‹ MadagascarChapitre 12 sur 73 · II. — La France aussi peut être une grande nation maritime · texte numérisé non relu

II. — La France aussi peut être une grande nation maritime

En la plaçant sur l'Atlantique, la Manche et la Méditerranée, en lui creusant de nombreux et magnifiques ports, en lui donnant en abondance toutes les matières nécessaires aux constructions navales, de bons ouvriers, des marins qui peuvent rivaliser avec les meilleurs du monde, la nature semble avoir voulu lui donner Tempire des mers \

D*autre part, la France peut, ausçi bien que ses voisins, faire un grand commerce international. Elle le doit parce que, du commerce, dépendent la grandeur, la force et la richesse des nations.

L'État doit donc encourager, fortifier, protéger, le commerce et la marine marchande, leur créer des débouchés, fonder des colonies.

Il faudrait aussi, dit au roi le grand ministre, accorder aux marchands quelques prérogatives qui leur donnent rang, « au lieu que vos sujets le tirent sou- » vent de divers offices, qui ne sont bons qu'à entre- » nir leur oisiveté, et flatter leurs femmes* ». Cela faisant, le roi rétablirait le commerce, au grand avantage de l'État et des particuliers .

III. — Au moment où Richelieu méditait sur ces questions, le sieur Rigault, de Dieppe, capitaine dans

^ RicHBLiBU, op. cit., 2^ part., p. 140. < RioHELiBu, op. cit., 2e part, p. 16K.

la marine royale, vint lui demander le privilège, pour vingt ans, du commerce de Madagascar et dépendances.

On ne connaît pas les termes de sa supplique, mais on sait qu'il a fait « plusieurs entreprises en » mer pour descouvrir des terres estrangères », qu'il s'est particulièrement intéressé à Madagascar et à ses satellites, et qu'il a fait de grandes dépenses, depuis 1639, en vue de la fondation, dans ces îles, d'établissements commerciaux ^ .

Par acte du 29 janvier 1642, Richelieu accorde à Rigault ce qu'il demande, mais en réduisant à dix ans la durée de sa concession.

Le 15 février, le Conseil d'État rend son arrêt et le notifie au capitaine Rigault.

Le Conseil d'État de Louis XIII était plus expéditif que celui de la République ^ .

Rigault non plus ne perd pas son temps. Dès le 30 avril de la même année 1642 la Compagnie française des Indes Orientales est constituée^.

1 Qiiles de Regimon, qui fréquentait Madagascar depuis 1635 et y gagnait de l'argent, s'était associé Rigault.

(Arthur Malotet, Etienne de Flacourt et let origines de la colonisation française à Madagascar; Paris, E. Leroux, 1898, p. 39).

s Le 20 septembre 1643, Louis XIV raiifie, sans y rien changer, la concession accordée par le cardinal de Richelieu.

3 On connaît, parmi ses associés, Gilles de Regimon, Le Bourg, le •urintendant Fouquet.. le sieur de Loynes, secrétaire général de la marine, Le Vasseur, conseiller au Parlement de Paris, de Creil, tréspriar de France à Limoges, d'Âligre, trésorier des menus, Berruyer,

Au mois de mars, et de sa propre autorité, il avait envoyé à Madagascar le SaiW-Lowts, commandé par le capitaine Coquet, de Dieppe.

IV. — Le SainULouis portait Jacques Pronis et Foucquembourg, ses commis, quarante ^ hommes et des marchandises de traite .

Pas de moines, et cela se comprend. Rigault est huguenot, Coquet, Pronis et Foucquembourg sont

J huguenots^ probablement aussi la plupart des hommes .

I € C'était, à vrai dire, une colonie protestante qui

j » partait pour Madagascar »'.

I Flacourt dira plus tard que c'est une infraction à

f l'acte de concession, une cause du peu de succès de

\ la Compagnie^.

\ Il se trompera^. L'acte de concession, les lettres

I patentes royales, les statuts de la Compagnie ne

; disent mot de la question religieuse, et l'oubli est

I volontaire^.

Caset, de Beausse, Antoine Desmartins et Hilaire Qillot, |ieut-étre I Etienne de Flacourt (Malotet, op. cit.^ p. 41).

1 Gauche dit 40, Flacourt dit 12. C^est évidemment Gauche qui a I raison.

I * A. Malotet, op. c«r., p. 43.

\ 3 Flacourt, Cause pour laquelle les Intéresses de la Compagnie

n*ont pas fait de grands profits à Madagascar. (A la suite de VHiS" toire de la grande isle de Madagascar, Edit. de 1658, pp. 2, 3).

* Son hittorien, M. Arthur Malotet, se trompera aussi. Nous avons aujourd'hui sous les yeux Pacte de concession. ^ Henri Froidbvaux, Documents inédits relatifs à la constitua

Richelieu sâit tout le mal que les Jésuites et les Récollets ont fait en Canada.

Le grand politique qu'était Richelieu ne pouvait recommencer une tentative qui nous avait déjà été si funeste.

If on de la Compagnie dei Indet OrientaUide 1642^ dans le Bulletin du Comité de Madagascar, oct 1898; Paris, Aug. Challamel.

Page 1