‹ Madagascar et les Hova description, organisation, histoireChapitre 89 sur 105 · Lettre de Rakoto à lord Clarendon · texte numérisé non relu

Lettre de Rakoto à lord Clarendon

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M. Lambert; car le malheur de mon peuple esl vraimeot à son comble! »

Et les chefs malgaches ajoutaient de leur côté, après une touchante description de l'épouvantable tyrannie qui les écrasait :

c Sire, si dous mettons tant d'instances à vous prier de ne pas retarder les secours qui seuls peuvent nous sauver, ce n'est pas seulement à cause des malheurs présents, c'est aussi par crainte d'un malheur irréparable... Nous craignons qu'on ne l'assassine (le fils de la Reine), comme le seul moyen de Pempécher de ré^er par la suite. Secourez-nous donc. Sire. >

Or, à des offres si avantageuses et à des avances aussi touchantes, que répondit Napoléon III? C'est à peine croyable, et M. de Preycinet avait un précédent à invoquer pour se défendre, quand il abandonna 1 lj.;ypte aux Anglais.

En 1855, alors que l'An,£^leterre nous avait tant d'obligations pour Texpédition de Oiuiée. et que Tempereur lui-môme était à l'apogée (le sa i)uissance, au lieu ilc prendre un parti et d'agir au mieux des intérêts et de l'honneur franeais, il envoya M. Lambert à lord Glarendon, pour demander l'avis du gouvernement anglais, et, au besoin, proposer unproieciorat à demi entre la France et PAngleterre.

Heureusement que lord Glarendon refusa. Ce fut une faute de sa part, car le condominium franco-anglais à Madagascar se fdi infailliblement terminé comme le condominium égyptien. Mais il se servit de cette communication, de sa nature toute confidentielle, pour avertir Ellis, alors à Londres. L'agent de la Landon Missionary Society repart aussitôt pour Madagascar, obtient à force d'instances de monter à Tananarive, révèle tout h la Reine, et ne se donne de repos qu'après avoir fait chasser M. Lambert, M. Laborde et tous les blancs. Il n'avait pas longtemps à attendre ce triste résultat.

Que les Anglais, en dépit de nos droits, nous aient comhnttus à Madagascar; qu'ils aient semé dans ce but l'or à pleines mainsS qu'ils aient mis en œuvre toute leur puissance et toutes les ressources de leur diplomatie; qu'ils aient entravé et retardé la fondation de la Mission catholique; qu'ils aient lutté d'influence contre le baron Lambert et M. Laborde, on peut le comprendre, sinon l'excuser. Mais ce que l'on ne comprendra jamais, ce que l'on ne saurait assez flétrir, c'est que des hommes qui ont toujours sur les

1. Ellis apportait 250,000 francs avec lesquels il se faisait fort de tout bouleverser.

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lèvres les mots d'humanité et de civilisation, des hommes qui se sont fait une spécialité de vouloir abolir l'esclavage et répandre partout la liberté politique et le progrès, se soient mis du côté d'un tyran tel que Ranavalona contre des hommes comme Rakoto, Laborde et Lambert, et qu'ils aient, par leur intervention, leurs calomnies et leurs mensonges, provoqué la mort, Teiil, la perte de la liberté de milliers et de milliers d'innocents. Un mot s'échappe de ma plume à la vue de cette contradiction entre les paroles et les actes, c'est celui d'h3rpocrisie. Jamais II ne tnt mieux mérité.

En tout cas, si Ranavalona hésita d'abord îi sévir contre MM. Laborde et Lambert, elle se vengea cruellement sur ses pauvres sujets, et, de toutes les années de son règne, Tannée 1857 fut la plus féconde en massacres odieux.

i Je ne saurais mieux, dit dans son journal privé l<i Père Finaz, témoin oculaire de toutes ces atrocités, comparer l'élat du royaume de Ranavalona, en mai 1857, qu'à notre règne de la Terreur, mais de cette Terreur de 93, qui tétait jusqu'au courage du désespoir, jusqu'à ridée de se soustraire à cette terrible situation. On n'ose sortir, de crainte de ne plus rentrer chez soi;... on tremble pour sa femme et ses enfants, car ils seront vendus, et tous leurs biens confisqués, si soi-mdmé on est accusé, ce qui veut dire condamné; car à ta moindre dénonciation on est exécuté, sans même être averti du motif de sa condamnation... Chaque jour, il y avait deux, quatre, six individus condamnés juridiquement à mort... Le 12 mars, la Reine, véritablement folle de cruauté, assemble le peuple, lui reproche de ne pas se dénoncer assez, et enjoint à tous ceux qui se sentiraient coupables de se dénoncer eux-mêmes, leur prouiellaul la vie sauve. Pend;int six scmaiues, près de deux mille malheureux s'accusèrent de divers crimes, que souvent ils n'avaient pas commis, espérant par là échapper à des dénonciations qui toujours entraînaient la mort, quelquefois par l'eau bouillante ; et, en un seul jour, douze cent trente-sept furent condamnés aux fers h perpétuité, leurs biens confisqués, leurs femmes et leurs enfants réduits en esclavage. >

Gela alla si loin que les < Priants > ou < gens de la prière », les fils des convertis du temps de Radama I*^, véritable parti politicoreligieux, avec ses chefs et ses réunions secrètes, se décidèrent à ourdir un complot pour délivrer le pays de Tinfâme Rainijohary, le favori de la Reine, et l'auteur de tous ces crimes. Ils agissaient pour le compte de Rakolo, et avec l'assentiment de MM. Laborde et Lambert. Or, le Rcv. Lebrun, digne émule d'EUis, tit tout pour

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le» arrêter, parce qu'ils allaient servir la France : < Vous êtes protestants, leur écrivait-il; prenez garde à ce que vous faites, votre travail n'aboutira qu'à établir le catholicisme, i

Il ne put cependant les faire changer d'avis, mais il leur fit perdre dn temps, jeta le trouble parmi eux, et finalement, peutêtre à son instigation, ils furent vendus à Rainijohary par le seul Hova créé jusque-là ministre de la religion réformée, et le chef des écoles protestantes de Tlmerina. Tous ceux qui ne purent s'enfuir ou se cacher furent exécutés.

Puis, ce fut le tour des Européens. On donna du tanghen à des poules représentant chacun d'eux, et comme toutes ces poules moururent, sauf celle du Père Weber, ou M. Joseph, qui avait autrefois soigné le frère de Rainijohary, tous lurent exilés (17 juilleH857).

Ainsi Ellis avait atteint son but. MM. Laborde et Lambert avaient complètement échoué; la France ne s'établirait pas à Madagascar; Rakoto, livré pendant quatre ans aux plus perfides influences, n'y résisterait pas et deviendrait un prince débauché et corrompu, sans principes et sans force. C'était tout ce qu'il désirait. Par sa faute, le sang avait coulé à flots; le peuple malgache râlait dans les tortures; tous les résultats obtenus, même par les Anglais, étaient détruits. Qu'importe? la France était vaincue et il était content.

Au reste, il ne s'en tiendra pas là.

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