POLITIQUE DE LA FRANCE
Nous, de notre coté, nous n'avions rien négligé pour les convaincre de notre faiblesse et de notre impuissance. Dès lors ([ue nous avions des (iruits sur Madagascar et que nous ue voulions pas y renoncer, et que, d'iui autre côté, les Hova, aidés en cela par TAugleierre, prétendaient bien ne pas en tenir compte, et devenaient ainsi nos adversaires décidés, nous ne pouvions plus recourir aux mômes moyens pacifiques que l'Angleterre. Nous étions su^pef^ts et nous n'aurions pas réussi. De plus, on aurait tout naturellement interprété une telle conduite comme une renonciation k nos justes revendicationB.il ne nous restait plus, par conséquent, qu'à agir énergîquement et à imposer par la force ce que l'on refusait de nous accorder pacifiquement.
Mais cela, pendant quatre-vingts ans, les divers gouvernements qui se sont succédé en France n'ont jamais eu le courage de le vouloir. Épuisée par les guerres de la République et de l'Empire, paralysée par l'attitude toujours hésilauLe et soupçonneuse des puissances, plus encore par ses divisions intérieures, la France de la Restauration pouvait diflicilement le tenter dès les premières années de inouïs XVIII. Plus tard, lorsqu'elle y était résolue et que, selon toute a[)parence, elle l'eût accom[>li ui andenient et rapidement, la révolution de 1830 vint tout arrêter et tout compromettre.
Tout ce que l'on fit, ce fut de protester énergiquement, par une lettre très nette de MM. Desbassyns de Richemond et Lafltte de Courteil, le Gouverneur et rOrdonnateur de Bourbon (7 novembre 18i7), contre les agissements de Sir Robert Farqubar, et ainsi de réserver formellement l'avenir; puis, le août 1819, de faire réoccuper Fort-Dauphin par quelques soldats; et enfin, en octobre 1821, de prendre possession de l'Ile Sainte-Marie. Ce fut tout, sauf qu'en 1829 le capitaine de vaisseau Gourbeyre bombarda Tamatave, détruisit le fort de la Pointe à Lairée, et s'établit à
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Tintingue, en face de SaiDte>M&rie. Mais il avait échoué devant Foalpointe, et la campagne ne fut pas continuée.
Le Buccesaeur de Charles X, Louis-Philippe, était trop occupé à faire rendre à la France» dans le concert européen, la place que lui ayait enlevée la révolution de juillet, et il avait pour cela trop besoin de l'Angleterre, pour rien tenter à Madagascar. Cest pourquoi il accepta l'avis du conseil d'amirauté, « que le parti le plus sage 11 prendre à l'égard de Madagascar était de renoncer, au moins quant à présent, à tout projet d'établissement dans cette île, en prenant toutes les précautions nécessaires pour sauver rhonnciir de nos armes. » En conséquence on évacua Tintingue et tout le littoral de la côte est, et nos alliés, les Betsimisaraka, furent abandonnés aux féroces représailles des Hova.
Cependant il fut impossible de s'en tenir h cette inaction absolue. Deux ou trois ans après cette déclaration, Ia Nièvre faisait des sondages dans la rade de Diego-Suarez, en vue d'établissements ultérieurs; en et 1841» Tamiralde Hell, gouverneur de Bourbon, obtenait pour la France, de divers chefs indigènes, Nosy-Be et les Hes qui l'environnent; puis Mayotte et toute la cô.te nord-ouest, depuis la baie de Passandava jusqu'au cap Saint* Vincent; et ces acquisitions étaient complétées en 1846 par celle de Vohemar; puis, en ^859 et 1869, grâce h l'habileté de l'amiral Fleuriot de Langle, par celle de toute la côte sud, depuis la baie de Baly jusqu à la baie de Saint-Augustin. Enfin en 1845, lorsque, par un édit d'une barbarie inouïe, Ranavalona ordonna le pillage de tous les biens et l'exil de tous les étrangers qui ne voudraient pas accepter toutes les corvées et toutes les sujétions de ses sujets malgaches, le commandant français Romain Desfossés et le capitaine anglais du Conway, Kelly, furent forcés d'intervenir. Le 15 juin, ils bombardèrent la batterie de Tamatave et osèrent en tenter l'escalade avec 300 hommes de débarquement. C'était une imprudence. Us emportèrent bien les postes avancés, mais ne purent forcer le mur d'enceinte, c faute de munitions et ils durent se retirer, laissant leurs morts au pouvoir de l'ennemi. A peine avaient-ils levé l'ancre, que dix-huit tètes d'Européens étaient hissées sur le rivage, au sommet de pieux aigus.
Elles y restèrent dix ans.
Le gouvernement de juillet aurait vraisemblablement vengé cette injure et repaie cet échec. Mais une coalition parlementaire vint d'abord retarder, puis la révolution de 1848, empêcher une expédition de plus en plus nécessaire.
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Mais, de tous tes gouvernements, celui qui a compromis davantage nos droits et nos intérêts à Madagascar; celui qui, sans raison aucune, a tout fait pour perdre cette splendide colonie et la sacrifier à c l'entente cordiale » avec l'Angleterre^ c'est le second Empire.
Napoléon III était tout-puissant à Tintérieur et à Textérieur; il pouvait choisir ses alliés comme il le voulait; un moment même,
il fut l'arbitre des destinées européennes. Mais, par une aberration inconcevable dans tout autre que dans cet utopiste dépourvu de tout sens politique, il ne voulut voir que l'Angleterre, toujours prêt à se mettre à sa suite, à favoriser tous ses intérêts, et bien décidé, pour sa propre ruine et celle de la France, à ne jamais lui déplaire. Aussi est-ce merveille que sous son règne l'Angleterre ne se soit pas emparée de Madagascar.
En 1831, un jeune homme de vingt-cinq ans. qui avait déjà fait une fortune aux Indes et était parti ensuite fonder un empire en Afrique, fut jeté par un ouragan sur la c6te de la grande Ile. Recueilli et recommandé par H. de Lastelle, ce jeune homme, M. Laborde, ou, comme tout le monde l'appelle li-bas, le grand Laborde, devenait l'ingénieur de la Reine Ranavalona, et acquérait à Tananarîve, par son mérite personnel, par ses grandes qualités de cœur, par son esprit inventif et jamais h bout de ressources, une position exceptionnelle. Sans ouvriers et presque sans instruments, il fondait des canons, faisait des fusils, inventait une fusée, fabriquait de la pourire, et en même tomps introduisait sur celle terre étrangère quantité d'autres industries inconnues avant lui : la chaux, le savon, la poterie, le verre, les bougies, etc., etc. Quand tous les Européens étaient chassés, il restait seul, toujours aussi puissant, et cela sans trahir jamais sa patrie, sans abandonner sa foi, ne cessant au contraire de rendre à Tune et à l'autre les plus signalés services, toujours prêt i sauver des victimes et i atténuer, autant qu'il dépendait de lui, les ordres sanguinaires de Ranavalona.
Il avait surtout ac(|uis une influence illimitée sur le prince héritier, le jeune Rakoto, plus tard'RadamalI, à qui il sut inspirer
des sentiments de grandeur et de générosité vraiment extraordinaires chez un Hova.
(l'était le temps où la cruauté de Ranavalona faisait rapre. îl ne se [>assait presque pas de jniirs où les rues de la c/ipitab^ ne fussent ensanLçlan1<''es par le> ext'cnlions les plus i-évoUantes. € Des centaines ou mCme des milliers de personnes, je n'exagère pas.
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rncontp dans son journal le Père Finaz, qui avait pu, grâce à un déguisement, pénétrer et séjourner auprès de M. Laborde, avaient leurs biens confisqués et se voyaient veadues comme esclaves, ou condamnées à périr par le tanghen^, pour des rapports vagues et indécis faits sur leur compte. Tel village était détruit et presque tous ses habitants mis à mort, parce que la Reine ne les aimait pas ; telle personne exécutée, parce que Ranavalona l'avait vue en songe; tout Priant — ancien disciple des Anglais — était précipité de la roche d'Ampamarinana» à l'ouest du palais, et, au besoin, achevé & coups de lance. >
Rakoto gémissait de ces cruautés de sa mère, et se multipliait pour atténuer le mal. Mais on comprend que les efforts de son dévouement fussent nécessairement restreints.
C'est alors que M. Laborde lui persuada de recourir à Napoléon III. 11 ne s'agissait pas de détrôner Ranavalona, ni à plus forte raison de la faire mourir, comme les Anglais l'ont faussement reproché à Rakoto, mais simplement de < sauver le peuple malgache si malheureux^ », en arrachant la Reine aux funestes influences qui la perdaient et en la mettant dans l'impossibilité de continuer ses cruautés. Pour cela, le prince offrit deux fois à l'empereur, d'abord par une première lettre, datée du 14 juillet 1854, afin de demander c aide et secours contre les ministres et conseillers de la Reine sa mère, et oppresseurs du peuple malgache »; et ensuite par l'intermédiaire de M. Lambert, en jidllet 1855, le protectorat de Ptle entière de Madagascar. En même temps, M. Lambert obtenait une charte qui lui livrait, moyennant un dixième du revenu, à lui et à la compagnie qu'il devait former, toutes les mines et toutes les richesses naturelles de l'ile, en même temps que « les terrains vagues à son choix pour culture et établissement, et deux ports en toute propriété et juridiction ».
C'était la possession effective de Madagascar, et jamais pareilles circonstances ne se représenteront. Évidemment il fallait une guerre pour mettre èi profit l'occasion qui s'offrait ainsi d'ellemême. Mais nous avions pour nous le prince héritier» la partie la plus saine et la plus influente de la population ; et contre nous, seulement une reine accablée de vieillesse et un parti détesté de tous.
c Que Votre Majesté, s'écriait le prince en terminant son message, ne repousse pas la prière que je lui ai faite dans ma précédente lettre, et que je lui renouvelle par l'organe de