LES RESSOURCES
L’ile au point de vue économique peut se diviser en quatre régions :
1° la région des côtes;
2° la région de la ïorêt ;
3° la région des cultures tempérées et de l’élevage;
4° la région des mines.
La région des côtes elle-même est partagée en deux zones bien distinctes : la côte-ouest et la côte-est.
Nous venons de dire combien est désolée la côte-ouest. Sur cette côte, la végétation n’existe que par bouquets.
Le manque de pluie et la nature du sol rendent la culture pénible. C’est que cette côte est abritée contre les vents d’est bienfaisants et rafraîchissants par le massif montagneux qui traverse l’île en longueur. Les nuages poussés par ces vents s’arrêtent sur le versant oriental du massif ou sur le plateau et y crèvent en pluie. Aussi la côte-ouest non seulement manque d’eau, mais
<e$[ brûlée par une chaleur excessive.
Les tribus qui l’habitent mangent peu de riz et se nourrissent exclusivement de bananes et de racines comestibles. Ces vivres sont même parfois très rares et l’on voit, dans les années de disette, des indigènes vendre leur père, leur mère, leur ïrère ou leur meilleur ami pour un sac de haricots, ce qui prouve en même temps qu’ils sont affamés et qu’ils n’ont pas le sens de la famille ni de l’amitié très développé.
La côte-est, au contraire, très arrosée, serait très féconde si ses habitants avaient le goût du travail et si par paresse ils ne brûlaient pas les forêts pour défricher. Ils épuisent ainsi la terre parce que les éléments fertilisants provenant de l’incendie sont entraînés par les grandes pluies, et quand l’indigène ensuite, à la recherche d’une autre habitat, se transporte d’un point à un autre, il ne laisse derrière lui que la dévastation.
La forêt, merveilleuse, abondant en bois de toutes les essences, bois de luxe et d’ébénisterie aussi bien que de construction, s’étend principalement sur le versant oriental des montagnes, depuis le cap d’Ambre jusqu’à Fort-Dauphin.
L’immense plaine duMangoro la divise en deux échelons séparés dans sa plus grande longueur.
Les cultures tempérées et l’élevage sont possibles dans tout le plateau central comprenant l’imerne et le Betsiléo.
Enfin, à l’ouest de l’Ankaratra, les hautes vallées du Mangoky, du Tsiribihina, du Manambolo, de l’Ikôpa et du
Betsiboka avant leur jonction forment la région minière.
Tel est le pays, d’autant plus favorable à la colonisation européenne qu’il 11e s’y trouve aucun fauve. Le seul animal dangereux est le crocodile et le seul ennemi qui fasse souffrir réellement l’Européen est la mouke (moka), sorte de petit taon de la grosseur d’un moucheron, mais dont la piqûre est très douloureuse et qui s’attaque de préférence aux jambes, aux chevilles et aux pieds. La mouke règne surtout dans la baie de Majunga et dans la partie basse de la vallée du Betsiboka, entre la mer et Maevetanana. A partir de là et sur le plateau central la mouke abandonne son pouvoir à la puce; aussi le nom de village le plus répandu sur le plateau estil celui de Beparasy, qui signifie « beaucoup de puces ». Gela promet de fréquentes démangeaisons au corps expéditionnaire, qui aura certainement plus à souffrir de ces insectes que des sagaies et des baïonnettes des Hovas.
Les produits de Madagascar sont nombreux.
Les produits minéraux sont l’or, très répandu dans l’ouest et dans le Bouéni particulièrement. Suberbiev-ille est le centre des exploitations aurifères actuelles. On affirme que Madagascar est aussi riche en quartz aurifère que le Transvaal, dont son sol ne serait que le prolongement; — le fer. très abondant sur le haut plateau sous toutes les formes; — le cuivre et le plomb.
Les produits végétaux sont : tout
d’abord l’arbre par excellence de J’île, qui ligure dans ses armoiries, qui en est la caractéristique, le Ranevala, musée aux longues feuilles disposées en éventail sur un même plan qui a reçu le nom d’ « arbre du voyageur « parce qu’il conserve àla base de ses feuilles l’eai i des pluies qui est une boisson précieuse ;
— les bois rares, l’ébène, le santal, le copal, etc. ; — le radia, ce précieux textile qui s’exporte en quantité, notamment à destination des vignobles français où il sert à lier les vignes; — le caoutchouc et les gommes; — la vanille; — le riz, très abondant à l’intérieur, mais qui ne s’exporte pas encore à cause de la cherté du transport; — le sucre, le cacao, la girofle et l’indigo qui pousse partout à l’état sauvage; - — le tabac, très répandu;
— le thé, qui réussit bien sur le plateau et dans la vallée duMangoro; — le café, qui dans l’intérieur pousse à merveille.
Un de nos compatriotes, M. Rigaud, qui fut ingénieur au service du gouvernement malgache, en possède une grande plantation à Ivato, près de Tananarive, plantation de plusieurs milliers de pieds et qui donne les meilleurs résultats ; — • la pomme de terre, si abondante dans le pays Betsiléo que la sobika, grand panier de joncs, se vend à Fianarantsoa quelques centimes ; — le blé, qui réussira admirablement dans le sud de Tananarive et dans le Betsiléo; — la vigne, dont les essais ont été tentés autour de Tananarive avec succès. M. Rigaud a même fait du vin dans son domaine d’Jvato, vin très bon, paraît-il, et dont il a
■enterré de nombreuses bouteilles avant de quitter sa propriété, pour les soustraire aux recherches des maraudeurs ho vas pendant la guerre, et je souhaite qu’il puisse au plus tôt les déterrer et les vider au triomphe de nos armes.
Ajoutez encore que tous les fruits d’Europe, pommes, poires, cerises, etc., ainsi que nos légumes, poussent à merveille sur tout le plateau. J’oubliais le coton dans la vallée du Mangoro.
Les produits animaux sont la soie, les peaux, le bétail, qui constitue le principal commerce d’exportation actuel de l’ile, le mouton, très nombreux àTananarive et à Fianarantsoa, les volailles, le cheval, objet d’un grand commerce dans rimerne, le mulet, le porc et les chèvres.
Tout ceci nous démontre que cette vérité sur la richesse de Madagascar que nous cherchions tout à l’heure n’est pas contenue dans les appréciations pessimistes de MM.Grandidier et Catat,mais bien dans cette opinion de M. Gautier, le remarquable explorateur qui pendant trente mois consécutifs vient de parcourir l’ile en tous sens et qui n’y a pas rencontré un seul désert.
C’est, une acquisition d’une valeur inappréciable, écrit M. Gautier, le seul point du globe peut-être qui soit inhabité et habitable pour une race européenne, — la seule chance qui nous reste de créer quelque part une véritable colonie de colons français, de créer un peuple qui soit sorti de nous, qui sera de notre race et qui parlera notre angue, — notre Amérique, notre Australie.
Et si nous voulons un autre avis, bien
impartial celui-là, qui confirme le jugement de M. Gautier, nous le trouverons dans le passage suivant dû à la plume de l’ explorateur allemand Wolîî, qui n’est pas suspect de tendresse pour la France, qui est encore à Majunga après avoir traversé File de part en part, et qui traduit en ces termes, dans une lettre adressée au Berliner Tageblatt en novembre dernier, ses impressions sur l’avenir des régions centrales de Madagascar qu’il a visitées :
Le pays, abstraction faite de For qu’il renferme dans son sein, vaut de For par luimême. 11 est certain que Forge y croît aussi belle qu’en Californie, et le maïs y vient aussi bien que dans le Transvaal ou aux Indes. Je suis d’avis que Madagascar sera dans l’avenir le grenier d’abondance de la France.
L’eau est ici presque partout en grande abondance. Introduisez seulement la charrue du paysan français, ce sol qu’on a dit improductif donnera des champs de blé ondulants, et ceux qui ont parlé de désert et de stérilité en resteront stupéfaits.
Pendant les quatre jours de mon voyage à travers l’Imerina jusqu’au Betsiléo , ma satisfaction de constater la beauté et l’avenir de ce pays n’a fait que croître. Le sol que je foulais était presque partout si léger, que je pouvais le retourner avec la pointe de mon bâton de montagne; les ruisseaux et les ruisselets étaient si nombreux que je devais remonter tous les quarts d’heure dans mon « filanzane » pour conserver les pieds secs; l’air est si transparent et si pur qu’on distingue nettement les villages à vingt kilomètres et plus ; les nuits sont si fraîches qu’on a quelquefois le frisson, et le matin la rosée est si abondante que les herbes restent mouillées jusqu’à neuf heures.
Pas de marécages infects, pas d’eau croupie; un pays sans fièvre, sans bêtes sauvages ni venimeuses. Le paysan français ne saurait souhaiter mieux. Vraiment, la France est à envier pour le protectorat sur Madagascar.
Est-ce assez net, assez concluant et, cela vous rassure-t-il suffisamment sur Je magnifique avenir réservé à Madagascar?
Et cependant Madagascar est à l’heure actuelle un pays pauvre. Pourquoi?
Pour deux raisons principales : le manque de voies de communication et surtout le manque de bras.
Les voies de communication en effet n’existent pas; les routes qui unissent Tananarive à la côte ne sont que de mauvais sentiers à travers la brousse ou la forêt, où Ton ne peut circuler qu’en fîlanzcine, sorte de fauteuil suspendu sur les épaules des porteurs affectés spécialement à cette besogne et qui s’appellent des bourjanes.
Quant au manque de bras, il est la conséquence directe du manque de population.