‹ Madagascar et les Hova description, organisation, histoireChapitre 70 sur 105 · DE LA PROPRIÉTÉ · texte numérisé non relu

DE LA PROPRIÉTÉ

La question de la propriété offre trop d'actualit»' aujourd'hui et, h bon droit, préoccupe trop les esprits pour que je puisse, au cours de cette étude, la passer eotièrement sous silence.

J)u reste, étudiée dans un pays si différent du nôtre, où régnent des habitudes, des coutumes^ des besoins, étrangers à ce que nous voyons autour de nous, cette question pourra nous intéresser et nous offrir quelque aperçu nouveau.

Les Malgaches en général — j'ai déjà eu bien souvent l'occasion de le dire — ne sont pas riches ; et cela est également vrai des plus puissants, des plus industrieux, des plus commerçants d'entre eux : des Hova. Quelques rares familles font (^xcepLiuii, celles qui détiennent le pouvoir, par lequel on s'enricliiL toujours, et celles de la caste des Ambohinialaza, qui s'adonnent exclusivement au commerce et y réussissent admirablement.

Les autres ne possèdent pas grand'chose, une case, un Jjoul de rizière, un petit champ de manioc, c'est à peu près tout.

Il est rare cependant de rencontrer, au moins dans la campagne, une famille n'ayant absolument rien, pas même un tout petit champ de riz.

En tous cas la question, si effrayante pour nos vieilles sociétés, du paupérisme, n'existe pas là-bas; etje ne pense pas que, dans les circonstancef? ordinaires, vous puissiez trouver une seule personne

uiourauL de faim.

Gela tient à la inodeslie de leurs beboius, à leur lésignalion native, à la muilipiicité des ressources de ce pays si étendu poui

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une population si peu nombreuse» et aussi à leur esprit de solidarité et de charité naturels. Un Malgache, en effet, vit à peu près de rien,

au besoin s'habille de n^importe quelles nippes. S'il ne peut travailler il trouvera toujours dans sa fainille, ou dans sa caste, ou dans son villaixe. un trou pour l'abriter et une patate ou une poignt^e de riz puur le nourrir; c'est tout ce qu'il lui faut. La mendicité n'est pas encore interdite dans ce pays neuf et, si l'on donne peu à la fois, on est toujours prêt à donner quelque chose. S'il peut travailler, au contraire, il y aura partout un bout de terrain à défricher, et il y récoltera ce qui lui est indispensable pour sa subsistance et celle de sa famille. Il n'y a de réellement malheureux que les lépreux, les varioleux et les autres malades, qu'une loi inexorable rejette de la société; et même ceux-là, tant qu'ils peuvent se remuer, ils trouveront d'habitude de quoi ne pas mourir de faim.

Quant à ceux qui possèdent, Icui' richesse ne consiste pas ordinairement en argent, et nombreuses sont les personnes, môuie parmi les Hova, qui jamais de leur vie n'ont eu une piastre à la fois.

Dans une de ses conférences M. JuUy parlait même de certain village où tout le monde réuni ne posséderait pas cinq francs, tellement le numéraire est rare à Madagascar.

La richesse ne consiste pas non plus en vastes étendues territoriales et la grande propriété y est inconnue. Chacun possède les champs qu'il peut cultiver, ou faire cultiver par ses esclaves, et il en reste à côté abondamment pour tous les autres.

Les vraies possessions des riches Hova sont plutôt les esclaves et les troupeaux de bœufs. Les premiers se comptent parfois par centaines et les seconds par milliers.

C'est premièrement cette considération, comme nous avons déjà eu occasion de le remarquer, qui rend la quesf inn l'esclavage très délicate et qui en rend l'abolition, pour le moment du moins, impossible.

Nous n'avons pas besoin d'y revenir ici. Notons seulement que l'esclave appartient réellement à un mettre et fait partie de sa propriété, que son maître peut le vendre, Tacheter, l'échanger avec beaucoup plus de facilité que son champ, absolument comme son bœuf, sans limitation de caste ou de tribu.

II n'en est pas de même de la propriété foncière.

Celle-là, en effet, n'est possédée, et on ne peut en disposer^ que sous de multiples restrictions.

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