XV. — AndriandTserongh demande la paix
€ Je fis réponse », dit Flacourt, avec sa majesté olympienne, <c qu'il falloit qu'il vint luy-mesme en » personne s'humilier, se soubsmettre soubs moy,
» me demander pardon il falloit qu'il me payast
» pour luy et tous les Grands ses parens quatre mille » bœufs, et que cependant il envoyast deux cens » bœufs pour retenir les pas des François ».
Tserongh envoie deux cents bœufs, propose de discuter les quatre mille, mais refuse de venir à Fort- Dauphin, dans la gueule du loup.
Un Grand des Masikora conseillait alors à Fla-
1 Flacourt, Relation, 1658, pp. 304, 305. — Ëpitre à Meesire Nicolas Foucquet, a ij v. — Eptt. au duc de la Meilleraye, a iij r.
court de ne pas se fier aux Roandriana de l'Anosy, 4c d'autant », disait-il, « qu'ils tascheroient tousjours » à se venger jusqu'à la dixiesme génération ^ ».
XVI . — L'avis de ce bon traître ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd.
Rabezara, grand de la vallée de l'Ambolo, fait présent à Flacourt de bœufs et d'ignames, et lui demande en grâce la tête du âls d'ÂndriandRamaka, pour la donner à la mère et au frère du pauvre jeune homme. Flacourt estime que cette tête peut avancer la soumission de Dian Panolahé, et d'un cœur sec, dur, vide, il la refuse *.
XVII. — Les choses n'en iront que plus mal. Au commencement de 1652, les Grands des Machi-
cores lui proposent de marcher, avec les Français, contre les Antanosy. Il devine sans peine qu'ils vont lui demander des hommes pour les égorger en route.
Au lieu d'accueillir leur demande, il fait faire plusieurs razzias.
Panolahé, Tserongh, BouUe et autres Roandriana se sont retirés à Mangarano, et, pour affamer Fort- Dauphin, ils ravagent les cultures de ceux qui ont fait leur soumission.
Flacourt envoie contre eux vingt-huit soldats et
1 Flacourt, Relation^ 1658, pp. 306, 307. s Flacourt, Relation^ 1658, p. 307.
quarante-cinq nègres. Ils arrivent au petit jour. Les hommes se sauvent et les femmes courent, éperdument, avec ce qu'elles peuvent emporter. Les vainqueurs tuent cinq ou six hommes, brûlent vingt-deux beaux villages, et font un butin considérable *.
XVIII. — Tout TAnosy est alarmé, tremblant. La terre se couvre de cendres et s'imprègne de sang. Flacourt régnera sur le désert. Les indigènes comprennent cela, et trois cents chefs de villages viennent faire leur soumission. La servitude est bien cruelle, mais, comme dit le bonhomme.
Plutôt souffrir que mourir.
Flacourt les reçoit du haut de son orgueil et impose à chacun d'eux une amende de 10, 20, 30, 40, 60 ou 100 bœufs.
Le 23 mai 1652, il envoie à Cocombe. Sa troupe arrive trop tard pour prendre AndriandMasikora, mais assez tôt pour piller le village^ Tincendier ei capturer une centaine de bœufs.
Six jours après, incendie d'un autre village et captufe d'une autre centaine de bœufs.
Des Anacandriana abandonnent leurs biens et vont se réfugier dans l'Ambolo. Flacourt leur coupe la route et leur enlève trois cents bœufs. Cette affaire amène quelques soumissions, notamment celle de
1 Flacourt, Relation, 1658, pp. 308-311.
Masikora qui, « après avoir fait toutes les soubsmissions qu'un simple esclave, pourroit faire », a payé, pour amende, deux cents bœufs et cent gros d'or. Il 4c s'en retourna content en apparence^ ».
XIX. — Quand Flacourt vole à main armée des centaines et des milliers de bœufs : c'est œuvre honnête, agréable à Dieu, à la Vierge et aux saints. Qui lui eu reprend quelques-uns est un scélérat digne du dernier supplice.
tJn grand voleur mérite des couronnes ; un petit voleur mérite la corde. C'est la morale de Flacourt et celle de beaucoup de monde.
Deux nègres essaient de lui reprendre une dizaine de bœufs. Il les saisit, pieusement les baptise, et les envoie, malgré eux, en paradis*.
XX. — DianBouUe, comme les autres, a prêté serment de fidélité. Mais s'assure-t-on sur l'alliance qu'à faite la nécessité ? Sans se soucier de ses serments, il attaque cinq ou six villages de nègres soumis. Des Français, envoyés au secours, sévissent énergiquement et rapportent deux têtes. Flacourt trouva que ces tètes « avoient très-bonne façon », et les fit mettre devant le fort sur un pieu fourchu.
Flacourt s'étonne queBouUe ait trahi son serment ^.
1 Flacourt, Relation, 1658, pp. 311-313.
« Flacourt, 7?eZatio»î,1658, p. 314.
3 Flacourt, Relation, 1658, pp. 315, 310.
Ne serait-ce pas du contraire qu'il devrait s'étonner ?
XXI. — Le 9 septembre 1652, Dian Panolahé vient, avec sa mère, demander la paix. Il promet d'oublier ses morts, de reconnaître, pour son maître, M. de Flacourt^ et pour « Roy, Seigneur et Prince » le Roy de France"». Il payera deux cents gros d'or et cent bœufs.
A ce prix, le Gouverneur lui permet de reconstruire Fanjathira, village de ses ancêtres ^
XXII. — Malgré toutes ces soumissions, la colonie n'en est pas moins dans une situation alarmante. Les hommes sont mécontents, il y a des traîtres, plusieurs regardent du côté des Roandriana. Flacourt s'aperçoit qu'il a bâti sur du sable et qu'un coup de vent peut tout emporter. Il amasse à Fort-Dauphin du bétail et du riz, mais les munitions s'épuisent, et il faut les renouveler ou mourir. Si aucun navire ne vient en 1653, il faudra, de toute nécessité, demander des secours à Maurice, à Goa, à Moçambique ou en France. Dans cette prévision, Flacourt fait réparer et renforcer sa barque *.
XXIII. — Dian Panolahé tiendra son serment jusqu'à ce qu'il soit assez fort pour le violer. Tserongh aussi a juré amitié, fidélité et le reste, et cela ne l'em-
1 Flacourt, Relation, 1658, pp. 316, 317.
s Flacourt, Relation, 1658 p. 318. — Epi t. au duc de la Meilleraye» fo a, iij to.
pèche pas de débaucher les nègres soumis. Mais il a mal pris ses mesures. Angeleaume le poursuit, Fenveloppe, et le force de venir à Fort-Dauphin. Il fait des excuses, des protestations, paje deux cent cinquante gros d'or et trois cents bœufs.
Dian Tsissey vient aussi et traite aux mêmes conditions que Dian Tserongh. Tout le pays est soumis et paye à Flacourt le fahensa^ impôt sur les plantations qui était perçu par les Grands. .
XXIV. — Flacourt rend au fils d'AndriandTserongh un collier de hiridzi^ dont les uns venaient des ancêtres et les autres des Ombiasy des Matatanes.
Pour les composer, il avait fallu attendre certains jours de Tannée, certaines heures du jour, et sacrifier beaucoup de bœufs de certain poil.
Ces précieux talismans sont ornés de %'ersets du Koran et représentent des planètes ou des constellations.
Ils croient à cela, dit Flacourt, comme nous croyons « à la sainte Bible >.
Toutes ces choses, au dire de ceux qui les vendent, préservent du tonnerre, des maladies, des surprises des ennemis, donnent les richesses et favorisent toutes les entreprises.
Le fils de Tserongh reçoit avec respect et reconnaissance ce précieux bijou ^
» Flacourt, Relation^ 1658, pp. 318^1.
XXV. — Flacourt saisit cette occasion de placer un sermon, et ce sermon peut se résumer en deux mots : € Cq n'est pas moi qui ai conquis le pays, c'est » le Dieu des Chrétiens* ».
Le massacre de milliers d'hommes, le pillage et rincendie de centaines de villages, la capture d'immenses troupeaux de bœufs, la ruine et le dépeuplement d'un riche pays ne sont pas des crimes de Flacourt, mais des Gesta Dei per Stephanum de Flacourt.
Dans son épître dédicatoire, il dit, au contraire : sans l'arrivée des navires du duc de la Meillcraye, « tous nos advantages avec nos vies » étaient perdus *.
XXVI. — Il s'aperçoit -que les Grands et les Noirs qui lui ont fait « toutes les soubsmissions que » de simples esclaves pourr oient rendre », ne cherchent qu'à trahir, tendent des pièges et sont toujours à l'affût d'un mauvais coup ^. Il ne fera rien pour changer leurs sentiments et continuera, comme devant, de demander à la force ses moyens d'existence et de domination.
XXVII. — Il donne l'ordre à Angeleaume de s'emparer de « tout le bestial qu'il pourra trouver » dans l'Ambolo. Les habitants ont pris la fuite, et ce
1 Flacourt, Relation, 1658, p. 322.
* Flacourt, Hist,, 1658, Eptt. au duc de la MeiUeraye, a iij, ▼<>.
s Flacourt, Relation, 1658, p. 323.
brave ne peut que brûler le grand Ambolo et Izame, tuer beaucoup de nègres et capturer cent bœufs.
€ En quoy l'on peut connoistre », dit. Flacourt, « quelle résolution a eu ceste nation, et quels moyens » elle a cherchée pour nous exterminer, de ne s'être » point souciée de nous donner tant de bestial, et » d'engager tout ce qu'elle avoit de précieux, qui est » l'honneur et la liberté, afin de chercher l'occasion » de se vanger et de nous deffaire^ ».
Cette conduite avait sa grandeur, et Flacourt ne le comprenait pas. Il n'a jamais compris ni cherché à comprendre l'âme malgache. Il la voit confusément, à travers un verre rouge, et la peint par cette phrase ambiguë : « Les peuples que l'on a de force ne sont » pas si affectionnez comme ils me disoient*». De fait, ils lui sont si peu affectionnés qu'il ne peut, sans danger de vie, sortir du fort.
Au mois de mars 1653, il part avec vingt-deux soldats et quarante « bons nègres » pour Maromamo, village sur la Fanjahira, à huit lieues de Forlr- Dauphin.
11 s'aperçoit que beaucoup de gens battent la campagne, se blotissent dans les bois, dans les broussailles, dans les buissons, derrière les haies, les accidents de terrains, dans tout ce qui peut cacher un homme, une sagaye, un fusil, et trouve qu'il risque
i Flacourt, Relation, 1658, p. 326.
> Flacourt, Relation, 1658, p. 328.
beaucoup pour peu de chose. Il se souvient à point qu'il est « incommodé d'un gros rheume » et donne le signal du retour ^ •
Quelques jours après, il reçoit sept têtes humaines, et ce présent macabre lui fait plaisir *.
AndriandPanolahé demande la paix pour la deuxième ou troisième fois. C'est pour donner à AndriandTserongh le temps de recueillir un héritage. Flacourt n'est pas d'esprit assez subtil pour se laisser duper à propos. Il envoie contre les deux compères son lieutenant Angeleaume. Angeleaume tue trois chefs, brûle deux villages, capture cent cinquante bœufs, et Flacourt, bien dévotement, adresse à Dieu des actions de grâce '.
XXVIII. — En 1653, le Gouverneur fait planter du riz ; c'est une bonne idée qu'il devrait avoir eue depuis longtemps.
Il fabrique, avec des écorces d'arbres, une grande voile et un câble, et en remercie « la bonté et Providence de Dieu ».
Avec un peu de bon vouloir et d'ingéniosité, il aurait pu confectionner des vêtements et des chaussures. Il n'a pas voulu se donner tant de peine, et la € Providence de Dieu » l'a laissé en loques, sans chemise et pieds nus.
i Flacourt, Relation, 1653, p. 328.
« Flacourt, Relationy 1658, p. 329.
s Flacourt, Relation^ 1658, p. 331.
XXIX. — Un peu plus tard, au mois d*août, Tserongh et Panolahé reprennent les armes. Les Ombiasy des Matatanes leur ont promis des pluies qui empêcheront les fusils de partir, et ont jeté des charmes qui terrifieront les Français et les livreront, sans défense, aux sagayes des Malgaches. Ces belles promesses ne se réalisent jamais. Qu'importe ! On y croit toujours.
Angeleaume marche contre les chefs malgaches, sauve de Tincendie deux maisons d'Ambolo, les fortifie et s'y abrite avec un troupeau de bœufs qu'il a razziés.
Le 4 septembre, au coucher du soleil, le tonnerre gronde efl'royablement, le ciel est tout en feu et la pluie menace. Les indigènes, encouragés par ces signes, se ruent sur les Français; toujours repoussés, ils reviennent toujours avec la même rage et la même invincible espérance. « Le lendemain matin », dit Flacourt, « l'herbe tout à l'entour du Fort estoit » aussi ensanglantée, comme si l'on y eut couppé la » gorge à trente bœufs ^ » . Après cet exploit, Angeleaume continue sa marche.
Les Malgaches barrent les chemins et la rivière par des abattis d'arbres, cachent leurs canots et placent des guerriers pour entraver le plus possible la marche des Français. Ils combattent pour leur pays, pour
» Flacourt. Relatiofiy 1668, p. 336.
leur indépendance, et cela paraît fort respectable ; pourtant Flacourt écrit : « bref je ne croy pas que » sous le Ciel il y aye une nation plus dissimulée et » plus traistre que celle-cy, à les ouïr parler, » c'estoient les meilleures gens du monde, et toute- » fois leurs effects sont bien esloignez de leurs pay> rôles douces et emmiellées ^ ».
Il tient d'ailleurs à Fouquet un langage tout différent, a Vous n'avez point eu d'autre but », lui dit-il, € que de me recommander les choses qui regardent » les spirituelles, et le progrez, que Ton y peut faire » en l'instruction des Habitans à la connoissance de » la vérité de nostre Religion.
» La disposition y est tout entière, Monseigneur, » ils le souhaitent avec tant de passion, que quand » ils nous voyoient aux prières dans nostre Chap- » pelle ils y entroient à la foule, pour tascher à nous » imiter, ils presentoient leurs enfans au Baptesme, » et prioient que par Tinstruction on les rendist eux » mesmes capable de recevoir ce sacrement* ».
Si ce récit contenait un quart de vérité, il prouverait qu'un gouverneur intelligent et honnête se serait facilement entendu avec les Malgaches.
XXX. — Flacourt raconte, avec son inconscience ordinaire, qu'il a fait arrêter, par trahison, Andrian-
1 Flacourt, Relation, 1658, pp. 335, 337. ' Flacourt, Ep. dédie, a ij vo, a iij ^.
Masikor^, et qu'il l'a échangé contre son fils et deux de ses neveux. Cette mesure, dit le. P. Bourdaise, a été prise « par une spéciale providence de Dieu ^ » .
Ces jeunes otages passent les nuits dans une prison de pierre, et les jours les fers aux pieds, sous la garde d'une sentinelle qui est relevée de trois en trois heures.
Quand les indigènes s'exilent, ils ravagent les plantations de Flacourt. DianMamori, pour sa part, incendie et pille deux villages soumis.
Masikora répond, sur la tête de son fils, de la conservation des récoltes. Gendarme forcé, il attaque Mamori, le tue (7 octobre 1653), et envoie, au très pieux et très chrétien Flacourt, sa tète et celle de deux autres Grands.
C*est un régime de terreur. Qui peut se sauver se sauve. Qui se sauve brûle sa maison de peur que Flacourt, comme il l'a déjà fait, ne la démonte, et ne la transporte dans le fort ^.
XXXL — Flacourt se croit abaadonné. Il est soucieux et ne sait comment se tirer d'affaire,
La Compagnie des Indes orientçiles, comme toutes les Compagnies financières, a pour but de gagner de l'argent. Elle reconnaît qu'elle en perd, et ne veut pas continuer pour le seul plaisir de convertir des infi-
1 Mém, det Missions, i, IX, p. M7.
s Flacourt, Relation, ld&8, pp. S4Û, 341.
dèles. Les directeurs ne savent que faire pour ramener la prospérité. Ils gémissent et oublient Madagascar, Flacourt et les moines.
C'était pourtant, dit Flacourt, « la meilleure affaire du monde * » . — Assurément, mais à condition d'avoir des directeurs entendus, d'initiative, avisés, et un gouverneur connaissant les affaires coloniales, pacifique, bienveillant, plus occupé de commerce que de conquêtes, plus désireux de se faire des clients que dessiyets.
XXXII. — Flacourt ne se résigne pas à l'abandon. Il n'a pas construit une barque rien que pour aller à l'île Sainte-Marie. Il pensait au voyage de France et, peu à peu, sans en rien dire, il préparait son départ.
XXXIII. — Les Portugais, selon leur antique habitude, ont élevé sur la Fanjahira, en 1545, un padron de marbre blanc. Flacourt le fait transporter dans son jardin et grave dessus cette inscription :
LODOIGO XIIII.
Gall. Rboe
St. de Flagoyr
Gaix. in Hac
Ins. Mookr.
1 Flacourt, Cause pour laquelle,,,, pp. 2, 17.
Lap. Hvnc.
Pos. Inbasi
SUB t SiGNO SCRIPTV InCL.
o Advena Lbge
MONITA NOSTRA TiBITVIS VlTiEQ
TViE Profutura
Cave ab Ingous
Vale.
XXXIV. — Le 20 décembre 1653, ce petit monument terminé, Flacourt met à la voile.
Il a conservé à sa barque le nom de la Vierge . « C'est pourquoi », dit-il, «je fis mettre sa figure à » la Poupe, afin que comme c'est par le moyen des » Astres que nous nous gouvernons à la mer, elle » qui est nommée dans les sacrez Cahiers, TEstoille » matinalle, nous servist de guide et de conduitte».
La terre perdue de vue, il déclare à son équipage qu'il veut aller droit en France *.
Il tient plus tard un autre langage. « Je résolus », dit-il, « de l'envoyer (la barque) à l'isle Maurice ou
1 L*an de notre rédemption 1653, Louis XIV étant roi de France, Etienne de Flacourt, français, gouverneur dans cette tle, plaça cette pierre sur sa base, sous le signe de la f, et grava cette inscription : «0 étranger, lis notre avertissement, qui sera utile aux tiens et à ta vie : Prends garde aux indigènes. Salut ».
Flacourt a gravé, en tète de cette inscription, l'écu de France, et, au bas, cette légende : A tergo sunt arma régis Lusitaniœ el infra sculptum est hoc Rex Portuoale N, S. 1545,
* Flacourt, Relation^ 1658, pp. 344, 345.
» à Mosâmbique, demander secours des Hollandois » ou Portugois, d'autant que la munition de guerre » nous manquoit : mais comme elle fut preste à par- » tir, les matelots ne voulurent point s'embarquer » que je n'y fusse en personne : Et encor voulurent- » ils aller en France, ce que je fus contraint de leur » accorder ^ ».
Il n'était pas homme à se laisser contraindre, et cette seconde version doit être écartée.
D'abord tout va bien. Le ciel est bleu, le vent vient du bon côté et souffle juste assez pour gonfler les voiles. Les grandes vagues ondulent doucement, et les matelots chantent des chansons du pays. Mais au bout d'une huitaine les vents tournent, la mer se gonfle et devient affreusement mauvaise. Les salaisons donnent des nausées, les matelots ne mangent plus, s'affectent, se désolent, et le voyage doit durer au moins quatre mois I
Flacourt leur propose d'aller à Maurice ; ils y consentent, mais la mer devient plus dure, toujours plus dure, et plus violente, et les ballotte impitoyablement. Après une course folle et brutale de vingttrois jours, ils reviennent piteusement à Fort-Dauphin (13 janvier 1654) ^