Car le gouvernement hova ne nourrit pas ses prisonniers. Mais en revanche, une fois qu'ils ont été condamnés, il les met aux fers.

Cette peine des fers, dont il est si souvent fait mention dans le Code malgache pour 5, pour 10 ans, pour la vie entière, est à la fois infamante et très pénible. Un collier de fer est rivé au cou du malheureux, deux autres au bas de la jambe, au-dessus des chevilles. Une barre de fer part du premier, se divise en deux vers la ceinture, chaque partie s'articulant aux genoux et venant s'attacher aux anneaux des jambes. Ces fers sont très lourds,, et le condamné les traînera jusqu'à expiration de sa peine. Evidemment, il a dù en payer le prix, et largement, afin que le forgeron soit moins brutal; il devra payer aussi ses i^ardiens, afin de pouvoir envelopper les anneaux d'un chill'on, ou pour toute autre petite faveur.

Ainsi ferré, il peut sortir en ville ou dans la campagne, chercher du travail, ou mendier de qudi ne pas mourir de iaim; et c'est très souvent que vous en rencontrez par les chemins de ces malheureux, avec leurs jambes écartées, leur démarche lourde et traînante, et surtout lebruitde leurs fers qu'ils tâchent parfois, mais vainement, de dissimuler sous leurs lamba. On ne leur demande qu'une chose, c'est de rentrer pour la nuit.

Les membres de la famille royale et les seigneurs féodaux ne portent pas de fer. On les attache avec des cordes.

Les détenus de la prison préventive n'ont pas de fers, mais ils ne peuvent sortir et, eux non plus, ne sont pas nourris par le gouvernement; ils sont par conséquent laissés à la charge de leurs parents ou de leurs amis. Et ils restent ainsi longtemps, paiiuis des muis, ou même des années, sans que leur cause soit jugée. Or, ils ne sont pas rares ceux qui sont innocents.

MADAGASCAR ET LIS HOTA

Les innocents ne manquent pas noaplus à la prison d'arréi. D'abord, il y a la femme et les enfants, qui n'ont pas les fers, mais qui doivent vivre de cette triste vie. C'est aiasi que je me rappelle iioe femme d'une excellente famille, paraissant intelligente et bonne, jeune encore, et dont une grande partie de la vie se passera dans la prison, parce que son mari était accusé de je ne sais quelle faute. Seuls, le divorce ou l'abandon eussent pu la délivrer, mais elle était catholique et ne vonfalt pas délaisser un époux malheureux.

Il n'existe pas de maison de force pour les soldats, qui sont soumis au régime des autres condamnés. De même pour les femmes, qui portent les fers absolument comme les hommes et vivent dans la môme prison, où elles sont assez nombreuses.

Outre cette prison ou maison d'arrêt, le gouvernement possède encore deux établissements industriels dont la main-d'œuvre est fournie par les condamnés, les fours à chaux d'Autsirabe, dans TAnkaratra, et les sucreries de Mabasoa près de Tamatave, qui ont l'une et Tautre une administration séparée et appartiennent au premier ministre. Ces dernières peines sont fort redoutées des Hova, très attachés au sol natal et qui veulent à tout prix y mourir.

Enfin ajoutez & cela Fexil. Il y en a dé deux sortes : l'exil déguisé, qui consiste à envoyer quelqu'un, dont on est mécontent, ou dont, on a intérêt à se débarrasser, loin de la capitale et de ses amis, dans un point insalubre <le la côte. On emploie toujours le prétexta d'une mi.s.si*)H quel -oni [uc, mais personne ne s'y trompe et la lièvre fera vite son n uvre; sinon, un tsùnandoa, ou envoj'é de l.i Reine, lui apportera du poison, que le malheureux devra boire de lui-même, sous peine de se voir couper la gorge. D'autrefois, mais rarement, d'ordinaire pour conspiration, le coupable est enfermé dans un rova, à la charge et sous la responsabilité du gouverneur. C'est ainsi que le fils du premier ministre, Rajoelina, et l'ancien ministre des Affaires étrangères, furent envoyés à Ambositra. Ce dernier vient d'y mourir.

A Tananarive, c'est le maire de la ville ou préfet de police, qui est chargé de l'administration des prisons. Les gardiens en sont choisis dans toutes les castes, principalement parmi les Ilova et les noirs, esclaves de la Reine. On a trouvé un bon moyen de s'assurer de leur fidélité, c'est de les rendre al)soliinient responsables de 11 ui s prisonniers. « Le gardien d'un condamné, porte en effet l'article 137 du Code, qui le laissera s'évader, subira la même peine que le prisonnier évadé, jusqu'à ce que celui-ci soit repris ». Cela ne veut pas dire que personne ne s'évade; il suflit d'avoir et

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