LES DROITS DE LA FRANGE
•le passerai, Mesdames et Messieurs, très rapidement sur l’histoire des relations de la France avec Madagascar.
Aussi bien est-ce là le sujet d’une conférence à part, et je ne voudrais pas surcharger outre mesure celle-ci déjà trop longue. Je me contenterai de résumer à grands traits cette histoire, en retenant simplement ce qui établit nos droits et ce qui explique la situation actuelle.
C’est en 150(5 que Madagascar fut découverte, et c’est en 1(542 que Richelieu accepta les propositions que lui fit Rigault, capitaine de navire du port de Dieppe, tant en son nom qu’en celui d’un certain nombre de personnes qui dès 1637 s’étaient associées sous le titre de Compagnie de VOrient. Les lettres patentes signées par le roi Louis XIII le A4 juin 1642 concédèrent Madagascar, désignée, depuis le règne de Henri IV.
sous le nom d’île Dauphine, et les îles adjacentes « pour y ériger des colonies et en prendre possession au nom de
Sa Majesté très chrétienne, avec le privilège d’y commercer exclusivement pendant dix ans » . Nos droits, vous le voyez, ne datent donc pas d’hier. C’est à Fort- Dauphin que le premier établissement français dans la grande île ïut fondé par Pronis. En 1686, sous Louis XIV, Madagascar fut réunie à la couronné.
Jusqu’en 1801, l’histoire de l’ile se confond avec les tentatives de colonisation de Pronis, de Flacourt, de Maudave et de Benyowski. Etrange figure que celle de ce Benyowski, qui, fils d’un général autrichien, défendit la Pologne contre la Russie, fut pris, déporté au Kamtchatka. Là, le gouverneur de la forteresse où il était enfermé le pria de donner des leçons , de français à ses tilles. L’aînée s’éprend de lui, il l’épouse, et, une nuit, il s’empare d’un brick mouillé dans le port, cingle à toutes voiles et gagne la France après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance. En France, il enthousiasme les gens pour les îles de l’océan Indien, il équipe un navire et part pour Madagascar, où il débarque en 1774. Il y fait la conquête morale des indigènes, les fait se battre pour lui et construire des routes. Il exécuta de telles choses que cent ans après, en 1868, les agents de la Compagnie de Madagascar, en exploration dans les forêts de cette partie de l’île, étaient tout émerveillés d’en trouver encore les traces. Il conçut bientôt le projet de soumettre l’île à son autorité et de la placer sous la protection de la France. Il y parvint, et en 1776 tous les chefs de Elle, réunis dans
un kabary solennel, le nommèrent Ampamsacabé ou cheï suprême. C’est alors qu’il vint en France pour essayer de rattacher Madagascar à notre patrie.
Mais c’était l’époque où l’on abandonnait Montcalm au Canada, où l’on sacrifiait Dupleix dans l’Inde. Benyowski se heurta à une opposition formelle; on lui refusa même d’invoquer à un titre quelconque le nom du roi de France. Il revint à Madagascar pour être acclamé par ses sujets qui attendaient son retour avec impatience, et pour mourir dans un conflit avec les agents de l’Ile-de-France. Ainsi périt misérablement une des plus singulières figures et, qui sait? peutêtre un des grands caractères du xviii0 siècle. Dans tout autre pays que la France d’alors, on aurait été heureux d’utiliser ses services.
En 1811, Madagascar tombe aux mains des Anglais, mais elle nous fut rendue par ceux-ci le 18 octobre 1815.
Alors commença dans File cette guerre acharnée contre notre influence, menée par les missionnaires anglais, soutenus par leur gouvernement et parles gouverneurs de l’ile Maurice. Voltaire, dans son immortel C adule , fait un jour rencontrer son héros en Perse avec un coquin, nommé Périgourdin, que des démêlés avec la police avaient contraint de quitter Paris. Périgourdin parle en ces termes à l’optimiste Candide: « J’ai passé en Angleterre où les gens de mon métier sont mieux payés. J’ai dit tout ce que je savais et ce que je ne savais pas du fort et du faible du pays que j’avais
quitté. J’ai ïort assuré surtout que les Français étaient la lie des peuples et que le bon sens ne résidait qu’à Londres, enfin j’ai fait une brillante fortune, et je viens conclure un traité à la cour de Perse qui tend à faire exterminer tous les Européens qui viennent chercher le coton et la soie dans les Etats du Sophi au préjudice des Anglais. » Il est impossible de mieux caractériser que par cette citation le rôle joué à Madagascar par les Anglais, rôle odieux et criminel dans certain cas comme dans le suivant : En 1855, un ancien consul de France.
M. d’Arvoy , recherchait à Bavatobé, dans le nord-est de l’ile, des mines de charbon qu’on lui avait signalées. Une nuit, 1,500 Hovas envoyés de Tananarive l’attaquent et le massacrent avec ses gens. Ceux que l’on fit prisonniers, parmi lesquels un blanc, furent vendus comme esclaves. C’était un acte de barbarie sauvage contre lequel tout homme civilisé, sans distinction de nationalité, aurait cru de son devoir de protester. Le gouverneur anglais de Maurice, au contraire, félicita la reine de la victoire qu’elle venait de remporter sur les Français. Juste à la même époque, nos soldats mouraient sous les murs de Sébastopol pour la défense de la politique anglaise en Orient.
Grâce à de telles excitations, sous l’inspiration des méthodistes britanniques, les Hovas devinrent peu à peu arrogants, et les choses empirèrent graduellement et parvinrent à un degré d’acuité tel qu’en 1882, àl’occasionde la
succession de M. Laborde, nous dûmes intervenir. C’est la campagne de l’ami rai Pierre, puis de l’amiral Galiber, enfin de l’ami ral Miot,qui aboutit au îameuxtraité du 17 décembre 1885. L’article 2 de ce traité disait: « Un résident représentant le gouvernement de la République présidera aux relations extérieures de Madagascar » ; le texte hova interpréta le mot «"présidera » par « contemplera avec admiration» .Toute la question du protectorat était renfermée dans cette divergence de texte, et le premier ministre ne voulut jamais admettre le protectorat. Ni M. Le Myre de Yilers, notre premier résident à Tananarive, ni MM. Bompard, Lacoste etLarrouy, qui lui succédèrent, ne purent vaincre l’obstination du premier ministre. Cependant un événement capital avait modifié sur ces entrefaites la question au point de vue international : c’était la reconnaissance de notre protectorat sui* Madagascar en 1890 par l’Angleterre et par l’Allemagne. Dès lors, nous étions tout à fait chez nous dans l’ile et libres d’y agir à notre guise.
A Tananarive tout allait de mal en pis : la sécurité de nos nationaux était menacée, le gouvernement hova manquait à tous ses engagements; la situcition ne pouvait se prolonger sans danger ni sans entacher l’honneur national.
Vous savez le reste. Le Parlement prit virilement la défense de nos droits violés. Pourtant un suprême effort de conciliation fut tenté par le gouvernement de la République. M. Le Mvre de Yilers fut chargé d’aller porter un ultimatum à
Tananarive. Rainelaiarivony lui répondit par des contre-propositions ridicules, si bien que le 27 octobre 1894 M. Le Myre de Yilers, ayant amené le drapeau tricolore qui flottait depuis 1886 sur la Résidence générale de France, quittait Tananarive pour redescendre à Tamatave, après avoir assuré Y évacuation de la colonie française sur Majunga.
La parole était au canon.