LEURS QUALITÉS
D*une manière génfMale, le ilova a beaucoup d'apiiludes physiques, el fort peu de qualités morales.
Qualités sociales. ^ Sociable cependant, il aime à causer et à rire; il fait volontiers des visites» et les prolonge pendant longtemps; il est heureux d'envoyer des présents, et surtout d'en recevoir. En un mot, il est d*un commerce facile et agréable. 11 est encore hospitalier à sa manière... En voyage, vous avez le droit d'entrer dans n'importe quelle case, à moins qu*il n'y en ait une de désignée pour les étrangers. Le maître vous l'abandonnera aussitôt, et vous pourrez y préparer votre repas, y diesser votre lit, y faire tout ce qu'il vous ])laira. Vous êles chez vous. En la quittant vous donnerez un boni d'argent, à peu près cinquante centimes ou un franc, et l'on sera content.
D'un caractère doux et paciti()ue, le Ilova évite ordinairement les querelles, ne -c omporte point et ne frappe pas d'habitude, môme les animaux. Il e^t fies occasions, néanmoins, où le barbare se réveilleen lui. — Un • tontakely ' » est-il surpris, la foule se précipite sur lui et en fait rapidement justice, surtout s'il est faible. 11 n'y a pas longtemps, c'était la coutume, sinon la loi. Et en 1891, à côté de la capitale où la police les conduisait, il fallut toute Tautoirité et toute l'énergie du Père Murât, pour arracher aux coups de la multitude deux voleurs presque expirants. Un troisième venait d'être assommé.
Le Ho va a soin de ses enfants; il s'occupe de ses parents et 1. Voleur avec effraction.
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pourvoit à leurs besoins; il soigne ses malades avec tendres^se et dévouement, à moins qu'ils ne soient atteints de la lèpre ou de )a petite vérole : car alors ces malheureux sont impitoyablement rejetés de la société, suivant la loi et la coutume des ancêtres, et relégués au sommet des montagnes. Il a de bons rapports avec ses voisins et ses amis, auxquels il est heureux de rendra service, surtout sMls appartiennent à la môme caste ou à la même tribu.
Son éloquence* — Une autre qualité du Hova, c'est sa naturelle éloquence. Il aime à faire de longs discours, et il ne les fait pas mal. Il n*est ni pn-cis, ni concis et ne va jamais droit au but. Mais il lie le {)erd |)as de vue non plus, à ti'avers des digressions qu'il affectionne et des développements qui semblent des hors-d'œuvre, et il y arrivera f ii jours. Sa parole est vive, imagée, poptique, pleine de couh m J orale, de chaleur, de conviction, alors môme qu'il ment impudeninient et, certainement, ses « Kabary* » publics — il y en a partout et à propos de tout — sont plus ordonnés et plus calmes que les séances de nos Chambres. L'orateur est toujours écouté en silence. A-t-ii Uni de parler, son adversaire commence par le complimenter, par entrer dans ses vues etparaffre hii donner raison, pour le combattre ensuite et conclure contre lui. L'auditoire donne toujours la même attention et le même silence. Ces discussions seraient un moyen sûr d'arriver à la vérité, si on la cherchait. Mais tout cela n'est que pour la forme, pour Vamour de ^ari^ dirait-on chez nous; en fait, le parti des auditeurs est pris d'avance, et c'est toujours celui du plus fort, seigneur ou gouverneur, qui l'emporte, et auquel tout le monde finit par souscrire.
Son amour de la musique. — Le Hova aime la musique, avec autant de passion que la parole. 11 chante beaucoup, iin|irovisant au nnuuent même les paroles qu'il cliante à toute occasion. C'est en chaulant qu'il fait l'éloge d'un hùic qui lui arrive, qu'il célèlire ses vertu-, qu'j' lui souhaite toute sorte de boniieur. Tout cela est dit dans une mélodie fort curieuse, simple, sauvage, mais très douce et jamais heurtée. D'ordinaire, après chaque couplet, la fouie reprend une sorte de refrain. C'est ainsi que je les entendis la première fois en remontant Tiaroka au-dessus d'Andevoranto, quand je me dirigeais vers la capitale. Nos porteurs, devenus alors nos pagayeurs, au nombre d'une vingtaine, ramaient ainsi en chantant et en improvisant nos louanges. 11 n'y a cependant pas d'originalité dans leur musique, et leurs airs ne sont d'ordinaire
1. Assemblée du peuple en plein air pour discuter toute affaire iuléressanl la Communauté.
QUALITÉS BT DiPAUTS DU HOVA 37
que des réminiscences d'hymnes, de psaumes ou de cantiques religieux. II n'y a pas non pins parmi eux de belles voix; sans souplesse et sans expression, elles sont criardes et facilement nasillardes. Ils ne peuvent donc que produire des effets d'ensemble ; mais cela, ils le font très bien. Par exemple, sans connaître un mot de musique, uniquement guidés par leur sens de Tharmonie, ils exécutent après une préparation de quelques jours des messes difficiles h deux ou trois voix, qu'ils accompagnent aux sons d'un orchestre assez complet. Toutefois, il est nécessaire de les ij:uider et de les soutenir : sinon ils retombent vite dans le bruit et dans les accords sauvages, chacun jouant un pou de son roté. Ainsi, la fanfare du premier ministre, dirigée autrefois par un frère des Ecoles chrétiennes, pouvait exécuter remarr}uablement plusieurs morceaux de nos répertoires. Aujourd'hui, entre les mains d'un Malgache, elle est redevenue barbare.
En fait d'instruments indigènes, il n'y en a guère que deux : un violon très primitif, c'est-à-dire deux cordes en roOa, tendues sur une courge vide ; et puis, le vaîia, harpe primitive formée d'un' bambou de 1 mètre ou I«i50 de long, dont on a habilement soulevé, entre deux nœuds, dix ou quinze fibres longitudinales, que tendent des chevalets d'écorce de courge et que l'on pince avec les doigts. Cet instrument qui nous parait étrange, produit, quand il est manié par une main habile, un effet assez agréable.
Son habileté dans le commerce. — Mais avant d'être artiste, le llova est esscntieliement marchand, autant que le Juif, et plus que le Chinois. En voici trois exemples qui me dispenseront de toute autre affirmation.
En i89t, deux Chinois montèrent ;\ la capitale, espérant y faire fortune comme ils le font partout ailleurs, comme ils le font sur la côte. Hé bien! ils ne purent rien y faire et durent rapidement repartir. Je rencontrai le dernier quand je redescendais vers 'Tamatave.
Quelques jours plus tard, je voyageais à Bourbon, de la Pointe des Galets à'Saint-Denis, avec M. Rebut, le directeur d'une des grandes maisons de commerce de Madagascar, et voici ce qu'il me raconta. Il a des comptoirs un peu partout sur les côtes est et sud, et une succursale k Tananarive. Or c'est chez lui, à Tamatave, que les marchands de toile d'Ambohimalaza s'approvisionnent, leurs frais de transport sont sensiblement les mômes, et ils arrivent à lui faire avec cela une telle concurrence qu'il ne pouvait plus lutter et était décidé à fermer sa maison de idiiaiidrive. Ce seul fait en dit longl
MADAGASCAR ET LBS HOVA
Le troisième trait est plulùt amusant : Un revendeur hova achetait pour 17 piastres de toile chez un Vahaza\ à Tananarive. Le marché était conclu, et il allait emporter son ballot» quand on Hova entre, et 1&, séance tenante, le premier lui revend sa toile 21 piastres, gagnant ainsi 4 piastres, sous lesyeuxduVahaza ébahi» et sur son propre comptoir I
Si jamais donc Madagascar nous est ouvert, le grand commerce, c'est-à-dire le commerce d'exportation et d'importation, pourra s'y établir peut-être et y prospérer^ mais nos détaillants ne feront jamais rien dans i liiicrina.
Les transactions locales sont assez actives. Ellns comprennent ce qui est npoessairc à la vie et h Tentretien des hdbilants : riz, viande, volaille, Ir.L^uincs, laoica (rhum indigène), poterie, ferblanterie, bois de c* instruction, remc^des, etc., en un mol, toutes les productions du pays, et parmi les produits étrangers, surtout des remèdes, des indiennes et les cotonnades américaines, que l'on doit faire venir à dos d'homme de Tamatave, mais qui, malgré cela» 'sont d'un bon marché extraordinaire.
Il y a quelques magasins à Tananarive, les plus grands et les plus beaux tenus par des étrangers, quelques-uns par des indigènes. Mais ces derniers vendent et achètent surtout • aux marchés § où, en dehors de la capitale, se concentre tout le commerce.
Chaque village important a son marché qui prend le nom du jour de la semaine où il se tient. Ainsi celui delà capitale s'appelle le zoma, vendredi. C*estun assemblage assez vaste de petites paillotes ouvertes, se touchant toutes, très busses et très sales, avec des allées fort éti oites où l'on ne circule qu'à grand' peine. Mais c'est probablement le seul ma relié couvert de tout Madagascar. Ailleurs, c'est une place ouverte sur une montagne, h coté, parfois mémo assez loin du village, où des centaines, souvent des milliers de personnes se réunissent pour quelques heures, une ou deux fois par semaine ; en dehors de là, ce marché n'est fréquenté que par' les animaux ou les oiseaux de proie qui ^ vont manger les détritus abandonnés.
Leur habileté à travailler. — Commerçants, les Hova sont encore très habiles dans tous les travaux manuels et peuvent apprendre tous les métiers.
Ils n'inventent guère, mais ils exécutent parfaitement, et tout ce qu'ils voient faire, ils peuvent l'imiter. Pour travailler la terre, leur seul instrument est une longue bêche & main, appelée angady,