Vingt am à Madagascar^ p
MADAGASCAR ET LES HO^TA
province que nous habitons aujourd'hui. C'était une peuplade grossière, ignorante et pauvre.; elle ne savait pas travailler le fer, et ce fut là la principale cause de son infériorité dans les guerres qu'elle eut à soutenir contre nos premiers rois. Les sampy des Vazimba étaient bien puiftsants, mais les nôtres le furent encore davantage. Les Vaziniba toent défaits en plusieurs ren~ contres... >
La tradition hova mentionne sept souverains vazimba, puis treize souverains hova jusqu'à Andrianampoinimerina, lequel monta sur le trône en 4787. En donnant à chaeiitt une moyenne de
vingt ans de règne, on arrive à l'année i330, qui marquerait ainsi le commencement de la puissance hova.
Les deux premiers de ces souverains, deux reines, Uafohy ^la courte^ et Rangita, régnèrent sur un petit village, Merimanjaka, et trois ou quatre hameaux environnants. Rien ne pouvait être plus modeste. C'était cependant de ce nom de Merimanjaka que devait sortir celui d'imerina (Merina Manjaka — royaume de Marina ou dlmerina).
Les funérailles de Rafohy présentèrent quelque cho8e de mys* térieux et Ihreot l'origine d'une pratique fidèlement suivie depuis et qui en a perpétué le souvenir. Son corps fut placé dans une pirogue que recouvrit une seconde pirogue renversée, et jeté ainsi au fond d'un petit lac voisin dont les eaux devinrent aussitôt sacrées, c Depuis lors, raconte le Père de La Vaissière, elles recèlent la destinée des rois de l'Tmenna qui ne manquent pas d'ordonner à leur avènement au trùne, d'oiïrir des sacrifices à leur aïeule ou à son génie, sur les huids de cet étan^ sacré. T/est là qu'on vint dans la suite puiser l'eau où le souverain devait se baigner au jour de la félr du Bain^ alin de renouveler la jeunesse et la vigueur de son destm. >
C'est le tils et successeur de Rangita, Andriamanelo, qui le premier commença l'agrandissement du petit royaume de Merina, en y ajoutant les États de sa femme, la ville d'Ambohitrabihy, située à quatre lieues au nord d'Alasora, sa nouvelle capitale. Mais surtout c'est lui qui introduisit parmi ses sujets les haches en fer, les sagaies, les pirogues creusées dans des troncs d^arbres, la circoncision, le sikidy et les diverses superstitions depuis longtemps en usage sur la côte orientale de Madagascar. Enfin il lut le père de Ralambo ou le sanglier ainsi nommé parce que , au moment de sa naissance, un sanglier passa près de la demeure de sa mèi'e et fut tué dans les fossés du village.
FORMATIOIV DB L'BMPIBB HOVA
RALAMBO
Ralambo, qui régna vers la fin du xvi* siècle, est le premier dont les institutions ont laissé une empreinte permanente sur les mœurs des Hova, et dont les conquêtes ont rraiment commencé la grandeur
de leur empire.
Ses premières innovations furent cependant néfastes.
Ce fut lui en etîet qui, s'il n'introduisit pas, au moins sanctionna par son exemple, l'usage de la polygamie. Voici à q^uelle occasion :
c Un serviteur de Ralambo aperçut un jour cinq jeunes filles, recueillant dans la vallée à l'ouest d'Ambohitrabiby, sa nouvelle capitale, des herbes potagères. L'une d'elles était la princesse Rafotsimarobavina, remarquable par sa beauté. Il en avertit son maître qui lui ordonna aussitôt d'aller lui demander d*ètre sa seconde épouse. — c Jeune fille, dit l'envoyé, mon maître m'envoie c vous prendre pour sa seconde épouse. — Quel est votre maître? c demanda la princesse. — Mon maître est le roi Ralambo, f répondit le serviteur. — Si votre maître est roi, reprit-elle, et c moi aussi je suis reine, • et elle continua & ramasser ses herbes. Trois fois le serviteur revint à la charge, et trois fois il obtint k; même refus. — t Retourne une quatrième fois, lui dit enfin € Ralambo, et enlève-la ». Le serviteur obéit. « Eh! quoi, s'écria c Rafotsimarobavina, j'ai mon pèrp et ma mère, et vous ne voulez « pas que je les avertisse de l'olTre qui m'est faite! Permettez-moi c de les informer de la volonté du roi votre maître, et tout sera c alors réglé convenablement. »
Ainsi fut fait.
Ralambo fit alors part de son intention à sa première femme. « Je veux épouser Rafotsimarobavina, lui dit-il, et je t'en avertis. » J'applaudis à tes volontés, » répondit-elle.
II faut avouer qu'elle était de bonne composition.
Mais la polygamie prenait ainsi malheureusement droit de cité parmi les Hova. L'exemple de Ralambo, en effet, ne fut pas perdu, comme tous les exemples qui favorisent les mauvaises passions. Bientôt ses successeurs eurent jusqu'à douze femmes à la fois, et plusieurs de ses sujets jusqu'à sept.
Ce fut également lui qui reçut des tribus de Test, comme
MADAGASCAR BT LBS UOVA
nous l'avons déjà «lit, cl ]m op igea le culle des Sampy, apportant ainsi le désordre dans les croyances monothéistes de son peuple, par rintroduction de Tidolàtrie, comme il l'avait apporté dans leurs mœurs par la polygamie. Y croyait-il? Peut-être non, mais il y vit un moyen d'assurer son autorité, en la mettant sous la protection de divinités qui lui appartiendraient et seraient à ses ordres» et il s'en empara avec empressement. C'était politique, sinon moral; et il est certain qu'il en tira un habile parti dans les guerres contre ses ennemis qu*il vainquit successivement : les Vazimba d'abord ou même les Sakalaves qui s'enfuirent épouvantés et miraculeusement vaincus par l'idole Eelimalaza; ses voisins du bord de l'Ikopa qu'il mit en fuite en tirant de la main gauche un seul coup de fusil — jamais ces pauvres indigènes n'avaient entendu rien de pareil — ; un puissant roi vazimba, qu'il attira traîtreusement hors de sa capitale sous prétexte d'un combat singulier et qu'il fit assassiner dans une embuscade; les Antsihanaka qui vinrent l'attaquer jusque dans sa capitale Ambohitrabiby, mais périrent tous dans les fossés de la ville que Ralambo, sur le conseil de son fils Andrianjalca, avait fait remplir de boue» de son et de cendres enflammées.
Et c'est ainsi que les limites de son empire s'étendirent bien au delà des petits domaines paternels.
Mais deux créations surtout rendirent son nom populaire : la hiérarchie qu'il établit parmi la noblesse et l'institution de la féte du Bain ou fandroana.
Il avait deux flis, Andriantompokoindrindra, l'alné, seigneur d'Ambohimalalaza et qui aurait dû être son héritier, si sa passion pour le jeu et son insouciance û, accourir au secours de son père attaqué par les Antsihanaka ne l'avaient rendu indigne de rps^ner, et le second AndrianjRka qui Un succéda. liCS enfants du premi^Mconstituèrent \<\ iii eiinere caste ; ceux de deux autres seigneurs ses parents. In seconde et la troisième: enfin ses propres descendants par Andrianjaka la quatrième caste, celle des Zanadralambo (ou fils de Haiambo). Deux nouvelles castes furent établies plus tard qui prirent rang avant les quatre castes de Ralambo, et constituèrent aussi avec les ZanalLandriana, la noblesse de l'Imerina.
Voici comment, suivant la légende, fut établi le Fandroana,
Les Hova, ou bien ne connaissaient pas encore les bœufs, ou bien peut-être n'en mangeaient pas la viande. Or, voici qu'un jour Ralambo, entouré de ses officiers, rencontra, en se promenant dans la campagne, un bœuf si gras, qu'il était littéralement suffoqué par
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la graisse. Il le fit immoler, et la chair de la victime, placée sur des charbons ardents, exhala bientôt une odeur si délicieuse cl eut uii ^oùt si exquis, qu iud on voulut la manger, que le roi proclama solennellement la viande de bœuf propre h la nourriture du peuple.
Pour célébrer sa découverle. il fit un grand festin, où il fit tuer et distribuer aux. convives un grand nonibi-c de bœufs, préalablement engraissés avec soin. Tout le monde en mangeait avec délices; mais personne ne touchait à la culotte. Ce que voyant, Ralambo en demanda la raison. On sourit sans lui répondre. Ët lui alors : < Cette part que vous dédaignez, dit-il, sera la part royale. Je me la réserve, sous peine de mort, dans tous les bœufs qui seront tués désormais. Je veux de plus que chaque année, au premier jour de Fan, anniversaire de ma naissance, après que je me serais baigné, tout le monde mange de la viande de bœuf. >
Triple prescription observée avec soin jusqu'à ce jour. Faut-il en voir l'origine dans cette légende? Faut-il chercher ailleurs? Peu importe. Toujours e>t-il que les Hova l'attribuent à Ralambo.