Vingt ans à Madayascary p
MADAGASCAR ET L£S HOVA
Une terri bl<' lamiiie de sept ans montra à quel point il était populaire auprès de s. ^ voisins et augmenta encore l'alTection de ses sujets. Les chefs des tribus environnantes lui envoyèrent en effet des vivres en abondance, et son peuple, enthousiasmé par sa sage bonté, et instruit par cette dure expérience, se mit avec plus d'entraia et d'énergie que jamais h reprendre» sur de nouvelles bases, le grand œuvre de Tendignement de FIlEOpa» afin de se créer de nouvelles rizières.
Mais s'il fut un roi sage, Andriamasinavalona fut un homme dissolu et un père d'une faiblesse excessive. U eut jusqu'à douze femmes k la fois, achevant ainsi par son exemple, de ruiner les mœurs de son peuple. Des huit enfants qu'il eut de ces nombreuses épouses, quatre constituèrent la seconde classe de la noblesse, celle appelée de son nom d'Andriamasinavalona, tandis qu'il réunissait tous les descendants de ses prédécesseurs en une autre caste. suj)érieure à toutes les autres, la caste des Zazamarolahy ou enfants nombreux.
Ses quatre autres fils devaient lui succéder, et de son vivant il leur partagea son royaume, commettant ainsi une lourde faute qu'il devait expier personnellement par une captivité de sept ans ii Ambohidratrimo, et qui devait coûter à l'imerina un siècle entier de divisions et de luttes intestines.
En vain son conseiller et ami toujours dévoué, celui à qui il devait le trôner, Andriamampandry» lui prodigua-t-il les avis et les remontrances. Rien ne put le décider à désigner un successeur unique, ni le détourner de son funeste dessein.
Convoqué par ordre spécial au grand Kabary où le roi devait faire connaître sa ftineste résolution, Andrîamampand ry flt répondre qu'il n'avnit rjas de lamba. Le roi lui envoya le plus beau des siens. Le fidèle serviteur le déchire aussitùl en fjuatre, le roule dans la boue et le renviuc à son maître. « Je comprends, répondit celui-ci, la préoccupation d'Andriamampandry. U devrait cependant savoir que ce qui est sale peut être lavé, et que ce qui est déchiré peut être recousu, » Et s'adressant au peuple, il lui parla en ces termes : c Voici ce que j'ai à vous dire, habitants de rimerina. Je veux partager le royaume en quatre seigneuries administrées par quatre de mes fils que voici... Pour moi, je continuerai à résider k Tananarive, point central de l'imerina. > Et il donna Tananarive à Tainc; Ambohidratrimo au second; Ambobitrabiby au troisième et enfin Ambohimanga au quatrième, son préféré. Et toute sa vie se passa ensuite k essayer, mais toujours
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inutilement, de maintenir ou de rétablir l'harmonie entre ses fils, et de rechercher, par les procédés les plus étranges, quel devait être son successeur, sans avoir jamais le courage de le
désigner.
Attiré par ruse h Ainbohidrîitrimo, il y fut retenu prisonnier pendant sept années, et ne dut sa libert'^ qu'à quelques pauvres pécheurs de 1' A?ikaratra qui, l'ayant délivri' pnr ruse, le ramenèrent en triomphe dans sa capitale. C'est alors qu*un sujet ' dévoué. Trimofoloalina, s'olïrit aux devins qui réclamaient un sacrifice humain afin de prévenir le retour d'une semblable calamité, et que, un coq ayant été immolé h sa place, il obtint pour lui et ses descendants le privilège qu'on ne les tueraient jamais de manière à faire couler leur sang. Nous l'avons raconté ailleurs. Je le rappelle ici parce que ce fait qui paraît certain, et qui, du reste, a été renouvelé en ce siècle sous Ranavalona P^", prouve Texistence, au moins, occasionnelle, des sacrifices humains chez les Hova.
Andriamasiiiav alona mort, l'État de rinit i ina toml»a dans un état d'anarchie continuelle, à peu près semblable à ce qui existe chez les Sakalaves d'aujourd'hui. Certains même de ses rois ne roui^irent pas d'appeler cette tribu, alors unie et puissante, k leur secours, au hasard de compromettre îi jamais l'autonomie de leur pays. On peut penser si les Sakalaves furent heureux de cette occasion.
Nous n'avons pas à entrer dans le détail de ces luttes et de ces divisions, pas plus qu'à faire la description de la famine provoquée par ces temps de meurtres et de pillages. « Comme les fils d'Andriamasinavalona, nous raconte la tradition, vivaient en perpétuelle discorde, les sujets d'un royaume n'osaient franchir les limites du royaume voisin. Si la récolte venait à manquer quelque part, od préférait mourir de faim, plutôt que de chercher à se procurer des vivres hors de chez soi. i
Cependant les Sakalaves étaient quehiuefois repoussés. Étant venus assiéger au cûuunencement du xviii* siècle Anibohitraza, ils ne purent s'en emparer à un premier assaut, et ils se mirent alors h insulter et à provoquer les Hova réfugiés derrière leurs fossés. Il y avait surtout un géant sakalave, qui portait continuellement un défi h tout assiégé, d'oser sortir et venir se mesurer avec lui. Un brave Hova, nommé Ratsimo ac< eplale défi. Il n'avait qu'une sagaie et une vieille bêche. Le Sakalave était armé d'un fusil. Quand le champion hova sortit du village, tout le
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peuple l'accompagnait, et les femmes entonnèrent le chant guerrier des combats.
E! E! mahery ny anayf
BS St liy hù Uo wy oUma anay!
Eh! Eh! il est brave notre soldat!
Eh! Ehl il ne sera pas vaiacu noire soldat!
Batsimo fond tête baissée sur son adversaire; celui-ci lui tire son coup de fusil et le manque, et à l'instant il tombe raide mui L d'un coup de bêche sur la tôle.
ANDRIANAMPOINIMERINA (1787-1810)
Nous Toici maintenant en pleine période historique. Dorénavant les faits que nous aurons à raconter sont certains dans leur ensemble, quoique enveloppés encore de circonstances plus ou moins merveilleuses. Le Père Gallet, qui nous en a conservé le souvenir, les tenait d'hommes qui en avaient été les héros parfois, souvent les témoins, ou qui tout au moins les avaient appris de leurs pères, les auteurs de ces guerres, de ces travaux et de ces réformes.
Andrianainpoinimcrina est tout simplement un huiuine .surprenant, un de ces rois extraordinairement doués et complets, dont l'apparition suffit pour imprimer une vive impulsion à une nation, la jeter résolument dans les voies du progrès, et, parfois, en faire un grand peuple, firavoure, intelligence pratique, talent d'administration et d'organisation, il avait tout pour lui, et c'est lui véritablement qui est le fondateur de l'hégémonie hova.
II était petit-fils d'Andriambelomasina, roi d'Âmbohimanga, qui lui-même avait Ândriamasinavalona pour grand-père. Il naquit à Âmbohimanga, probablement en 1745. Gomme tous les grands hommes, une foule de circonstances extraordinaires — peut-être trouvées après coup — firent prévoir et annoncèrent sa grandeur future.
Ainsi, comme le grand Ralambo, il naquit le premier jour de la lune Alahamady, la meilleure de toutes les dates pour un iil* de roi. Un jour son grand-père offrit à tous ses enfants et petitsenfants de choisir entre divers objets qu'il leur pré^ientait. Andrianampoinimerina, ou liamboasalama, comme on l'appelait
FORMATION DB L'£MPia£ HOVA
alors, prit une petite corbeille pleine de terre : < Celui-ci sera roi, s'<'m ria le grand-père; h, loi, mon fils, la terre et le royaume de rimerina. « Une autre fois, il était allé visité son aïeule Ilamorabe, la femme du roi d'Ambohidr^atrimo. Elle bénit par trois fois, l'aspergeant d*eau à trois reprises, et pendant trois jours le traita avec les honneurs dus aux monarques régnants. Et comme ses propres enfants le lui reprochaient : c Que voulez-vous que je fasse? répondit-elle; je ne puis aller contre son sort : il régnera. »
Il paratt qu'elle l'aida encore pins efficacement par la suite, en Ini gagnant les principaux d'Ambohîdratrimo.
Cependant tons ces signes excitèrent la jalousie de son oncle Andnanjaf}% qui venait de succéder & son père Andriambelomasina» et qui prit la résolution de le faire mourir. Il échoua, et le peuple, soulevé en faveur du persécuté, chassa Andrianjafy et proclama Andrianampoininrîerina en sa place (1787).
« Il faut que cette terre m'appartienne, se serait alors écrié le jeune prince devant tout le peuple, le jour de son installation solennelle; la ruer doit être la limite de mon royaume. »
Parole insensée, semble-t-il, clans la bouche d'un roitelet, qui ne possédait qu'une faible partie de llmerina, et n'était même pas maître de Tananarive! Parole prophétique cependant qu'il ne devait pas complètement réaliser lui-même, mais dont il devait admirablement préparer Taccomplissement réservé aux premières années du règne de son fils et successeur Radama I*'.
Les sept premières années de son règne furent cependant des années der paix, pendant lesquelles il se prépara aux grandes choses qu'il fit ensuite. Il s'unit étroitement avec les rois voisins, particulièrement ceux d'Amhohidratrimo et de Tananarive; il établit une enceinte de forts et de places fortifiées contre les Sakalaves de l'ouest et les Antsihanaka du nord; enfin, il institua un conseil des grands, pris surtout parmi les douze chefs qui avaient le plus contribué à son élévation, afin de l'aider de leurs avis et de leurs conseils.
Puis commença l'ère flp^ conquêtes. - ■ '
Un nouveau fils, celui qui devait être Radama 1*^% venait de lui naître. Pour célébrer cet heureux événement, il envoya un présent de 1,000 bœufs à chacun de ses deux alliés d'Ambohidratrimo et de Tananarive, qui les refusèrent, sous prétexte de sorcellerie. Ce fut une cause de guerre.
Attaqué dans Ambohimanga par ses deux ennemis, Andrianampoinimerina laisse quelques soldats intrépides dans sa capitale,
MADAGASCAU ET LKS HO VA
et s'en ya, par une audacieuse diverBion^ attaquer Tananarive qu'il
prend, perd, reprend, reperd encore, pour s'en emparer une troisième fois et la gardei- délinitivement.
Ce fut ensuite le tour d'Ambuyidialrimo, qui se d<»fendit opiniâtrement pendant que son roi était encoie en vie, mais qui, lui mort, abandonna son fils, un enfant encore en bas âge, et se livra au vainqueur; puis successivement de toutes les autres villes de rimerina.
L'unité ho va était reconstituée.
Mais AndrianampoîDimerîna n'était pas satisfait. Successivement, il attaqua et soumit les Antsihanaka» les Bezanozano« puis les Betsileo.
Le récit de ces luttes' est mélangé de faits parfois étranges, toujours dramatisés et pleins de pittoresque et de couleur locale.
C'est ainsi que le chef des Tanala, Tohana, chef d'Ambohibeloma, vaincu à la guerre, défia le magicien du roi hova. Pendant une journée, il fit tomber la foudre sur la case de son adversaire, sans que celui-ci en fût incommodé. Mais voici que tout à cuup, sa propre case se remplit de serpents qui Tattaquent et l'étreignent de tous coIps. Epouvanté, délirant de frayeur, il avoue enfin la supériorité du dieu protecteur des Hova sur celui des Antsihanaka, et accepte le joug d'Andrianampoinimerina qui montra sa reconnaissance aux serpents, en oidonnant, au gardien de son idole, d'avoir à prendre chaque lundi, au marché» une des portions de bœuf réservées au roi, afin de les nourrir.
11 fallait maintenant conquérir les Betsileo. Ce fut une rude campagne et rien n'est mouvementé comme le récit qu'en ont conservé les traditions de l'Imerina. Placés au sud des monts Anka* ralra, les Betsileo se trouvaient divisés en une foule de petites tribus. Andriamanalînarivo était un de leurf^ plus puissants monarques; c'est donc vers lui que se dirigèrent d'abord les six commissaires royaux de Tananarive, chargés de porter aux habitants du pays des paiolcs de paix ou de guerre, selon qu'ils voudraient acf-epter la loi de Tlmerina ou s'y opjMiser.
Ayant demandé à être introduits auprès d'Andriamanalinarivo, les commissaires ne re^mrent aucune réponse, mais ils entendirent chanter de l'intérieur du palais, ces terribles paroles :
€ Sont e des hommes ou non? Si ce sont des hommes seulement, qu'ils viennent, nous les tuerons. »
Effrayés de ces menaces proférées évidemjraent à leur adresse, les envoyés hova commencèrent d'abord prendre U fuite;
FORMATION DE L'bMPIHË UÛVA
mais, honteux de leur terreur, ils revinrent, quelque temps après, sur leurs pas et se présentèrent hardiment à la demeure d'Ândriamanalinarivo. Or la même voix chantait encore, au moment de leur arrivée :
■ Si ce ne sont pas des bétes, mais des hommes, qu'ils s'avancent, nous les tuerons. — Nous sommes non (ies bétes, mais des liuniines, réitondirent les Hova. et vous ne nous tuerez point > ; et ils onlrèreiil auprès du rui dos lietsileo.
« V<iulc/,-vous, lui dirent-ils, vous déclarer Tenfant d'Ândria* nampoinimennaf
— Comment serai-je son enfant, répliqua-t-il, puisque je suis son frère? Chacun gouverne chez soi. >
Prenant alors un bâton, et en mesurant la longueur avec ses bras étendus, il l'envoya au roi d'Imerina en disant :
« Voilà la longueur de ma brasse; si celle d'Andrianampoinimerina est de la même longueur, je me déclare son enfant. »
Or la brasse du roi des liova se trouvait plus courte. Que faire? Il s'en tira comme aurait fait un des héros d'Homère, et plantant devant lui le bAton, que sa taille dépassa d'un pouce :
< Rapportez à Andriamanalinarivo, reprit-il, que ce n'est pas dans la lon2:ueur dos bras que consiste la îjrandeur de i'hoiniae. Je suis plus grand que Sun bâton. Qu'il se déclare mon enfant. »
Et il lui envoya les plus riches présents. Mais le Betsileo ne voulait pas se vendre pour si peu. 11 demanda pour réfléchir deux mois, qu'il mil aussitôt à protit pour fortiâer ses États et faire alliance avec les Sakaiaves.
fifais voici qu'Andrianampoinimerina lui envoie un superbe lamba en soie, percé d*un énorme trou au milieu. C'était un moyen de l'avertir de la défection de son fils aîné gagné par les présents, des Hova. Le malheureux roi n'avait plus qu'à se soumettre.
Il le fit pour un instant, se révolta bientôt, et fut vaincu par le roi des Hova et son fils Radama, qui paraissait pour la première fois sur un champ de bataille, oii il se distingua par une valeur chevalercsquo.
Le butin fut immense, notamment en esclaves, tellement que la proportion des esclaves Betsiloo, en Imerina, à ceux de nationalité différente, est encore aujourd'hui de trois contre un.
L'empire hova mesurait déjà 100 lieues de long sur 40 de large et était quatre fois plus étendu que le royaume d'Andriamasinavalona.
Restaient les Sakaiaves. Andrianampoinîmerina n'osa pas les
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attaquer de front, et il inaugura avec eux cette politique de lente pénétration, de discrète intervention et de désorganisation, qui a été depuis la politique constante des Hova vi8-à*vis de tous leurs adversaires. Il s'adressa d'abord à Ramitraho, qui gouvernait le Menabe pour son vieux père Mikiala, et lui proposa un traité d'alliance entraînant plus ou moins la reconnaissance de sa suzeraineté. Ramitraho demanda du temps pour réfléchir et se retira dans ses terres, où il savait bien qu'on le laisserait tranquille. Mais, à sa place, quelques chefs inférieurs s abouchèrent avec les envoyés hova, et montèrent jusqu'à Tananarive. Le roi les combla d'honneur et de présents, en échange d'un serment de fidélité, qu'il savait bien ne rien valoir, mais qui lui donnerait k l'occasion un prétexte pour intervenir dans les aflfaires du Menabe et de se proclamer leur suzerain. C'est dans le même but qu'il envoya son fils Ramavolahy rendre à Ramitraho la visite que celui-^i était censé lui avoir faite, et assister aux funérailles de son père Mikiala.
Il fut encore plus heureux avec Ravahiny, reine du Boina, alliée et parente du roi du Menabe. Il la décida en effet à venir à Tananarive avec sa fille et deux de ses petits-fils, et à lui faire le hasina, ou acte de vasselage. En retour, il la combla de présents*: 400 bœufs, 500 mesures de riz et 1,500 piastres en argent, etc., et peu de temps après il envoya à ses funérailles un nouveau présent de 400 bœufs avec 1,200 hommes.
Désormais il avait pris pied chez les Sakalaves, et pouvait compter sur le temps pour achever son euvre.
Toute son éner£:ie, tnnte son autorité, toute sa haute intelligence, seront maintenant consacrées à organiser, à fortifier et à enrichir cet immense empire qu'il venait de créer.
J'ai parlé plus haut de sa législation, rudimeotaire encore et imparfaite, mais au moins très bien appropriée à son peuple, et dont la préoccupation constante est de sauvegarder les intérêts de l'État et de maintenir l'union parmi toutes ces tribus qu'il venait de soumettre. C'est à ce point de vue qu'il faut se placer pour la juger sainement et comprendre certaines dispositions qui noua paraissent excessives et sauvages, par exemple, la peine de la servitude perpétuelle pour la femme et les enfants innocents d'un rebelle, une forte amende pour un propriétaire incendié, le crime de haute trahison pour celui qui dépouillait de ses biens un soldat appelé à la défense du pays, etc.
Il organisa aussi avec une rare intelligence pratique l'administration de la justice, conservée depuis lui à peu près dans le même