‹ MadagascarChapitre 24 sur 73 · LE DUO DE LA MEILLERAYE · texte numérisé non relu

LE DUO DE LA MEILLERAYE

I. Des Perriers, gouverneur. — IL Arrestation de Grands. — IIL Arrestation, pillage et supplice deLalau. — IV. Supplice des jparents de d'AndrianMasikora. — , V. Supplice de Masikora, de Tserongh et de Panolahé. — VI. Mort de Missionnaires. — VII. Succès du P. Bourdaise. — VIII. Demande de miracles. — IX. La Meilleraye envoie des navires. — X. Le Grand-Armand et le P. Dufour. — XI. Ce qui advient du reste de la flotte. — XII. La Roche retourne en France. — XIII. Les moines en mer. — XIV. Insuccès du P. Dufour. — XV. La Fête-Dieu, en 1656, à Fort-Dauphin.

— XVI. Arrivée de M. du Rivau. — XVII. Comme des soldats du Pape. — XVIII. Mort du P. Bourdaise. — XIX. Bourdaise et Des Perrier. — XX. Scélératesse anglaise. — XXI. Fondation d'une nouvelle Compagnie. — XXII. Naufrage du Saint- Jacques. — XXIII. La Meilleraye et la Compagnie Orientale. — XXIV. Vincent de Paul et la Meilleraye. — XXV. Mort de Flacourt. - XXVI. Le P. Etienne. — XXVII. Voyage de Paris à Nantes des Lazaristes — XXVIII. De Nantes à la Rochelle. — XXIX. Départ de La Maréchale. — XXX. Comment on soigne les malales. — XXXI. Au cap de Bonne- Espérance.

— XXXII. Un esprit chez les moines. — XXXIII. Retour en France du P. Etienne. — XXXIV. Fouquet arme un corsaire. — XXXV. Propositions du duc de la Meilleraye.

I. — Pronis, en mourant, a désigné pour son successeur le sieur Des Perriers.

Des Perriers a cru ou feint de croire que les Grands de TAnosy avaient trempé dans le meurtre du capitaine de La Forest.

II. — II fait saisir, lier, piller et coaduire à Fort- Dauphin AndriandPanolahé.

AndrîandMandomboka, vieillard de soixante-dix ans, « goutteux et impotent >> et sa femme, aussi âgée que lui, sont arrêtés.

Masikora vient avec ses deux fils^ ses trois filles, ses quatre neveux et plusieurs autres membres de sa famille. Des Perriers le rive à la même barre que Tua de ses fils, et envoie au navire son autre fils et ses neveux.

m. — Un nommé Lalau habitait Madagascar depuis IG39. 11 ^ m'avoit servy en tout et partout )► très fldellement », dit Flacourt, « et estoit digne de » récompense. Pour un Mahométan, il avoit la con- » science très-bonne, et vivoit en homme d'honneur, » et ne respiroit que de retourner dans son païs ^ ».

Il est accusé d'avoir méprisé les Français et d'avoir dit : « qu'il y en avoit beaucoup entre eux qui n'es- » toient que de petites gens et de la lie du peuple de » France* ». C'était un crime énorme. Il était riche, autre crime plus grand encore que le premier.

Des Perriers le met en prison, fait main basse sur

1 Flacourt, Relation, 1658, p. 344. — Le P. Bourdaise dit qu'il était français et marié avec la fille d*un Orand {Mém, d« la Mission,' t. IX, p. 241.)

s Relatjoa de ce qui 8*e8t paasé eu TUIe de Madagascar depuis le 12. Febv. 1665. jusque» au 19. Janvier 1656. daas Flaoourt, Hist.. 1661, pp. 410 et SUIT.

son or, son argent, son corail, ses marchandises et son bétail.

Après l'avoir retenu captif pendant deux mois, il le fit mettre à mort. Et, sous prétexte qu'il était musulman, ce qui n'est pas certain, il fit jeter son corps à la voirie.

IV. — Quinze jours après, l'Esbahi, que le hasard a fait capitaine du Saint-Georges^ prétend que la présence, à son bord, des parents de Masikora lui cause

j de l'embarras.

I Des Perriers trouve à ce mal un remède facile. Il

prend sept de ces jeunes gens, âgés de dix-sept à vingt-cinq ans, les lie, les conduit sur la plage, les fait baptiser (avant tout on est bon chrétien) et tuer ensuite, à coups de sagaye, par des nègres *.

V. — Cette horrible besogne terminée, il va trouver Masikora dans sa prison. Il ne lui parle pas du mas-

^ sacre de ses fils et de ses neveux, et lui propose de

racheter sa vie au prix de tout son or et de tous ses biens. Masikora ne sait pas jusqu'où peut aller la scélératesse d'un prétendu civilisé, donne tout ce qu'il possède, et, quand il a tout donné. Des Perriers, toujours bon chrétien, le fait baptiser, puis sagayer. ■ Tserongh ne veut rien donner. La femme de

^ Relation de ce qui s'est passé en l*Isle de Madagascar, dans Flacourt, Hist,^ 1661, pp. 410 et suiv. — Mém» de la Miêêion^ t. IX, p. 242.

Panolahé devine le scélérat et ne veut rien donner non plus. Le P. Bourdaise, « impuissant à réprimer » ces excès », baptise les pauvres gens, et quand le Commandant a épuisé sur eux sa férocité, il a la consolation de les inhumer avec les honneurs religieux .

Tserongh et Panolahé reprochent en face à Des Perriers, à La Roche, à TEsbahi leur trahison, leur perfidie et la violation des traités faits avec Flacourt.

L'auteur de la Relation ajoute : « Les Nègres du » Carcarnosy tesmoignent estre bien aise (sw) d'estre » deslivrez desdits Roandrian (sic) qui sont les » Grands qui les menaçoient de les perdre, et les » piller quand il n'y auroit plus de François dans » leur pais. Ton ne sçait s'ils disent cela par dissi- » mulation ou autrement ».

La satisfaction des Nègres est une supposition, mais l'épouvante des Grands est une réalité. Pendant quelque temps, la surface paraîtra tranquille; au fond, ce sera une haine mortelle, inassouvissable^ qui, plus tôt, plus tard, trouvera son jour, et fera de ses bourreaux une Saint -Barthélémy ^

VI. — En 1656, alors que Des Perriers terrorisait le pays d'Anosy, MM. Dufour et Prévost mouraient à Sainte-Marie*.

1 Relation de ce qui 8*ett passé en Tlsle de Madagascar, dans Flacourt, ffUt., 1661, pp. 410 et suit. s Afém. de la Mission, t. IX, p. 277.

VIÏ. — A la Chandeleur de la même année, le P. Bourdaise donnait la communion à cent-cinquante néophytes. La tenue de ces bonnes gens était admirable et, dans Taprès-dînée, le Père se pâmait d'aise à leurs discours. L'un disait à Dieu : « J'aime toi » dans mon cœur » ; une femme disait au Père : € mon cœur est brûlant ». Il assure que ces mots € furent agréables à Dieu ».

VIIL — Trois femmes qu'il a instruites, baptisées et mariées, viennent se confesser et communier. Elles pensaient, par ce moyen, « chasser les vallales ou » sauterelles qui gâtaient tout », et promettaient que leurs cœurs ne seraient plus mauvais. Le Père accueille benoîtement leur demande, les confesse, les communie et les renvoie bien contentes. « Je n'ai pas » encore appris », dit-il, « quel effet avait produit » leur pèlerinage ' » .

Je puis le renseigner. Quand les sauterelles n'ont plus rien trouvé à manger dans le canton des bonnes femmes, elles ont pris leur vol pour les cantons voisins.

La contrée d'Icombe éprouve à son tour la voracité de ces locustes.

Les habitants prient le P. Bourdaise de les sauver. « Je leur dis », écrit-il € que si tous voulaient être » baptisés, et renonçaient au péché, certainement

1 Mim. de la Mission, t. IX, pp. J283-^e8&

> que Dieu les chasserait, mais non point tant qu'ils » seraient ses étinemis et continueraient de Tofifen-

> ser » .

Les bonnes gens ne comprennent pa» qu'elles ^puissent être ennemies de Dieu, mais elles s'en rapportent au Père et le prient de les baptiser de suite.

Un bon cure normand dit à ses ouailles, qui lui demandaient une neuvaine pour* avoir de la pluie : € Tant que les vents ne tourneront pas à Touest, le bon Dieu ne fera pas pleuvoir : c'est pas la peine de Tennuyer pour ça ».

Le P. Bourdaise se tire d'affaire non moins finement. Il ne les trouve pas, leur dit-il, assez préparés, assez instruits, assez vertueux, et les prépare, les instruit, les sanctifie jusqu'à ce que les sauterelles, ayant tout dévoré, quittent le pays ^

IX. — Dans le même temps, au mois de novembre 1666, le duc de la Meilleraye fit partir de l'île de Ré une flotte de quatre navires : La Duchesse, de 500 tonneaux; La Mareschale, de 450 tonneaux; Le Grand-Armand j de 350 tonneaux, et une flûte . de 200 tonneaux. Elle est commandée par les sieurs de la Roche Saint-André, de Coulon, Regimon et de Kergadiou. Elle porte 800 soldats et matelots, 3 la- .:zaristes, un nouveau gouverneur, le sieur du Rivau, 100 hommes pour Fort-Dauphin, et un prêtre de

1 Mém. de la Miuion, t. IX, pp. 318, 319.

Dieppe, l'abbé Gauldronou Gauderon, « très excellent » mathématicien ... un des plus savants hommes de » France en la théorie de Tart de la marine », qui tomba en mer et se noya.

Chemin faisant, La Roche prend un navire biscajen chargé de figues et de vin d'Espagne, et un navire anglais chargé de vin des Canaries.

A Sierra -Leone, il fait reconnaître une barque, et cette barque répond à sa sommation par une décharge de mousqueterie qui lui tue trois ou quatre hommes.

Il a ordre d'attaquer deux grands galions d'Espagne qui chargent, à l'embouchure de la Plata, huit millions de livres en argent. Il ne connaît pas Testuaire du fleuve, n'ose s'aventurer, et manque son coup. Mais, en partant de Sierra-Leone, il ne manque pas de piller un petit navire portugais.

Il arrive au cap de Bonne-Espérance le 25 mars 1657 : il a perdu cent hommes et compte deux cents malades.

Après le cap, le Grand-Armand se sépare de la flotte et erre à l'aventure pendant deux longs mois " .

X. — Sur ses cent matelots ou soldats, la « mi- » sère de faim » et le scorbut en ont emporté une cinquantaine.

Habituellement, les navires allaient, en 16 ou

1 Relation de Madagascar depuis Tan IdSôjasquesà Tan 1657 daof Flacourt, Hiêt., l&M, pp. 423 et sulTautet.

18 jours, du Cap à Fort-Dauphin. Le Grand-Armand est parti depuis un mois et demi , il fait eau de toutes parts, et ses officiers ne savent où ils sont. Cela ne semble pas naturel, et toutle monde à bord est inquiet, angoissé, dans Tattente d^une catastrophe. Un seul homme, paraît-il, ignore la crainte et la désespérance : c'est le P. Dufour, « un astre lumineux » (dans le ciel des Lazaristes) ^

€ M. Dufour», dit le P. Bourdaîse, «fit assembler » tout Féquipage et s'adressant aux officiers qui dé- » sespéraient de leur salut, il leur dit de lever la » main, et de promettre à Dieu de faire ce qu'il leur » proposerait ; que dans ce cas, il les assurait de sa » part qu'ils verraient la terre avant quinze jours. Il » fut obéi et tous promirent de faire une bonne con » fession générale et de communier, à l'exception de » deux, qui moururent plus tard sans sacrements * » .

Dieu tient la promesse faite en son nom, récompense les croyants, punit les mécréants, remet dans leur chemin les officiers, qui savaient mieux dire leurs patenôtres que faire le point, et le 29 mai 1657, jour de la Fête-Dieu, le Grand-Armand entre triomphalement dans la baie de Fort-Dauphin.

XI. — Les trois autres navires montent à l'île Sainte- Marie. Dans quel état I... La mort a posé sa main de

1 Mém, dé la MUsion, t. IX, p. 442.

* Mém, de la Miuiim, t. IX, p. 443.

glace sur le capitaine Regimon, sur trois ecclésiastiques, sur la plus grande partie de la troupe et des équipages, et la maladie fait sa proie du reste des vivants.

La Roche fait démolir deux vaisseaux qui sont hors de service, et va, sur une méchante barque, pirater dans la mer Rouge. 11 n'est pas heureux, revient, avec bien de la peine, à Sainte-Marie, et trouve que la mort a saisi tous ceux qu'il y avait laissés ^

XII. — Il descend à Fort-Dauphin et part pour la France, emportant, pour tout chargement, « force » procès-verbaux qu'il a faict contre le sieur Coulon, » et le sieur Coulon contre luy ».

Parti le 19 février 1657, il arrive à Saint-Nazaire le I***" septembre, après six mois et neuf jours de navigation. — Son navire est hors de service et démoli.

Pour compléter le désastre de cette expédition, le Cîonseil du Roi condamne le sieur de La Roche à payer aux Anglais, pour le navire qu'il leur a pris après la publication du traité de paix^ la somme énorme de 300,000 livres ^

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