‹ Madagascar et les Hova description, organisation, histoireChapitre 81 sur 105 · II · texte numérisé non relu

II

ANDRiANJAKA

A Ralambo succéda son second iils Andrianjaka, celui-là même qui l'avait si efticacement secouru dans ses guerres et aidé dans ses besoins, tandis que son frère aîné, Andriantompokoindrinda — qui sera seigneur tout à fait — ne songeait qu'à jouer au fanarana. Par deux fois, son père l'avait envoyé chercher à Ambohimalaza, afin de Taider à défendre son royaume; toujours on Tavait trouvé occupé à son jeu favori, et aux plus pressantes instances : < Avec ces trois graines j'en prendrai cinq, > avait-il répondu, et ii avait continué à jouer. Il y perdit la couronne, car, pour le punir, son père le déshérita au prolit de son puiiié. '

Andnanjalva monta sur le troue au commencement du dixseplième siècle. Ce fntpIutAt un prince paciticpie. et (•ef)endant ce fut lui qui ajouta aux Etats de ses ancèlres la plus belle de toutes les possessions, celle de la capitale actuelle de l'Imerina.

.Jusque-là les rois hova avaient presque continuellement changé de résidence. Merimanjaka, Alasora, Ambohitrabiby, avaient été successivement le siège de leur pouvoir grandissant. A leur insu peut-être, ils s'acheminaient ainsi vers une ville plus importante,

mieux située et qui ne serait plus abandonnée, une fois conquise, Antananarivo^ connue alors sous le nom dWnamalarKja.

Bâtie sur une montagne isolée qui domijiait fièrement toutes les montagnes d'alentour, entourée de marais qui en l'aisaienL une espèce d'îlot presque inaccessible, et, un peu plus loin, des eaux de l'ikopaqui l'enserrent dans un demi-cercle concentrique, Anamalanga était bien faite pour tenter l'ambition des Hova. Le grandpère d'Andrianjaka l'avait déjà soumise une première fois. Mais, soit abandon, soit revers, ou toute autre cause inconnue, les Vazimba en demeuraient encore les habitants, les possesseurs et les maîtres. Ândriangaka se résolut donc à s'en emparer de non* veau, et il vint & cet effet camper, aux pieds de la ville. C'en fut assez. Les Vazimba se soumirent sans résistance.

Le vainqueur pénétra avec ses hommes jusqu'au sommet de la colline, en fit couper les arbres et y bâtît sa demeure, t Je veux installer, lu, près de moi, s'ccria-t-il, une colonie de raille hommes. > Alors les anciens habitants, spontanément oupar furce, abandonnèrent, au moins en grand nombre, la place, et Analamanga perdit son nom pour s'appeler désormais Tanana-arivo, mille mains ou mille guerriers.

Ce fut là la seule expédition d'Andrianjaka. Dorénavant il consacrera son temps à poursuivre la construction des digues de rikopa, commencées déjà par ses prédécesseurs. Du reste cinqu a nte fusils et trois barils de poudre qu'il avait pu se procurer, probablement par des échanges avec les habitants de Hatitanana, lui donnèrent, aux yeux de ses voisins, une supériorité incontestable. Il mourut entouré du respect et de Tamour de ses sujets, qui le regrettèrent et le pleurèrent davantage qu'ils n'avaient pleuré les rois ses ancêtres, et il semble que c'est à son sujet que furent établies les prescriptions si curieuses du deuil public usitées en Imerina à la mort de chaque souvei-aiu. Son tombeau, encore conservé, est le premier des sept tombeaux que l'on voit au Rova.

ANDRIAMA8INAVALONA ET UN SIÈCLE D'ANARCHIE

Les deux successeurs immédiats d'Andrianjaka continuèrent ses travaux d'endiguement. Mais nous ne savons rien sur leur compte. Arrivons donc aussitôt au règne à* Andrianutsina'oalona on le •Saint-Supérieur.

POHMATION DK L'bHPIBB HOVA

A peu près au milieu du xvii* siècle, Razâkatsitakatrandriaaa» le petit-fits d'Andrianjaka, s'aliéna tout de suite par sa dureté» son ëgoïsme, sa cruauté et son obstination, une partie de sa noblesse, qui se révolta et le chassa du trône, an profil de son frère Andria^ masinavalona. Cette révolution s'accomplit du reste sans effusion de sang et d'une manière assez originale.

A la téte des révoltés se trouvait le t sage Andriamampandry i qui, après avoir consulté le peuple dans un kabary solennel sur le changement de souverain, et s'être assuré de son assentiment, se charij^ea lui-même de l'exécution. Prenant donc un de ses amis, qu'il charirea de lancer contre le cruel monarque les plus liorrihles imprécatiuus et de s'enfuir aussitôt, il monta avec lui au palais. Alors coninie aujourd'hui, plus encore qu'aujourd'hui, les llova craignaient, plus que tout au monde, les malédictions et les imprécations. Le roi donc pâlit et trembla de tous ses membres en entendant celles proférées contre lui, tellement elles étaient épouvantables.

c Sire, dit Andriamampandry, Tinsolent qui a osé vous maudire a encore augmenté la force de ses malédictions en secouant dans sa fuite son lamba contre vous. Laissez-moi interroger le sort afin de connaître ce qu*il convient de faire, pour échapper aux maux dont on vous a menacé. » Le sort consulté répondit que le roi devait aussitôt quitter son palais et se retirer dans une maison plus au nord. Ce qu'il lit. Une nouvelle demande amena la même réponse. Le roi devait toujours aller plus au nord. Il obéissait toujours. Mais eu attendant, le peuple devenu libre par son départ, se révoltait et acclamait son frère qui s'installait à sa place dans son palais. En vain Razakatsitakatrandrîana désabusé s'enfuit-il frémissant de colère chez les Sakalaves pour les soulever en sa faveur; il ne put rien obtenir, et il dut lui-même à la fin se soumettre à celui qui l'avait supplanté et que tout le monde commençait à aimer pour sa douceur et son équité.

Cette douceur et cet esprit d'équité, en même temps que la réputation de bonheur dont jouissaient ses siyets sous sa paternelle administration, firent plus que des batailles pour Tagrandissement de ses États. Les vieux récits racontent en effet que certains chefs des montagnes de l'Angavo à l'est, et de l'Imamo à l'ouest, gtt^nés par cette bonne renommée, se déclarèrent spontanément ses vassaux et Andriamasinavalona se vit bientôt maître d'un État double de celui qu'il avait reçu en héritage*.

Page 1