‹ Madagascar et les Hova description, organisation, histoireChapitre 74 sur 105 · DR LA PROPRIÉTÉ · texte numérisé non relu

DR LA PROPRIÉTÉ

locales. Car d'ordinaire, le prix de ces locations, payé une fois pour toutes au commencement du bail, était relativement faible. Ainsi M. Rigault donnait 8,000 francs pour 300 hectares de terrain et pour trente ans.

Hais il ne devait pas en être ainsi. On obtenait assez facilement une maison pour laquelle il s'agit d'une convention annuelle, et où une simple conveiilion verbale siiflit.

Dans quelques circonstances particulières on a obtenu quelques lorrains à l'intérieur, plus facilement sur les côtes et dans les provinces éloignées où les influences locales sont plus accessibles et plus faciles à acheter, à condition toutefois que la durée de ces baux soit relativement courte; mais, en dehors de là, il est impossible de louer aucun terrain.

Au sein de la môme commission, interrogé par M. de Lanessan < à quelles formalités seront soumis les contrats de baux? Serontils soumis à la ratification de la Reine? » M. de Freycinet, avec son optimisme de commande et une ignorance complète du caractère et des institutions malgaches, répondait imperturbablement : < Nous n'admettons pas que le gouvernement hova intervienne entre les parties »

11 ne l'admettait pas î Qno faisait-il donc de cette phrase du traité « les baux seront passés devant le Résident et Ips magistrats du paya >, ou bien ignorait-il qu'a Madagascar, les magistrats c'est le gouvernement? ou tout au moins qu'aucun magistrat subalterne ne fera jamais rien, ne signera jamais un acte, n'enregistrera jamais un bail, que du consentement du pouvoir central ? £n tout il intervint et son intervention fut toute-puissante. Vous ne trouverez pas, en effet, un seul Malgache qui consente II vous louer son terrain pour une exploitation quelconque, si le gouvernement central s'y oppose. Vous pourrez entrer en pourparlers avec lui, vous entendre pour les conditions, avoir sa promesse et prendre jour pour passer l'acte authentique de bail. Si le gouvernement ne le désire pas, il sera toujours averti h tciups et toujours il fera échouer la négociation; non pas par un refus de sa part, il est trop avisé pour cela, mais en obligeant la partie contractante à se désister. II y aura de nouvelles exigences, des diflicullés imprévues, des oppositions inattendues, la présence d'un tombeau, un procès suscité à votre homme à propos du terrain en question, ou bien qu'il se suscitera lui-même. Bref il se dérobera au besoin, et vous, vous n'aboutirez pas.

J'ai connu un homme qui a attendu pendant des années pour

KÂDAGASGAR ET LB8 HOTA

fain' enrno-isti'er flevaiit les magislrats liova la location d'un terrain (le moins d'un hectare, d(^jà enregistn'' à la Résidence française ; et, maigre toutes les influences et despromesses si habilement données qu'il espérait toujours, il n'y est pas parvenu.

C'est là, à quelques exceptions près, pour les maisons par exemple que l'on peut assez facilement louer, ou même pour des propriétés dans quelques provinces éloignées où les influences locales sont plus accessibles, la règle générale, et depuis 1890 la règle quasi inflexible. En sorte que l'article 6 du traité du 17 septembre 1885 a été complètement illusoire et que, si nous avons 1^ droit de faire des baux cmphythéotiques, les Malgaches n'ont pas le pouvoir d'y consentir. Plus que jamais Madagascar est fermé à toute entreprise friinçaise.

C'est \h un fait capital, sur lequel, me '^etnl)Ie-t-il, on n'a pas assez insisté, et Ton ne saurait assez remercier M. de Lamarzelle de l'avoir mis en pleine lumière à la tribune du Sénat. Le gouvernement ne jugea pas à propos en ce moment de s'engager a fond, mais je crois savoir qu'il est décidé à exiger purement et simplement pour nos nationaux le droit de propriété. Qu'il le fasse énergiquement, qu'il fasse abroger la fameuse loi de 1885 et qu'il nous soit loisible d'acheter un terrain quelconque à Madagascar, comme il est permis à un Malgache d'acheter, s'il le veut, un hôtel au centre de Paris. C'est là une condition sine gua non de colonisation.

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