Lellre de sir UoberlFarquhar au général de UouveU
FRANCE BT ANGLBTKBR8
renoncer à cette prétention devant l'évidence des faits, et surtout devant la dépêche du 18 octobre 1816, par laquelle le prince-régent d'Angleterre lui mandait c qu'il avait bien voulu admettre l'explication donnée par le gouvernement français à l'article 8 du traité de paix du 30 mai 1814, stipulant la restitution de certaines colonies et possessions que la France possédait au janvier 1792, dans les mers et sur le continent d'Afrique ».
Dès lors, le gouverneur de Maurice changea de ligne de conduite, et iu.iugiii.t uiic méthode très habile, peu honnête souvent, mais constamment suivie et qui devait, à la longue, donner (à son pays ce que l'on n'avait pu obtenir par une interprétation abusive des traités.
Puisque l'on ne pouvait prendre Madagascar, il fallait donc d'abord, par tous les moyens possibles, empêcher la France de s'y établir; et puis, souë le couvert de civilisation» de commerce, d'éducation, d'évangélisation, d'humanité, — peu importerait le drapeau — y pénétrer, y prendre pied, s'y fixer, s'y étendre, y acquérir à la longue une situation telle que nous aurions dû au moment donné, en face du fait accompli, des positions acquises et des intérêts engagés, renoncer à des droits tout platoniques, et accepter une compensation quelconque, quelques arpents de sable peut-être dans les déserts du Sahara.
Cette politique était sûrement adroite, et ce qui la rendit doublement dangereuse pour nous, c'est qu auenn des successeurs de Farquhar à Maurice, aucun de leurs charirés de pouvoir ou de leurs auxiliaires à Tsnanai'ive, Hastie, Eilis, Packenham, etc., ne s'en écartèrent un instant. Tantôt ouvertement soutenus par l'Angleterre et agissant en son nom, tantôt laissés davantage à. leur propre initiative, blâmés même parfois extérieurement, mais toujours sûrs d'être approuvés en fin de compte, et toujours secrètement soutenus, ils allèrent constamment de lavant.
Ils surent en, particulier se servir très à propos de tous les secours que leur offrait le caractère hova.
Le Uova apporte toujours trois dispositions bien définies dans ses rapports avec les étrangers. Il est, premièrement, d'une susceptibilité et d'une défiance extrêmes qui lui font prendre ombrage de tout, et l'enipùchent de se livrer jamais. Mais, pour corriger l'ellet de cette déliance, il a, secondemeiil, uii très grand amour de l'argent, qui le rend accessible à tous les marchés. Troisièmement entin, il est doué, pour tout ce qui lui paraît fort et puissant, d'une crainte et d'un respect innés qui le rendent
MADAGASCAR BT LES HOTA
toujours prêt à baisser la tôte et à se soumettre à plus grand que soi.
Les Anglais eurent vite fait de démêler cette triple tendance et d*en tirer tout le parti possible. Et tout d'abord, ils se hâtèrent d'accepter, sinon de faire naître, la prétention affichée par les Hova, encore à cette époque confinés dans leurs montagnes, de devenir les maftres de l'tle entière. Ils les reconnurent aussitôt comme tels, sans tenir aucun compte des droits de la France; et, par des envois d'armes, par des avances d'argent , par leurs conseils, ils les aidèrent dans la réalisation de leur vèvo. Bien pins, ils s'acharnèrent à montrer aux Hova, dans les prétentions de la France, le grand danger qui h s menaçait, et ne cessèrent un instant de nous représenter comme leurs ennemis-nés et les naturels adversaires de leur autonomie et de leur puissance. Us allèrent plus loin. C'est à leur instigation en effet et par leurs avis que Radama I*', en i8l7, s'empara de Tamatave, autrefois une possession française, et en ce moment la propriété de notre allié, le roi René; par leurs avis également que ce roitelet sauvage osa nous braver en face en nous sommant f d'avoir è nous retirer au plus tôt de Sainte-Marie, cette terre malgache > qu^ nous venions d'occuper en 1821, et en chassant de Fort-Dauphin l'officier et les cinq soldats français à qui nous en avions confié la garde.
Quant à nos rivaux, ils n'affichaient vis-à-vis des llova aucune prétention j ils se gardaient bien de laisser voir jamais aucune arrière-pensée. Ils ne voulaient être que leurs amis et leurs alliés désintéressés; les aider dans leurs progrès rapides vers la civilisation; élever leurs enfants à Maurice et à Londres d'abord, puis à Tananarive et en Imerina; leur enseigner les arts, les lettres, les sciences de l'Ëurope; les aider à se défendre contre leurs ennemis; enfin lier avec eux quelques relations de commerce.
On ne saurait être plus modeste ; et qui donc aurait pu prendre ombrage d'intentions si amicales?
Mais en attendant, ils prenaient pied officiellement dans le pays par les deux traités de commerce du 23 octobre 1817 et du 11 oc* tobre 1820; ils fondaient au cœur même de la contrée de puissantes maisons de commerce; et surtout, sous le prétexte de science et d'éducation — car Radama ne voulait d'autre religion que celle de ses aneèti-es — ils y introduisaient leui's missionnaires qui, rapidement, s'emparaient de toute la jeunesse*, et s'entouraient d une multitude d'adeptes plus ou moins sincères, mais toujours